Régine – Régine’s duets (archives)

(Article préablement publié en avril 2009)

Ce disque c’est d’abord un froncement épais de sourcils à la lecture de son titre.

« Regine’s Duets »

« Duets » comme en leur temps Natt King Cole, Sinatra et tant d’autres ? « Duets » c’est un titre honorifique bien plus qu’un simple titre lambda, c’est généralement quand une sommité vocale rencontre deux ou trois de ses acolytes de l’Olympe médiatique pour tâter du Hug derrière une console digitale 48 pistes, généralement pas trop loin de Quincy Jones.

Alors Régine et Duet hein.

Et pourquoi pas « Fleury Michon, Champs-Elysées Paris ? »

I tell you this is provocation. Le titre horrorifique dans toute sa splendeur.

Disque de duos donc et surtout disque de Régine, notre Régine nationale à nous, celle que tout le marché aux poisons d’Oulan-Bator nous envie. Régine qui nous revient entre deux vins d’honneur avec une ribambelle de featuring (c’est marqué comme ça sur la pochette) : Le Soldat Rosé ?

Des duos de premier choix donc, il suffit de consulter la liste des artistes invités à pousser la chansonnette en compagnie de notre sympathique rombière puis d’observer, les oreilles grandes ouvertes, le résultat :

Après un « Petits papiers » inaugural (une seconde version sur l’album fait participer Jane Birkin) que Régine bien entendu chante seul, validant l’adage du showbiz bien connu voulant que

« Achetez c’est mon sang,
écoutez c’est mon âme,
touchez pas c’est mon tube »,

voici un « Azzuro » primesautier sur lequel Paolo Conte Paolocontise entre deux couplets marmonnés par Régine comme si l’écoulement de tout son stock promo de Flétan en dépendait. Notons également que la musique est tout sauf désagréable, une valse haletante.

Et là de suite après cette colline pif paf voici la montée de l’Alpe d’Huez, à froid et sans entrainement !!

« J’ai toujours porté bonheur aux hommes » voit en effet un improbable duo réunissant notre Régine dans le rôle de Madonna et Boy George dans celui de Rupert Everett ! Notons que le Boy chante en français (produisant là un envoutant mélange du caractère volubile de Dario Moreno mâtiné d’Eric Morena (Morena et Moreno sont dans un bateau, Boy George tombe à l’eau devinez l’a poussé). Là, sur un tempo échevelé (à l’échelle de la valse hein), une grosse caisse se fait entendre (non pas le Boy) tout du long pour au final un morceau qui laisse perplexe, amusant en tous les cas.

Evidemment après un tel effort il faut se reposer un peu, alors Maurane et Régine déboulent sur la scène, la première l’air concentré derrière un ensemble gris/noir de belle facture et notre Régine étincelante sous son rimmel rosi et sa robe en peau de bête. C’est l’heure de « Une valse pour toi et moi », l’heure du recueillement et du soupir attendri. Un joli moment nonobstant l’impression que Régine nous engueule tout en chantant sur l’air du « Arrêtez de déconner là c’est sérieux comme chanson merde alors».

C’est ensuite « Ouvre la bouche, ferme les yeux » où Régine fait du pur Regine’s : voix de vendeuse à la criée et toujours cette impression qu’elle vous gueule dessus à chaque couplet. Sur cette chanson c’est Edouard Baer qui chantonne à ses côtés d’une voix qui ressemble énormément à celle de son frère Julien, même si le cadet ici s’en sort péniblement.

On n’arrête alors plus Régine, la voilà sur « L’emmerdeuse » qui bat Nanard Lavilliers au bras de fer, en écoutant cette chanson (et Dieu sait pourquoi) on se met à penser au sketch des routiers de Jean Yanne, un même saisissant moment.

Vient alors le Galibier, rien de moins. « I will survive » de Gloria Gaynor que Régine avait (évidemment) repris en son temps et en français. Ici c’est ni plus ni moins que Julia Migenes qui embraye derrière notre Diva, enfin devant puisque c’est elle qui commence à chanter.

En anglais, piano mélancolique (joué par le pianiste du Muppet Show qui a fait le pari avec un accessoiriste de jouer le plus de notes possibles entre deux respirations silencieuses de Julia Migenes). Et là, à peine le second couplet entamé, voilà la Régine qui débarque et qui nous emmène tous faire un petit tour du côté de chez Michou. On ne peut s’empêcher de ricaner quand les deux voix se succèdent, surtout que le passage de l’anglais littéraire au français poulbot (« First I was afraid, I was petrified » narré par Julia Migenes c’est quand même autre chose que « Sors de ma vie, ne reviens plus car tu n’es plus le bienvenu »). Un grand moment donc.

Crevaison dans la descente qui suit avec « La grande Zoa » chantée par Régine et Didier Wampas (ah oui quand même, le cheminot et la locomotive à vapeur). Sa seconde chanson phare, celle qu’elle chante à chaque fin de repas chez Roger Carel depuis près de 40 ans « Allez ma chérie fais-nous la grande Zoa ». On murmure que Lady Di aimait beaucoup la chanson et que Régine aime à dire depuis en ville que cette auguste personne était la grande Zoa du pont de L’Alma.

Didier Wampas n’en file pas large. Lui qui a montré sa **bipp** à Carla Bruni aux Solidays, lui qui a montré son **bip** à Michel Denisot lors d’une émission de télé, le voilà qui baisse la tête et qui prend la main de Régine pour chanter fort discrètement (tant et si bien qu’il faut tendre l’oreille pour distinguer le chant de l’une et le chant de l’autre sur la chanson) avec elle ce morceau éternel. Pas du genre à se laisser marcher sur l’escarpin en alligator la Régine, on sait de quoi elle est capable avec les agitésde puis qu’elle a foutu une beigne à deux ou trois soixante-huitards qui voulaient entrer boire un coup chez Castel un soir de mai 68.

« Le cirque à tout le monde » voit Régine chanter avec Pierre Palmade bras dessus bras dessous, l’infortuné Palmade s’essoufflant dés la seconde ligne de chant pour au final chantonner mollement sur une musique de cirque en mode valse, non pas Elephant Man mais plutôt la Caravane de l’Etrange. Palmade fait d’ailleurs un peu penser au Bourvil de « Pouet Pouet » par moment, en moins bien cela dit. N’est pas André Raimbourg qui veut. On a l’impression qu’il avait plus de conviction quand il enregistrait la voix de la pub Madrange.

Un vrai et beau moment quand Juliette et Régine se trouvent sur un « Gueule de nuit » réjouissant : deux grandes gueules qui glosent avec plaisir un joli texte, le tout sur une jolie musique. Voilà de quoi faire plaisir aux oreilles que cette chanson en mode Paris canaille.

« Capone Et Sa P’Tite Phyllis » ensuite voient Arthur Higelin barytonner à côté de notre Régine. Que dire sinon que le duo est tout de même meilleur que celui mettant en scène notre trublion H et M.

Véritable Col de la Croix de Fer de cet album, « Je viens danser » met en scène notre Régine avec Bruno Calicuiri.

Cali.

Régine qui chante les escarpins vissés au sol en dodelinant doucement un coup à gauche hop et un coup à droite hop hop et à ses côtés, le Cali.

Une chanson éprouvante comme beaucoup de ce que chante notre frange catalane.

S’il ne s’est jamais tout à faire remis d’avoir écouter « A girl called Johnny » des Waterboys, il nous fait ici son « A pearl with Regine », cabotinant sitôt la porte du studio ouverte et faisant la bise au balayeur en pleine pause-café croyant que c’est là le directeur artistique du projet avant de s’apercevoir, consterné, de sa méprise et de devoir ensuite faire la bise à toute l’équipe histoire de ne pas passer (aussi vite) pour un con.

Cali.

Cali qui Calise tout du long du morceau avec toujours (et de plus en plus au fil de sa carrière, lui qui était si inspiré sur son premier album) l’impression tenace qu’il chante toujours essoufflé, tentant de reprendre avec peine sa respiration tout en fredonnant tant bien que mal. Il faut l’imaginer ici ce Cali si plein de vie, ce Cali si plein d’envie, oui il faut l’imaginer derrière le micro gesticuler autour de Régine comme s’il était la cible de snipers à la solde de l’UMP.

Fort heureusement la trop rare (c’est comme ça qu’on dit non ?) Fanny Ardant vient chanter fleurette à Régine, le calque Yang de son personnage Ying d’Eva dans « Pédale douce » sur le morceau suivant.

Un joli moment et c’est dire comme la Grand Sophie déçoit à la suite en chantonnant « Les lumières de Belleville » avec une Régine justement sonnée et éreintée par un tel marathon (4587 pas de deux à gauche puis à droite sur les 15 chansons soit donc une belle moyenne sans compter les cordes vocales tendues comme un string).

Le titre final du disque, chanson où Régine apparait seule (je n’ai pas dit sans fards, faut pas déconner) « Un Jour, Je Quitterai Tout », jolie moment d’émotion quand une personne semble ainsi tirer sa révérence au public en une pirouette épurée et apaisée. On peut ici dire combien sa voix si particulière tient bien la route finalement au fil du disque, servant de forte attache à un projet éclaté au niveau des participations.

Alors ce disque, qu’en est-il au final sous ses airs mal dégrossis de Regine’s digest ? Quelques moments de belle rigolade mais surtout un bel et surprenant ensemble. La musique y est pour beaucoup, certes il faut aimer la valse et ses milles déclinaisons puisque c’est là la matrice musicale du projet, une valse trafiquée qui fait penser à la musique d’un cirque ou mieux encore d’un manège, de son manège à elle.

Et c’est là une belle image pour conclure, ce manège qui tourne, tourne, tourne encore et sur lequel Régine passe de cheval à cheval, du petit poney (Cali) au fier étalon camarguais (Lavilliers) en passant par le carrosse devenu citrouille (Boy George).

Un joli carrousel oui.

Avec ce que cela comporte de suranné peut-être, de nostalgie sans doute pour ce joli tour d’horizon d’une carrière.

On pense alors énormément à la toute fin du film « Playtime » de Tati, à ce carrefour-manège final qui semble prendre tous les acteurs puis tous les figurants et jusque la ville entière sur son socle en une folle et magnifique ronde finale. On y entendait alors plein de sons (musique, bruitage) tirés des films précédents et tellement mythique du grand Jacques, en une bouleversante et touchante cocarde de toute son œuvre.

Certes Régine n’est pas Jacques Tati (rien que d’écrire cette phrase quand même hein !) c’est juste un personnage, une nature comme on dit, une trogne qui a traversé avec nous (enfin un peu) nombre de décennies en gardant gouaille et spontanéité. Ce disque est l’occasion de rappeler tout cela et de la mettre un peu en lumière (on pourra régler la mire de l’ordinateur en plus ça tombe bien).

Une curiosité à écouter !

 

 

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