David Bowie – "Where Are We Now ?" (Single)

“I HEARD THE NEWS TODAY, OH BOY ! ” : THE RETURN OF… DAVID BOWIE

Pour une surprise c’est une surprise. Bowie vient d’offrir un cadeau absolument inattendu ce 8 janvier 2013, jour-anniversaire de ses 66 ans. Un morceau intitulé Where Are We Now ?, avec sa vidéo, et l’annonce d’un album intitulé The Next Day à sortir au mois de mars.

Flash-back… au sommet de l’une des vagues qui ont balisé sa longue carrière, après la sortie-phénomène de l’album Heathen en 2002, et de Reality l’année d’après, Bowie est foudroyé par une crise cardiaque en juin 2004, en pleine tournée mondiale – la seconde en deux ans. C’est ensuite un silence quasi total qui va durer près de dix ans. Il y a bien quelques apparitions… parfois touchantes, comme les prestations live avec Arcade Fire ou David Gilmour… parfois atroces ou insignifiantes, comme la publication du morceau She Can Do That co-écrit avec Brian Tanseau, ou les choeurs sur une reprise de Tom Waits par Scarlett Johansson.
Des photos sont publiées dans la presse, prises notamment lors de soirées mondaines passées avec l’épouse, le mannequin Iman Abdulmajid. Mais aucune interview n’est donnée. Et puis les clichés se font de plus en plus rares. Le « Duc » semble progressivement avoir troqué les smokings pour des jeans grisâtres… ça sent le roussi… D’ailleurs, cela fait des années que l’immeuble dans lequel il vit est en réfection !!!
Dans ce climat, les rumeurs ont très vite fusé. Bowie aurait un cancer du foie. Son visage a en effet grossi vers 2005, comme par les effets secondaires de la cortisone ! Les interrogations sont persistantes dans la presse et dans le public : rechantera-t-il ? Y aura-t-il un prochain disque ? Chacun y va de son opinion sans fondement.
Certains croient dur comme fer à un retour, mais on apprend avec étonnement que l’artiste refuse plusieurs propositions de collaboration artistique : une de Peter Gabriel, une de Cat Power… Alors d’autres se font à l’idée que le rideau est peut-être définitivement tombé. Que si la maladie n’est pas la cause de l’absence, le manque d’inspiration doit l’être. Que Bowie a décidé de prendre sa retraite, a choisi de s’occuper de sa fille Lexie, née en 2000, en père milliardaire mais peinard. On se demande même si ce mutisme presque parfait, qui est peut-être le symptôme d’un effondrement du Narcisse de la pop, ne constitue pas finalement l’une des plus belles signatures du chanteur, une des façons les plus dignes de quitter les feux de la rampe. Sans bruit inutile. En s’évaporant tout simplement.

Et puis, non. Ce mardi, le morceau et sa vidéo sont mis en ligne gratuitement. Le site internet de Bowie affiche en grande pompe les nouvelles. Le très sympathique fils du chanteur, le cinéaste Duncan Jones, twitte : “Would be lovely if all of you could spread the word about da’s new album. First in ten years, and its a good ‘un!”. C’est le buzz total, comme on dit de nos jours ! La chanson fait un tabac sur le site de téléchargement payant i-tunes. La presse relaie en rangs serrés.

Where Are We Now ? a été enregistré à New-York sous la houlette du producteur Tony Visconti qui a accompagné l’artiste dans son travail créatif durant plusieurs décennies. C’est un morceau lent et triste. Il est très mélancolique et rappelle la période Hours (1999). Notamment le morceau Thursday’s Child. Les arrangements sont très sobres. La voix est fragile.

Le clip est réalisé par l’artiste avant-gardiste Tony Ousler qui avait déjà travaillé avec Bowie à l’époque de Earthling (1997). On reconnaît fortement sa patte. Rien de très brillant pourtant. Un local rempli d’objets (souvenirs ?) hétéroclites, mi-chantier, mi-atelier… Deux petites poupées, comme des figures siamoises en chiffon, l’une avec la tête d’une jeune femme – la compagne de Ousler, semble-t-il : Jacqueline Humphries – l’autre avec celle de Bowie. Ces têtes sont grosses, comme compressées. Elles sont tout sauf photogéniques. Bowie fait son âge, il a le visage décomposé. La face d’un déprimé qui ne sait vraiment pas où il (en) est, justement !

Des images en noir et blanc de Berlin – et les paroles qui évoquent des lieux précis de la ville – renvoient à l’époque où Bowie, de retour de son périple soul en Amérique s’installe quelques temps dans le côté ouest de la métropole au Rideau de Fer, avec Iggy Pop, et enregistre en compagnie du magicien Brian Eno et du fulgurant guitariste Robert Fripp, l’un de ses chefs d’oeuvre : Heroes (1977). Cet album qui, avec Low et Lodger, formeront une sorte de trilogie créant, annonçant la Cold Wave, principalement, mais aussi la World Music.
Et il se trouve que la photo de la pochette du disque, réalisée avec l’artiste Jonathan Barnbrook – qui avait déjà travaillé pour celle de Heathen -, a été divulguée ce 8 janvier. C’est en fait la pochette de Heroes masquée et rayée. Bowie, comme il l’a déjà souvent fait, donne dans l’auto-référence (1), le métalangage… Et il procède à une sorte d’effacement, d’annihilement ironique de la figure de la star fertile qu’il a été (2). On se souvient à ce propos de la chanson Zeroes (1987) et de l’aventure Tin Machine. Le jeune David Robert Jones s’est échiné pendant des années à devenir une icône rock. Il s’échine depuis des années à se défaire de ses oripeaux glamour. A redevenir l’humain qu’il pourrait avoir été.

Des réactions négatives se sont déjà faites entendre. Des déçus jettent le nouveau bébé, l’eau du bain, la baignoire. Le morceau est une pâle copie de chansons antérieures, disent-ils. Il est platement arrangé. Il est mal chanté. Le retour s’annonce raté.

Peu importe. Ce qui est est. Where Are We Now ? constitue un signe de créativité. Cette chanson, qui n’a rien de novateur – pardon, Aladin a déjà donné ! – mais qui est plaisante à écouter et peut se révéler positivement entêtante, fait taire les rumeurs les plus alarmistes. Le moment est émouvant. Et Bowie, n’en doutons pas, joue encore et toujours… en même temps qu’ils s’exprime avec sincérité. Il se révèle toujours un grand communiquant tout en s’assumant comme un has been.
Le Héros est fatigué, certes, mais David Robert Jones is alive and living in New York…

(1) Un effet de distanciation est aussi créé dans la vidéo quand, à la fin, les deux têtes vivantes quittent ce qui pourrait être un panneau, comme on en voit dans les fêtes foraines, où seraient peints des personnages et où deux trous seraient ménagés à la place des visages de ceux-ci pour que les visiteurs puissent jouer à être ce qu’ils ne sont pas.

(2) Bowie donne toujours aussi dans le référentiel. La formule « Walking the dead » pourrait venir du livre ainsi titré de John Eldredge (et sous-titré : The Glory of a Heart Fully Alive).


Pour plus de lecture et d’écoute :

La page d’annonce du nouveau morceau et du prochain disque :
http://www.davidbowie.com/the-next-day

Le clip en entier :
http://www.davidbowie.com/vision?videopremiere=true

Une interview filmée de Tony Visconti :
http://www.bbc.co.uk/news/entertainment-arts-20953094

Une interview de Jonathan Barnbrook :
http://virusfonts.com/news/2013/01/david-bowie-the-next-day-that-album-cover-design/

 

A propos de Enrique SEKNADJE

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