Que restera-t-il de 2025 ?
Blockbuster d’auteur, MANIA d’Hamza s’impose haut la main comme le meilleur “gros” album de l’année. Dans un paysage où les recettes tendent à se figer, l’artiste belge fut l’un des seuls à ce niveau de notoriété à proposer en toute décomplexion. De la trap (KYKYDEBONDY) à l’afropop (Afri) jusqu’à un magistral R’n’B (ENCORE UNE NUIT, SLOVAKIA, COME & SEE ME), il épate par la qualité et la sophistication des productions, sa manière de digérer ses références et de se les approprier pour créer une couleur qui ne ressemble qu’à lui dans le paysage. Après le carton de Sincèrement, il était attendu au tournant, force est de constater que ce succès n’a aucunement changé son approche intègre et passionnée. Le roi de Belgique, tout simplement.
À la croisée des genres, on retrouve deux artistes que nous évoquions un an plus tôt dans la partie 4 de notre bilan de 2024 intitulée L’Avenir est à eux, qui pourrait en l’occurrence être rebaptisée, elles, Bad Boys Lovestory de Theodora et Tout Va Mal de Sheng. L’une et l’autre ont confirmé les espoirs que nous placions en elles avec une réédition XXL pour la première (MEGA BBL) et un premier album (J’SUIS PAS CELLE/J’SUIS (TJRS) PAS CELLE) pour la seconde. Deux projets différents et pourtant deux démarches cousines où la question du genre vole en éclats dans des propositions prenant un plaisir contagieux à croiser et hybrider les registres pour délimiter un territoire vaste et intimiste. Celui de Theodora s’étend du rap à la chanson française tandis que Sheng navigue entre rap, R’n’B et hyperpop, en explorant des territoires parfois moins immédiatement accessibles, mais tout aussi pertinents et stimulants.
Une année noire
Il est impossible de ne pas évoquer le décès brutal de Werenoi au mois de mai, au sommet de sa gloire quelques semaines après la sortie de Diamant Noir.
Il est également permis de s’interroger sur le sort de plusieurs têtes d’affiches de la fin des années 2010, aujourd’hui incarcérées, de MHD à Koba LaD en passant par Maes. Peu importe notre affect pour ces artistes, c’est comme si un âge d’or du rap français avait été soudainement terni par des considérations non artistiques, donnant l’opportunité aux vautours médiatiques de lancer ou relancer des polémiques orientées sur le mouvement hip-hop.
Qu’attendre en 2026 ?
Les premières sorties et annonces de 2026 dessinent déjà des lignes de force, mais affichent aussi quelques signaux d’essoufflement.
Poids lourd revenu en grâce avec ses deux derniers albums (Persona non grata et Veni Vidi Vici auxquels pourrait s’ajouter l’ultime RIPRO), Lacrim vient de sortir en ce début février Cipriani, qui confirme son excellente forme sur la décennie 2020. Annoncé comme un projet 100 % italien, le rappeur pousse plus loin une esthétique qu’il explore depuis plusieurs années, notamment sur ses derniers opus. Mastodonte des années 2010, il semble aujourd’hui moins préoccupé par son impact commercial, au profit d’une volonté de soigner son image, de préserver son aura intacte et, d’une certaine manière, d’écrire sa légende. À la manière d’un Rim’K, Lacrim travaille avec exigence et sincérité la suite de sa carrière, mais sans pression, conscient de ce qu’il représente et sans courir après la jeune génération. Composé de douze titres, dont dix en featuring (Baby Gang y apparaît à deux reprises), Cipriani permet à l’auteur de Corleone d’étendre son emprise en Europe, tout en restant fidèle à ses thématiques, dans un nouvel environnement parfaitement cohérent.
Coup de communication ou annonce véritable ? Booba laisse miroiter la sortie dans les semaines ou mois à venir d’un certain Blanco Nemesis. Peu importe notre lassitude face aux invectives permanentes du rappeur sur les réseaux sociaux, s’il devait sortir de sa retraite, cela constituerait forcément un événement. Tempérons cette attente, le single Seychelles nous paraît assez peu digne d’intérêt comme une variation poussive de Validée avec des emprunts au flow de DKR.
Dans un mélange des genres (R’n’B, pop urbaine et raï), proche de l’écosystème rap à défaut d’être pleinement dedans, ZMIG, le premier album de Danyl est porteur de promesses entrevues sur ses collaborations au cours de l’année passée (Zamdane, Tuerie, Bianca Costa…). La justesse et l’originalité mélodiques croisent des textes intimistes et inspirés. Pour les aficionados du 667, Osirus Jack a dégainé Hégémonie, un projet court, dans ses standards sombres, sans originalité ou renouvellement mais non dénué d’efficacité.
On était sans nouvelles de Lazuli depuis l’été 2024 et l’EP Aphrodisiaque, auxquels seulement deux sorties sporadiques se sont succédées (Ultimatum et RendezVous), on n’attendait pas forcément son retour mais avec le single CALIENTE fait forte impression à double titre. Visuellement, l’artiste se dévoile enceinte, ne reniant rien de son attitude badass et son charisme sexy dans un clip 100 % féminin. Le titre offensif lyricalement mêle entertainment et empowerment avec rigueur et insolence. On est plus que jamais branché pour la suite !
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