Plein soleil tout au long des trois journées de festival et un bilan encore une fois éloquent de 165.000 entrées payantes et de plus de 400.000 litres de bières (et 23.000 de vin) ingurgités (aux bars « officiels » s’entend), le Hellfest 2018 a de nouveau brillé de mille feux les 22,23 et 24 juin dernier.

Retour en arrière de notre équipe de choc (Benoit, Bruno, DJ Duclock et Jean-Christophe aux écrits, les mêmes avec l’aide inestimable de Florent Dié pour les photographies) à travers les trois concerts les plus marquants du week-end pour chacun d’entre eux, sous l’angle de la confirmation, de la révélation et de la déception…

Les révélations

Emeric Cloche : DEAD CROSS (Valley/samedi)

J’avais jeté une oreille sur un morceau de Dead Cross avant le Hellfest. Il s’agit d’un projet réunissant l’emblématique Mike Patton chanteur de Faith No More (qui avait terrassé le Hellfest en 2015), Dave Lombardo le batteur de Slayer (et de Fantômas), Mike Crain le guitaristes (Retox) et Justin Pearson (The Locust, Head Wound City et Retox) bassiste de Retox. J’avais jeté une oreille et je m’étais oh là là c’est encore plus violent que Fantômas (un autre projet avec Patton) ou John Zorn avec son Jazz Trash Assassin… et je m’étais dit qu’il faudrait aller jeter une oreille sur ça en concert. La rage, l’énergie phénoménale dégagée par les courtes compositions, la musique alambiquée forment un cocon autour de l’auditeur, le côté concert marche à fond. Qu’il hurle, qu’il chante ou qu’il blague tout passe avec Mike Patton. Mais que Mike Patton soit un genre de génie, est-ce vraiment une découverte ? Ok, pas si sûr, on le savait déjà, mais j’ai découvert un truc, c’est que dorénavant je ne raterai pas les apparitions scéniques du chanteur.

Photo : DJ Duclock

Benoit : Church of Misery (Valley, vendredi)

C’est ok. Ce n’est ni le perdreau de l’année ni un groupe capable de surprendre les plus fins connaisseurs. Mais, loin d’être justement un de ces esthètes pointus du genre doom, j’ai passé dans la Valley un excellent moment en compagnie de ce groupe, paradoxalement très sympathique et très charismatique, et de leur musique purement rock et psychédélique.

Le genre de concert coup de cœur qui te donne l’envie d’écouter l’œuvre du groupe, c’est aussi pour ça que le Hellfest existe.

Photo : Benoit Platton

Bruno : Bad Religion (Warzone, vendredi)

La première journée était déjà bien étirée, plus de douze heures de bruit blanc et de chaud soleil, l’heure passée en compagnie des vétérans punks de Bad Religion passa pourtant trop vite, beaucoup trop vite, malgré une setlist dépassant les vingts titres. Malgré l’énergie déployée par les américains et un tempo toujours à vif, c’est pourtant l’idée de mélodie qui ressort du concert, tant celles des guitares, tant le timbre de voix de Greg Graffin (qui ressemble en passant bien plus à un docteur en zoologie (qu’il est) qu’à un vieux punk américain), tant la force des refrains emportent tout sur son passage, jusque notre fatigue. La foule compacte (dans l’arène de la Warzone comme en surplomb autour des bars) est aux anges et la belle nuit d’été de ce premier jour de Hellfest 2018 restera, au final, comme celle des Bad Religion.

Photo Florent Dié

(Journal de bord d’un festivalier – Jean-Christophe)

Toute la semaine, j’ai fait le forcing et répété sans cesse : « Je veux voir L7, je veux voir Jessica93,  gnagna ». Finalement, au petit matin, enfin midi, tu sais que c’est mort, l’appel de la piscine, le lendemain de beuverie, c’est cramé. Survient alors la phrase bien connue : « On arrivera quand on pourra »

Cette journée du samedi sera consacrée à la détente et se passera, pour changer, sur la Warzone. Au programme donc, des miettes avec les concerts en intégral de Madball et Terror, tant pis pour Bodycount là-bas sur la mainstage 2. L’occasion de rendre hommage au moi d’il y a 25 ans, lui qui avait claqué une partie de ses vacances en 1995 pour aller voir le groupe aux Eurockéennes. Ce souvenir, je veux le garder intact, le préserver, donc non, pas de Ice-T et ses potes. En passant, pendant le concert de Madball, Freddy, le chanteur, nous a remerciés d’être là au tout début, plutôt que sur vers la maintage. Cela le faisait bien chier que les deux groupes soient programmés en même temps. Le reste de la journée aura été en mode picorage, avec Neurosis, Dead Cross, Children of Bodom, Pleymo, Limp Bizkit, Deftones et Avenged Sevenfold.

Dimanche maintenant. Tout requinqué du repos de la veille, la journée commence avec les Sheriff “Sous un soleil de Plomb”. Content de retrouver les mêmes gens dans la fosse jour après jour, c’est sympa, c’est limite si on dit pas bonjour à ces gens qu’on ne connaissait pas il y a 3 jours. Journée scandinave aujourd’hui avec Backyard Babies, Gluecifer, Hellacopters et Turbonegro. Je fais les trois premiers, le dernier, pourtant très aimé, sera occulté par un concert à la Valley. Sur le chemin de cette tente, je picore quelques miettes de Kadavar, déjà vus au même endroit, il y a deux ans. Les derniers moments d’audition de la journée seront passés Amen Ra et Carpenter Brut.

Pour le bilan personnel de cette belle édition, je n’aurais fait aucun concert des grosses pointures comme Iron Maiden, Judas Priest, Megadeth, Europe ou Bodycount, un choix personnel que de privilégier les groupes plus modestes et de zapper ces groupes déjà vus et ces  mécaniques bien huilées qui m’émeuvent plus assez. Sinon, le Hellfest se transforme de plus en plus en mini-festivals distincts, avec le public des mainstages/pelouse en mode touristes (à 200 euros les 3 jours quand même) et, au hasard, celui formidable de la Warzone entre sourires et joies.

Si les fadasses Carpenter Brut (qu’on m’avait un peu trop survendus) furent la déception du dimanche, la vraie belle confirmation fut Amenra.

Etant un blindtesteur patenté, j’ai trainé (et je continue) au Some Girls (Paris) qui organise un quizz musical tous les mercredis. Pendant un an, Gerald le DJ a passé du Amenra très souvent et à chaque fois, je lui demandais, “c’est quoi ?, c’est bien !”. Jusqu’au jour ou j’ai commencé à écouter leurs albums et à les retrouver en blind test avec le petit sourire en coin.  Et ce dimanche soir, la confirmation (même si je ne suis pas baptisé) est arrivé.

Mon concert favori du week end fut Bad Religion.  Quoi de mieux que de commencer par quatre titres de Suffer pour fêter les trente ans de l’album. Le groupe est en superbe forme, le son, la voix, l’implication, tout est au diapason. Les morceaux s’enchaînent, et brassent presque tous les albums (pas de New America), des années Atlantic au retour chez Epitaph. Fin en apothéose avec un “Fuck Armaggedon…this is Hell” de bon aloi. Deux personnes hors normes dans le groupe avec tout d’abord le bassiste, Jay Bentley et que j’ai pu voir également jadis aux concerts de Me, First and Gimme Gimmies. Son jeu de basse d’abord, cette décontraction absolue avec son costard bleu, le symbole de la classe tout simplement. Ensuite, l’ami Brett bien évidemment qui, sous ses allures de prof de fac, a toujours des choses à dire et à chanter. Autre bon moment du weekend, le set des Sheriff.  Moi qui m’interdis toujours de chanter pendant les concerts et là cela aura été cette fois plus fort que moi avec ces paroles faciles, ces refrains simplistes et cette musique “1234” qui fonctionne toujours aussi bien. C’est un fait, les années n’ont pas de prises sur eux. Même sans nouvel album, ce fut assez jouissif de réentendre “A coup de Battes”, “les deux doigts dans la prise” ou “de jouer avec le feu” ou bien encore d’introduire certaines chansons comme “Fanatique de la Télé” comme des bouts d’histoires de la fin du 20e siècle.

Autre bon moment, Amenra. On rentre sous la Valley comme on rentre dans une église, faible lumière, relative fraîcheur et les fans qui attendent dans un silence religieux. La lumière sera prépondérante pendant ce concert, en faible quantité, les membres éclairés dans un halo, le chanteur dans le sombre, dos au public, à genou, qui oscille entre chant extrême et douceur. La musique est progressive, chaque titre commence simplement par quelques notes joués à la guitare, des choeurs chuchottés pour finir dans un moment de saturation, une sorte de shoegazing métal. Des morceaux longs qui donnent finalement une impression de furtivité. Déjà fini ? Oui et le mieux de quitter la vallée, et ce superbe festival avec elle.

 

 

 

 

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