Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele – “Mario Bava, le magicien des couleurs” (Lobster)

Qu’on se le dise, juillet 2019 sera un mois Mario Bava. En marge des reprises des 3 visages de la peur, 6 femmes pour l’assassin, La ruée des Vikings et de la rétrospective que lui consacre la cinémathèque. Lobster édite Le magicien des couleurs un essai de 150 pages sur le cinéaste écrit par Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele. Certes la première réaction, surtout pour un tel cinéaste et avec un tel titre est de s’étonner de l’absence d’iconographie. Mais compte-tenu des difficultés financières des petites maisons d’éditions et du réel intérêt du travail des auteurs, on pardonnera cette absence de mise en regard. D’autant que Mario Bava: All the Colors of Dark de Tim Lucas et The Haunted World of Mario Bava de Troy Howarth nous ont bien rassasié en matière de richesses d’illustrations. L’approche de Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele est à la fois historique et analytique. Après avoir dans leur introduction étudié l’évolution du regard opéré en plus de 50 ans, dans lequel on est passé d’un certain mépris pour le cinéma de genre – dit mineur – à la consécration de génies méprisés de leur vivant, ils rentrent dans le vif du sujet en recontextualisant Bava au sein de l’Histoire du cinéma italien de l’après-guerre. Ils s’attardent notamment sur le cinéma en tant qu’industrie et les genres qui abreuvent les salles dans cette période, parcourant notamment les toutes les maisons de production capable de produire autant du Fellini que des péplums ou films de monstres. Le recadrage historique est essentiel et les auteurs en saisissent parfaitement les enjeux. Le parcours de la filmographie de Mario Bava sous son aspect commercial, s’attardant sur le financement, la genèse et les objectifs économiques met tout à fait en relief combien – même si Bava est considéré comme un auteur de génie – contrairement à des réalisateurs renommés comme Antonioni ou Visconti, lui, transcendera son œuvre en tant qu’artisan. Le livre aborde également tout le travail avec les acteurs, et leur utilisation comme « corps » et « visages », d’où naît régulièrement la sensualité de son cinéma. L’esthétique Bava vampirise en quelque sorte les corps mais évoluant au fil de son oeuvre : c’est l’objectif d’un chapitre intitulé « L’esthétique de l’angoisse : l’humain comme matière » et c’est dans cette esthétique même dominée par la mort que l’on retrouve toute l’essence métaphysique du maître. Le plaisir que prend Bava à filmer les mannequins illustre à la fois le rapport du cinéaste à un acteur pantin et l’idée qu’il se fait également de la condition humaine. L’homme ? Une marionnette ou un insecte prisonnier dans une toile. Bon nombre de thèmes seront abordés dans Le magicien des couleurs, en particulier le rapport de Bava à la violence – et par extension au monde contemporain » (provoquant ainsi la question d’une éventuelle dimension politique de son œuvre) . Quant à la monstruosité humaine, elle imprègne son œuvre, faisant de l’homme son propre gouffre, sa propre créature, sa propre terreur. L’étude de son art de la mise en scène, du cadre et des éclairages n’est évidemment pas laissée de côté.

Plus qu’un ouvrage supplémentaire sur Mario Bava, Le Magicien des couleurs lance de belles pistes de réflexions sur ce cinéma du sens et des sens, qui n’a pas fini de provoquer d’infinis questionnements, tant il est riche … et éternel.

Gérald Duchaussoy Romain Vandestichele, Le magicien des couleurs, 167 pages, édité par Lobster

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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