La 12ème édition des Hallucinations Collectives se rapproche à grands pas (début des hostilités le 16 avril prochain, clôture le 22), il est plus que temps pour nous de nous intéresser en détails à la programmation de ce festival que l’on affectionne tant. Après un cru 2018 marqué par les découvertes des très bons Jersey Affair (Beast pour le titre original) de Michael Pierce et Une Prière avant l’aube de Jean-Stéphane Sauvaire, une carte blanche de haut niveau concoctée par l’excellent Fabrice du Welz (dont le très attendu Adoration devrait sortir dans l’année) ou dans les sections rétrospectives les claques monstrueuses que furent Kissed de Lynne Stopkewich et The Fake de Yeon Sang-Ho pour n’en citer que deux, qu’est-ce qui nous attend pour 2019 ? On oubliait de préciser, c’est toujours du côté cinéma Comœdia que cela se passe !

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Golden Glove – Fatih Akin – Copyright Warner Bros. GmbH 2019

Grand vainqueur de la dernière édition du PIFFF avec pas moins de trois prix au palmarès, Freaks d’Adam Stein et Zach Lipovsky, sera projeté en ouverture. Soit l’histoire de Chloe, une petite fille maintenue à l’écart du monde extérieur par son père, un homme ultra-protecteur et limite inquiétant qui inculque l’idée que tout se qui se trouve de l’autre côté de la porte d’entrée est une menace potentielle. Un jour Chloe décide de braver l’interdit paternel…À noter que le film sortira courant 2019 en VOD et qu’il s’agira donc de l’une des rares occasions de le découvrir en salles. Réalisateur jadis adulé pour les formidables Head-on (2004) et De l’autre côté (2007), autrefois largement appréhendé comme l’un des grands espoirs du cinéma mondial, Fatih Akin semblait en perdition depuis le ratage The Cut jusqu’au calamiteux et nocif In The Fade l’an passé (ce qui ne l’a pas empêché de remporter un Golden Globe sans oublier le prix d’interprétation cannois remis à Diane Kruger en 2017). Pourtant, s’il a divisé lors de sa présentation à la dernière Berlinale, son nouvel opus, Golden Glove, s’est trouvé de vrais défenseurs et marque un changement de registre suffisamment radical de la part du cinéaste pour nous rendre follement excités à l’idée de le découvrir. Plongée dans le Hambourg des années 70 aux côtés de Fritz Honka, qui au premier abord semble n’être qu’un pitoyable looser. Pourtant cet homme à la gueule cassée traîne la nuit dans un bar miteux de son quartier, le « Gant d’or » (« Golden Glove »), à la recherche de femmes seules. Les habitués ne soupçonnent pas que Honka, en apparence inoffensif, est un véritable monstre. Un film que l’on annonce dans la veine de Maniac de William Lustic ou Henry, Portrait d’un Tueur en Série de John McNaughton.

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In Fabric – Peter Strickland

La compétition longs-métragesaccueillera cette année huit films, un jury constitué de personnalités lyonnaises (l’illustratrice Diglee, l’illustrateur Emre Orhun et la danseuse, performeuse, musicienne-compositrice Yoko Higashi) sera en charge du prix du Jury tandis que le Grand Prix du festival est remis par le vote du public à l’issue de chaque séance. Freaks concourt également pour la compétition aux cotés de sept autres films parmi lesquels le très attendu In Fabric de Peter Strickland que l’on annonce aussi brillant que déconcertant. Cinéaste déjà sélectionné à deux reprises, Berberian Sound Studio avait même remporté le Grand Prix lors de l’édition 2013, In Fabric marque son grand retour quatre ans après le troublant The Duke of Burgundy. On guettera avec une attention particulière, 1987 : When the Day Comes de Joon-hwan Jang , soit la nouvelle réalisation de l’auteur de Save the Green Planet ainsi que le premier long-métrage de l’allemand Tilman Singer (également scénariste, monteur et producteur), Luz, précédé d’une réputation flatteuse suite à ses différents passages en festivals. Tourné en 16mm, le film est vendu avec la promesse d’un pur trip sensoriel, soit typiquement le genre d’expérience dont on raffole dans ce festival (on ne s’est jamais vraiment remis de la découverte d’Enter the Void de Gaspar Noé en 2010). On s’intéressera également à WE ! de Rene Eller, projet prometteur sur le papier, que certains comparent déjà aux coups d’éclats hollandais du plus que génial Paul Verhoeven, il n’en faut pas plus pour nous motiver !

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Luz – Tilman Singer – Copyright KHM | MÉNDEZ | SINGER 2019

Thématique principale de l’édition intitulée Unexploited ! clin d’œil à la blaxploitation dont il ne sera pourtant pas question dans cette section rétrospective visant à remettre en lumière un pan méconnu du cinéma afro-Américain, thématique qui à l’heure des Black Panther, Us, Moonlight, Get Out, Blackkklansmann trouve un écho aussi évident qu’involontaire avec l’actualité. Si la soirée séance hallucinée intitulée Black Films Matter fin Mars, projetait deux films cultes très connus (Do The Right Thing/Boyz’n the Hood) histoire de réviser ses classiques, quatre propositions beaucoup plus rares ont été dégotées pour le festival. On y trouve notamment le troisième long-métrage réalisé par Melvin Van Peebles, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song, lequel se pose en précurseur de la vague Blaxploitation. Sorti en 1971, la même année que Shaft, cette comédie dramatique (classée X lors de sa sortie) se révèle pourtant plus proche des films de la Nouvelle Vague l’ayant inspiré (À bout de Souffle en tête) que du polar « hard boiled » au cœur des ghettos. À ne pas rater, Ganja et Hess de William Gunn (aka Bill Gunn sur l’affiche), O.V.N.I fascinant de la blaxploitation, assez expérimental, très stylisée, une magnifique variation sur le mythe du vampire, mêlé à des considérations assez politiques. On est évidemment très curieux de découvrir le très très rare Point Noir de Jules Dassin, à l’honneur ces temps-ci avec la magnifique édition concoctée par Wild Side pour le classique, Les Forbans de la Nuit. Top of the Heap, unique réalisation de fiction pour Christopher St. John (acteur remarqué dans Shaft) boucle la section.

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Ganja & Hess – William Gunn

Deuxième thématique intitulée Roman Porno : Littérature Vénéneuse, avec les projections de trois adaptions d’œuvres littéraires dites vénéneuses pour une sélection Roman Porno ero guro (contraction japonaise de érotique grotesque). Woods are Wet : Woman’s Hell de Tatsumi Kumashiro, Yumeno Kyusaku’s Girl Hell de Masaru Konuma et surtout La Maison des Perversités de Noboru Tanaka, œuvre visuellement superbe et complètement fantasmatique.

La Maison des Perversités – Noboru Tanaka

Parlons maintenant de ce qui constitue peut-être notre section préférée du festival par sa propension à nous mettre sous les yeux des claques cinématographiques durables dont on ne soupçonnait parfois même pas l’existence : le Cabinet de Curiosité. Six films dans cette catégorie, dont deux futures sorties d’un éditeur que l’on affectione tout particulièrement, Le Chat qui Fume, La Nuit de la Mort de Raphaël Delpard (présent pour la projection) dont la sortie vidéo est prévue pour le 15 mai et Next of Kin de Tony Williams qui sortira plus tard dans l’année. Le Chat qui fume s’apprête à mettre en lumière Claude Mulot avec les sorties à venir de La Saignée, La Rose Ecorchée ainsi qu’un ouvrage intitulé Claude Mulot, cinéaste écorché, comme un clin d’œil le porno annuel proposé par les Hallus s’intitule Le sexe qui parle et est signé d’un certain Frédéric Lansac, qui n’est autre que Claude Mulot ! Sinon, on pourra redécouvrir sur grand écran un ovni fauché et totalement fou, à mi-chemin entre la SF et l’horreur, Xtro qui se pose comme l’archétype de la série B atmosphérique, n’échappant pas, par moments à un mauvais goût certain, mais toujours terrifiant et original, dont l’auteur, le britannique Harry Bromley Davenport, ne retrouvera, malheureusement, jamais la recette. Aussi au programme Grey Gardens, documentaire de David & Albert Maysles, Ellen Hovde, Muffie Meyer décrivant le quotidien de deux femmes ayant appartenu à la haute-bourgeoisie et vivant désormais recluses dans une maison insalubre. Les deux femmes, une mère et une fille respectivement tante et cousine de la première dame Jacqueline Kennedy, ont vécu pendant des décennies dans un état de quasi isolement et d’insalubrité. Enfin, en amont du festival il sera possible de découvrir gratuitement Within our Gates d’Oscar Micheaux à la médiathèque de Vaise, soit le plus ancien long-métrage réalisé par un afro-américain, ayant survécu au temps (le film date de 1919), a priori c’est à ne pas rater.

Quelli Che Contano – Andrea Bianchi

Le duo Hélène Cattet et Bruno Forzani succède à Fabrice du Welz pour une carte blanche naviguant entre l’Italie, la France et le Japon. D’abord Quelli che contano d’Andrea Bianchi avec Barbara Bouchet et Henry Silva, présenté comme un mélange de poliziottesco et western all’italiana, qui semble avoir l’une des sources d’inspiration de leur dernier long-métrage, Laissez Bronzer les cadavres. Réalisé par le sulfureux Andrea Bianchi (Nude per l’assassino/Malabimba), il ne faudra pas s’attendre à un film faisant dans la demi-mesure. Une même séance regroupera Carne de Gaspar Noé et La Bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic, soit les actes fondateurs de deux cinéastes parmi les plus précieux de l’hexagone. Et si cette formidable nouvelle ne suffisait pas, il faut ajouter que les deux films seront projetés en copies 35 mm et pour avoir déjà vu Carne sur grand écran en 35 mm, rien de mieux pour s’immerger dans l’univers du boucher magnifiquement incarné par Philippe Nahon. Enfin, ce n’est pas faute d’adorer ce que l’on connaît du cinéma de Satoshi Kon (Perfect Blue, Jin-Roh, Paprika) mais l’on n’a jamais vu Millennium Actress, donc sa programmation constitue pour cela une occasion en or !

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On allait oublier de dire un mot sur l’un des possibles climax de l’édition, la soirée Bobbypills, hommage au studio d’animation pour adultes basé sur Paris qui vient de proposer trois premières séries à la plateforme Blackpills en seulement moins d’un an. L’an passé en introduction de la séance de Mutafukaz nous avions notamment pu découvrir le premier épisode de Vermin, au cours de cette soirée ce sera ni plus ni moins que l’intégrale qui sera diffusée, ainsi qu’une sélection d’épisodes de Peepoodo & The Super Fuck Friends et l’intégrale en avant-première de Crisis Jung.

Ne pas oublier les événements Off du festival qui débutent dès la semaine prochaine comme la performance que proposera la jurée Yoko Higashi au Théâtre de l’Elysée ou toujours dans ce même théâtre une discussion autour de l’afroféminisme avec Mrs Roots mais aussi une rencontre avec Stéphane Duval, l’homme derrière la maison d’édition le Lézard Noir, qui aura lieu dans la librairie Le Bal des Ardents.


Programme Complète :

Mardi 16 Avril
19h30 : Ouverture : Freaks d’Adam Stein et Zach Lipovsky,

Mercredi 17 Avril
15h00 : Cabinet de Curiosité : Next of Kin de Tony Williams
17h00 : Unexploited ! : Point Noir de Jules Dassin
19h30 : Compétition : Lord of Chaos de Jonas Åkerlund
22h00 : Cabinet de Curiosité : La Nuit de la Mort de Raphaël Delpard

Jeudi 18 Avril
15h00 : Roman porno : Littérature Vénéneuse : Yumeno Kyusaku’s Girl Hell de Masaru Konuma
17h00 : Cabinet de Curiosité : XTRO d’ Harry Bromley Davenport
19h30 : Compétition : Tous les Dieux du Ciel de Quarxx
22h00 : Cabinet de Curiosité : Le Sexe qui parle de Claude Mulot

Vendredi 19 Avril
15h00 : Cabinet de Curiosité : Grey Gardens de David & Albert Maysles, Ellen Hovde, Muffie Meyer
17h00 : Unexploited ! : Ganja & Hess de William Gunn
19h30 : Soirée Bobbypills

Samedi 20 Avril
11h00 : Compétition courts-métrages
14h00 : Compétition : Factory de Yuri Bykov
16h30 : Carte Blanche à Hélène Cattet et Bruno Forzani : Quelle che contano d’Andrea Bianchi
19h30 : Compétition : In Fabric de Peter Strickland
22h00 : Unexploited ! : Sweet Sweetback’s Song de Melvin Van Peebles

Dimanche 21 Avril
11h00 : Carte Blanche à Hélène Cattet et Bruno Forzani : Carne de Gaspar Noé + La Bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadzihalilovic
14h00 : Compétition : WE ! de Rene Eller
16h30 : Unexploited ! : Top of the Heap de Christopher St John
19h30 : Compétition : 1987 : When the Day Comes de Joon-hwan Jang
22h00 : Roman porno : Littérature Vénéneuse : Woods are Wet : Woman’s Hell de Tatsumi Kumashiro

Lundi 22 Avril
11h00 : Roman porno : Littérature Vénéneuse : La Maison des Perversités de Noboru Tanaka
14h00 : Compétition : Luz de Tilman Singer
16h30 : Carte Blanche à Hélène Cattet et Bruno Forzani : Millenium Actress de Satoshi Kon
19h30 : Clôture : Golden Glove de Fatih Akin

 

Informations Complémentaires

Cinéma Comœdia
13 avenue Berthelot, 69007 Lyon

PLEIN TARIF : 8,80€
RÉDUIT : 6,80€
ENFANT (- DE 14ANS) : 4,00€
CARTE 5 FILMS : 26,00€
SOIRÉE BOBBYPILLS : 10,00€
HALLUCINATIONS MYSTIQUES : 4,00€
TRACE – PERFORMANCE DANSE-MUSIQUE : 3,00€
PASS INTÉGRAL FESTIVAL : 99,00€

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A propos de Vincent Nicolet

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