Visage d’une nouvelle pop émergente, St Graal est une promesse dans les radars depuis plusieurs années, qui a su élaborer sa démarche entre patience et coups d’éclats. On peut retrouver deux EP précoces sur BandCamp datés de 2017 (Temps Libre et Temps Mort), qui marquent les premiers mouvements officiels de sa jeune carrière. Plus minimalistes dans les compositions, ces projets se rapprochent d’un spoken word (dans l’après Fauve) duquel le chanteur s’est depuis quelque peu éloigné ou détourné.
Après être parvenu à tirer profit du confinement pour se faire remarquer sur les réseaux sociaux en 2020, il sort en 2021 un premier titre porteur : Les Dauphins. Un morceau entraînant, aux sonorités synthétiques très eighties. Les couches vocales et les nappes sonores se superposent et s’entrechoquent dans une volonté d’affirmation par l’hybridation. Il se dégage une énergie atmosphérique tantôt aquatique tantôt aérienne constituant une belle carte de visite. Dans cette échappée sensorielle, mêlant symbolisme et poésie limpide, il affirme une couleur musicale sur le point d’arriver à maturité. En 2022, il remporte le prix du public aux Inouïs du printemps de Bourges, fructifiant une notoriété née sur le web en quelque chose de plus concret. Il réussit sa mue du virtuel au réel avant de sortir en 2023 un EP, Le cœur qui cogne sur lequel figure Les Dauphins. Il étoffe ainsi son identité sur plusieurs pistes, mêlant relents d’électropop à des contours rock. Une proposition moins futile ou éphémère qu’elle n’y paraît.
Les Extraordinaires histoires d’amour de St Graal marque un nouveau cap. Cet EP de neuf titres se construit comme un récit musical articulé autour d’une thématique (l’amour). La première piste (Les histoires d’amour… ) et son titre en suspenstrouvent une réponse au moment d’arriver à l’ultime morceau (… qui se terminent un jour). Une mention s’impose pour la collaboration avec notre chouchoute KALIKA sur Premier Baiser, un featuring aux airs d’évidence dans un écrin délicieusement tourné vers le teen-movie américain. A ses côtés mais aussi en solitaire, St Graal s’affirme comme l’un des représentants d’une nouvelle pop. Il définit les contours de son univers en investissant des sonorités électros ou rock (Je t’emmenerai/Oversize) pour les ramener vers une approche intimiste. Le thème central « classique » au demeurant est revisité avec sincérité et modernité (en atteste L’Amour à trois), fragilité et certitudes, dans une forme aventureuse (à l’instar d’un goût avéré pour les déformations vocales). Entre souvenirs, futur évoqué au conditionnel et profession de foi, le chanteur embrasse une étonnante tristesse heureuse (ou bonheur triste c’est selon).
Il revient en ce début 2026 avec un deuxième volet sobrement intitulé Les dernières histoires d’amour de St Graal ajoutant neuf nouvelles pistes et transformant le projet court en un diptyque long.Un second opusqui s’ouvre sur le motif par lequel se concluait son prédécesseur : une cassette audio rembobinée puis lancée dans un magnétophone. Un morceau au titre très direct ouvre cette suite : C’est avec toi que je veux le faire. Entre continuité et variations, ces nouveaux titres viennent apporter des nuances, compléter, affiner, un dessein déjà très bien défini… Ils parachèvent de façonner une couleur musicale accrocheuse, qui se sert de sa forme entraînante pour entamer (implicitement et explicitement) une introspection sensible (Vertiges).
St Graal s’inscrit dans la mouvance d’une pop mutante, concernée par les évolutions sociales, qui n’a pas peur des sonorités plus expérimentales et se plaît à raconter le spleen dans une esthétique marquée et souvent séduisante. La fête au goût triste est explicite dans le très beau Contre-soirée malicieusement placé juste après le frénétique Techno boom boom. En somme, ce deuxième opus maximise les propositions de son prédécesseur sans les trahir, jusqu’à sa rupture finale plus optimiste qu’elle n’en a l’air.En effet, …sont les plus belles de toutes , une piste de moins de deux minutes, plus douce et classique dans ses arrangements se pose comme la conclusion d’une réflexion esquissée au cours des dix-sept titres précédents. Elle répond au titre inaugural des Extraordinaires histoires d’amour de St Graal telle une fin alternative à celle proposée en 2024. Une déclaration d’amour sans filet, tel un twist final venant conclure un projet homogène et cohérent sur une pointe de lumière dénuée de naïveté.
En deux temps et deux volumes, Les histoires d’amour de St Graal conforte les promessesplacées en son auteur. Il s’impose comme l’un des acteurs à suivre d’une nouvelle génération trouvant identité entre héritages et disruptions, attirée par les contrastes et les écarts de tons assumés.