Lucy Knisley – “Délices, ma vie en cuisine”

En-cas plaisant

Naïf et ludique, le coup de crayon de la dessinatrice américaine Lucy Knisley a un pouvoir attractif dès la couverture de “Délices”. La thématique de la cuisine, bien dans l’air du temps, et son traitement par la bande-dessinée en font un véritable ouvrage à la mode. Dès lors, on en attend un partage distrayant de la discipline culinaire.

“Délices” s’inscrit parfaitement dans le registre du roman graphique, du fait de son caractère personnel. C’est en effet un récit autobiographique, tiré de l’expérience de Lucy Knisley qui a grandi auprès de sa mère, traiteur et productrice de légumes, et de son père, fin gastronome. Ses premiers souvenirs culinaires, ses cueillettes, puis ses expériences de la nourriture (de la world cuisine à la junk food), et même ses propres recettes, font la matière essentielle de ce livre.

Sans rentrer dans le débat qui tend à faire de la cuisine française le centre du monde, le caractère américain du récit se ressent très rapidement, dans ses nombreuses références culturelles et culinaires quelque peu abstraites pour le lecteur français en dépit des nombreuses (et agaçantes) notes de bas de page. Si ces repères sont certainement très vivants pour le public américain, ils ont le même effet frustrant chez les Français qu’une recette composée d’ingrédients locaux et introuvables, ce qui est un peu la tendance de celles de l’auteur, livrées à la fin de chaque chapitre.

Cependant, “Délices” parvient à traverser les frontières, notamment grâce à sa force humoristique très fédératrice. Les anecdotes culinaires de Lucy Knisley sont absolument communicatives, qu’elles relèvent d’obsessions comme le croissant vénitien ou de déconvenues telles que l’infâme poulet à la limonade de son ami Mark… Les illustrations sont truffées de clins d’oeil et pleines d’humilité, la sincérité du ton est palpable et la jeune femme en devient très attachante.

Si elle n’a rien d’une grande bande-dessinée, “Délices” est une distraction plaisante pour tous ceux qui apprécient un bon repas (à commencer par ceux qui ont déjà voyagé aux Etats-Unis) et donne envie de connaître davantage le travail de Lucy Knisley.

Paru le 05/02/14 aux Editions Delcourt.

A propos de Sarah DESPOISSE

Laisser un commentaire