Bruno Sauvard – “Wine Calling”

Voilà qu’une nouvelle hérésie nous vient du Pays Cathare, ou plutôt d’Occitanie : des vignerons se sont insurgés contre les modes de production dominants. A l’emploi standardisé des traitements chimiques, ils ont choisi de répondre par des vins naturels, ou « vins nature ». Ainsi, ils préfèrent l’usage modéré de soufre volcanique naturel afin de protéger les sols, notamment du mildiou, aux fameux sulfites dont l’on gorge la majeure partie de la production vinicole, le « contains sulfites » de nos étiquettes. Ceux-ci seraient responsables des tristes céphalées qui nimbent nos esprits sitôt que l’on boit avec trop d’entrain. Outre les sulfites, ces producteurs ont choisi de limiter à sa portion la plus congrue l’emploi des pesticides et autres réjouissances chimiques dont on gorge les sols comme nos aliments. Ce refus de traiter à tout prix les ceps contre toutes les maux connus révèle, en creux, un mal plus vaste de notre société : le légendaire « principe de précaution » qui, dans un réflexe quasi-paranoïaque, nous pousse à consommer, à l’année, des molécules synthétiques de toutes sortes, dans le vain espoir d’annihiler le moindre danger. Et nous amène peut-être, consommateurs replets et satisfaits, à oublier que vivre c’est toujours se projeter vers le risque.

Ces vignerons indépendants ont donc décidé de lutter contre les modes de production, de consommation et de pensée dominants. Et la bande originale, blues, ska ou punk, le souligne, de même que le titre du film renvoie à un hymne des Clash, London Calling. Du mouvement punk, on retient ici l’esprit contestataire et libertaire, enrichi d’une réelle volonté d’entraide, salutaire en ces temps où l’on disrupte à souhait pour startupiser le pays. Nos vignerons qui, chaque soir au sortir d’un dur labeur, boivent à satiété en jouant de la guitare, incarnent une forme de résistance au monde contemporain, et attirent donc immédiatement la sympathie. Evidemment, tout n’est pas rose. Ils s’endettent, se payent comme ils peuvent. Mais ils bénéficient aussi d’un salaire moral, supérieur : celui de la satisfaction de produire un bien noble et unique.

Evidemment, Wine Calling est le genre de film qui remonte le moral, mais délivre aussi peut-être un plaisir trop facile, et donc suspect. Son auteur a choisi de privilégier une mise en scène rapide, enchaînant les belles images de paysages magnifiés, mais à un rythme tel qu’il les frelate quelque peu. Il en va de même pour les différents témoignages, un tempo plus lent aurait sans doute rendu l’ensemble moins artificiel, et plus vrai, le vin étant aussi une affaire de temps. Cette vélocité finit par accroître le sentiment d’irréalité, alors qu’on nous offre le spectacle d’une micro-société utopique. Etait-ce bien vrai, ou n’était-ce que du cinéma ? Au fond, peu importe, le film a rempli sa fonction, et l’on ne désire qu’un chose : aller poursuivre la rêverie en dégustant un verre de vin nature.

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A propos de Pierre-Julien Marest

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