(article préalablement publié en juillet 2010)

Une folie aujourd’hui. Comment parler autrement de cet album qui se présente sous une pochette noire où même le nom du groupe n’apparait qu’en filigrane et sans guère d’informations au verso que les titres des chansons ? Une opacité côté packaging ( sans parler de leur site web) qui apparait presque suicidaire en ces temps de sauve-qui-peut commercial et de la nécessité presque viscérale de se faire remarquer de ses petits camarades dans les bacs (pire encore, sur un écran d’ordinateur). Une opacité renforcée également par le manque d’informations circulant autour de ce duo belge, Dez Mona, un chanteur et un contrebassiste entourés d’un accordéoniste, d’un pianiste et d’un batteur (et d’une multitude de musiciens additionnels ôtés cordes et cuivres). Voilà ici leur second album, Hilfe Kommt, et puis voilà. Let the music do the talking allez go.

Musicalement le premier morceau nous impose d’emblée le port du patin, pas question en effet de saloper ce joli sol ciré avec nos baskets crottées. Nick Cave aurait adoré chanter ce premier titre (cet orgue typiquement aussie, cette contrebasse en avant, cette moiteur lancinante et désossée même si les cordes sonnent ici comme un petit courant d’air. La voix blanche (dans tous les sens du terme) fait penser à celui de 3D de Massive Attack, la barre est quoiqu’il en soit placée très haut d’entrée.

FIP va adorer « Carry on », le titre suivant, ce piano atone, ce chœur gospel en mode profane et chorale du dimanche, habité cependant, une voix maniérée qu’on jurerait féminine (mais non). Une belle pièce là-aussi de jazz en mode soul orchestrée.

Nova Classics 12 va adorer « Get out of there », ces faux-airs de soul jazzy à voix chaude (sauf que c’est un frêle blanc-bec et non une diva en robe moulante qui chante)

Le track by track pourrait continuer ainsi jusqu’au dernier titre, le 10è, l’album s’avérant bluffant par son homogénéité instrumentale et mélodique. Oui, il faut aussi parler des mélodies, entêtantes, au-delà du bel écrin savamment troussé, une unicité de ton qui provoquera fatalement chez l’auditeur pics émotionnels et creux indifférents au gré d’un petit air, d’un refrain (Distinguished way avant tout) ou encore d’un petit gimmick plus séduisant qu’un autre mais un tout qui évolue bien au-dessus de la moyenne du moment.

Sans renier quelques aspirations orchestrales la musique de Dez Mona brille avant tout par sa sobriété, tout le mystère de la création étant dans le dosage. Le corps de cette musique reste cette trame mélodique (contrebasse ou piano) et puis cette voix, bluffante par son androgynie un titre sur deux sans jamais paraitre forcée ou artificielle, du grand art.

Hilfe Kommt c’est finalement une pop de cabaret, un cabaret bien agencé mais gardant toujours son aura de mystère, on pourrait même parler de danger. On pense à Nick Cave, on le redit, on pense aussi de temps à autre à ce que donnerait du Massive Attack (en mode 3D) unplugged, on le redit encore. Bien des ingrédients en tous les cas pour faire de cet album un disque de chevet, comprendre par là un disque propice aux joies des abat-jours de salon et/ou des petites lumières près du lit, sans qu’il ne soit à aucun moment question de dormir évidemment.

 


Le clip très « I’m easy » des Faith no More (moustache inside) du titre « Carry On »

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