Le week-end before du festival…

Ce qu’il y a de génial avec Chéries Chéris, c’est que ce festival est hors norme jusque dans ses moindres détails. Un exemple, il n’a pas eu besoin pour commencer de la formule éculée « je déclare officiellement le… blablabla ». La vingt cinquième édition de Chéries Chéris a déjà démarré ce week-end avec un « Before », engagé et militant, exceptionnel de par sa diversité et sa qualité.

Les festivali.er.ère.s (dur dur l’inclusif parfois !) ne seront pas pour autant privé.e.s d’une cérémonie officielle au MK2 Bibliothèque. Elle a lieu ce soir avec, en avant première, Lola vers la mer, un film franco belge de Laurent Micheli, cinéaste belge dont c’est le second long métrage. Lola vers la mer est une histoire forte, inédite, entre un père (Benoît Magimel, phénoménal) et sa fille en transition FTM (Mya Bollaers, enfin une comédienne en parcours de transition pour jouer ce rôle. À couper le souffle de justesse !), qui se retrouvent après une longue séparation, autour de l’urne funéraire de la femme de l’un, mère de l’autre. Le deuil, l’incompréhension, la transidentité, la solitude, l’amour filial,… sont quelques thèmes qui traversent ce film admirable. Sortie en salle le 11 Décembre.

Grâce à une programmation essentiellement composée de documentaires, dont trois longs métrages et presque une dizaine de courts en compétition, le Before de Chéries Chéris, d’emblée tape fort. Qu’il s’agisse de sa programmation officielle, de ses panoramas, de ses cartes blanches, de ses séances spéciales…

La transidentité se retrouve questionnée sous toutes ses facettes si variées. Que ce soit dans Resistència trans documentaire espagnol de Claudia Valera, qui suit deux femmes transgenres aux parcours de vie presque opposés. Seule leur transition les réunit pour ce film plein d’humanité. En toile de fond, une Espagne qui a tellement évolué en quelques décennies, qu’elle se retrouve parmi les pays les plus avancés d’Europe en matière d’acceptation légale de cette minorité. Ou dans Maria Luiza documentaire brésilen de Marcel Diaz, en compétition, l’histoire véridique de la première personne transgenres de l’armée brésilienne ! Après vingt deux ans de service comme militaire homme, Maria Luiza da Silva a du quitter l’armée en 1990. Une vie courageuse à se battre contre les préjugés d’hier et d’aujourd’hui, dans un Brésil fracassé. Où encore dans Océan d’Océan, film documentaire français attendu sur la transition de celui qui fut célèbre en tant qu’Océane Rose Marie, humoriste, seule en scène, en radio… Après un coming out public, Océan se filme à différentes étapes de sa transition FTM. Derrière l’humour et l’optimisme que dégage le film, d’Océan et de ses intervenants proches, impossible de ne pas ressentir ses doutes et ses peurs.

L’engagement pour la visibilité des LGTBQI & ++, est arrivée là où plus personne ne l’attendait, à Saint Denis dans le 93 ! La Pride d’Hakim Atoui et Baptiste Etchegaray raconte l’histoire extraordinaire et courageuse de quatre étudiants qui ont organisé la première marche des fiertés en banlieue, en Juin de cette année. Un documentaire revigorant et jubilatoire.

L’homoparentalité, son histoire depuis les années quatre vingt, c’est Mon Enfant, Ma Bataille d’émilie Jouvet qui nous la rappelle ou nous la fait connaître. À travers les témoignages de famille et de spécialistes de tous bords, de l’APGL, de documents d’archives, le film retrace toutes les étapes des luttes et des engagements pour faire famille autrement qu’avec « un papa, une maman… ». L’occasion de faire le point sur ce qui a été obtenu et sur ce qu’il manque encore.

L’Histoire même la plus atroce finit par « passer ». Voilà ce qui traverse l’esprit du spectateur de 5B un film américain de Paul Haggis et Dan Krauss. Une histoire encore récente, peu connue, une sorte de guerre totale contre un nouveau virus mutant, le VIH, mortel à 100 %, une guerre perdue d’avance, on le pensait à l’époque. Des images d’archives, des malades, des héros de souffrance malgré eux, de leurs proches, des témoignages de survivants, de professionnels de santé, surtout ceux des infirmières, bouleversent en passant par toutes sortes d’émotions. Ce film rappelle aussi que c’est dans la lutte et seulement là, qu’il y a possibilité de faire corps, communauté. Un film qui va droit au cœur des vivant.e.s.

À l’issue du film documentaire belge, Mon nom est clitoris de Daphné Leblond et Lisa Billard Monet, « on » jubile, d’avoir appris tant de choses essentielles sur la sexualité et le plaisir féminines (le féminin l’emporte ici sur le masculin, c’est comme ça !) . À un point tel, qu’on rit jaune de sa propre méconnaissance sur le sujet. Bon déjà, le clitoris n’est ni un bouton (manuels scolaires d’éducation sexuelle des 80’/90’s), ni une marque de voiture japonaise (Le Gorafi). L’humour, comme nécessité pour composer avec l’ignorance, est distillé habilement par pastilles, tout au long de Mon nom est clitoris. D’où la prouesse des réalisatrices, pour leurs choix artistiques, pour leur casting hors norme, leur montage, leur musiques, etc. Car il est reçu comme tel, un film léger sur un sujet dérangeant (encore) la normalité. Quelques siècles de tabous, de mythes, d’injonctions, en vrac de la part des religions, des normes hétérocentrées, phallocentré.e.s, des règles bourgeois.e.s, coincé.e.s, etc., et tant de place faite à « celui qui aura la plus grosse », dans le business, la politique, le show-business, l’entreprise, partout, a permis d’oublier complètement le clito, de le nier carrément. Mais heureusement, pas d’empêcher de le solliciter…

Ce film pudique, oui oui, émouvant, révoltant parfois, drôle, le sort définitivement des oubliettes bien pratiques du patriarcat national. Surtout que cet organe est quasi extraordinaire. Le seul dédié uniquement au plaisir féminin, interne, externe… Grâce à la science et à l’expérience des jeunes femmes qui en parlent, elles osent (!), le clito, « ce petit zizi », leur mot (de 9 à 13 cm), sort d’un long silence, pour ne jamais y retourner. Pour le meilleur. Fini.e.s, le point G (un point c’est trop peu !), les préliminaires (à quoi ?), la perte de virginité (quand ? pour quel acte ?), de prendre le vagin pour ce qu’il n’est pas (sans aucune terminaison nerveuse, pour pouvoir accoucher sans mourir de douleur), opposé le vaginal au clitoridien (un non sens), etc. etc. S’agit-il d’un film révolutionnaire et transgressif ? Il faut malheureusement répondre oui, et c’est pathétique en 2019. Étudié et imagé scientifiquement pour la première fois en 1998, il n’est jamais trop tard… pour être deux fois champion.ne.s du monde ! À voir dès que possible, tout.e.s que nous sommes, de la pré adolescence à plus d’âge.

Dans le documentaire américain All We’ve Got d’Alexis Clements, un double constat sur la situation des endroits réservés aux femmes lesbiennes et queer dans l’Amérique de Trump. Avec une lueur d’optimiste, si beaucoup de lieux ferment, disparaissent, d’autres les remplacent…

Leather, un documentaire brésilien de Daniel Nolasco surprend, amuse et finit par émouvoir. Sào Paulo, immersion dans un petit groupe de fétichistes cuir, BDSM, pour la deuxième édition de l’élection de Mr Leather Brazil. Une sorte de première partie érotico porno autour de ce fétichisme, sert à présenter physiquement les candidats. Un peu superficielle, cette ouverture a le mérite de montrer à quel point ce fétichisme coûte cher. Énormément d’argent pour le niveau de vie brésilien. Les costumes sont étonnants, travaillés, « coutures ». Mais les cuirs semblent épais, de qualités inégales. Une chose étonne, ils sont tous neufs, brillants, rigides. Comme s’ils ne servaient jamais, qu’au déguisement. Les gars les sortent précieusement des armoires, les portent fièrement et puis c’est tout. Quand on apprend qu’une pièce peut valoir plus d’un mois de salaire et que la plupart des candidats ne pourront pas se payer le voyage à San Francisco (ou L.A. ?), s’ils gagnent, on comprend que l’aspect BDSM passe en second. La deuxième partie du film leur donne la parole et ils attendrissent par leurs attentes, leur naïveté, leurs rêves, mais aussi pour certains, par leur lucidité, leurs peurs diffuses, quelques mois avant l’élection du (néo) fasciste Bolsonaro. Difficile de les imaginer aujourd’hui. Tristesse.

Parmi les séances spéciales, Voguing & Balroom vaut vraiment le coup. Trois documentaires courts nous immergent littéralement dans un univers fascinant, celui des balls, des houses, des mothers, etc. Si ces films font un peu penser à Port authority, pour leur énergie, leurs mises en scènes des battles, eux sont libres de mièvrerie, de clichés et de w.a.s.p. ! Tel un retour aux sources, seules les minorités noires, latinos et gays sont présentes. Les corps se livrent à des prouesses extraordinaires. Le mot danse ne suffit plus pour décrire ce qu’il se passe. Il faut y ajouter les mots révolte, communauté, revanche, désir, violence, etc. (en vrac), le tout mixé pour devenir un art underground dément. Les vêtements hors mode, personnalisés à l’envi, participent de cette folle liberté artistique. Fabulous , film français d’Aydrey Jean-Baptiste. Swinguerra, un film brésilien de Benjamin de Burca et Barbara Wagner. Hold that Pose for Me, un film français de ChrissLag et Xavier HéraudEbony en l’expression la plus pure.

Pour finir, quelques mots sur un film difficile de part son sujet, Chemsex documentaire anglais de William Fairman et Max Gogarty. Depuis que la peur a disparu, que la surconsommation régne en maître quasi absolu, de nouvelles pratiques ont envahi la vie des gays modernes occidentaux. La caméra se pose à Londres pour en faire une sorte d’inventaire. Pour augmenter les sensations sexuelles, leurs fréquences, leur intensité, etc., les gays utilisent de plus en plus toutes sortes de drogues (produits ou chems). Elles ne sont pas chères sur Internet, est une phrase souvent entendue. Les G, cristal mét, la kétamine, popps, etc., ces drogues marchent « tellement bien », y compris l’addiction qu’elles provoquent, qu’il est « fun » d’en prendre pour « baiser ». Le sexe et la drogue liés, indissociables, marchands du coup, jusqu’à… Une pratique radicale, le slam, fait penser aux toxicos qui s’injectent de l’héroïne. Terriblement actuel.

Ne pas avoir vu Viril.e.s de Julie Allione, Prouve que tu es gay de Rémi L’ange, Tremor Iê de Elena Meirelles et Livia de Paiva (en compétition) et le Queer Trip ne réjouit pas. N’avoir pu assister à la séance carte blanche du collectif jeune cinéma non plus. Yvette Leglaire, soixante quinze ans de carrière, a sans doute reçu les hommages qu’elles méritent. D’autres manquent encore sans doute. Se lamenter d’avoir raté Knives and Skin de Jennifer Reeder ne changera rien. Il n’empêche que ce film rendrait presque impatient. Vivement sa sortie.

À bientôt pour Chéries Chéris, la suite…

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