Écrans Mixtes – 11ème édition du 23 Juin au 1er Juillet

Dernier festival lyonnais du « monde d’avant », la dixième édition d’Écrans Mixtes s’était tenue quelques jours avant le premier confinement, au début du mois de mars 2020. Pour sa onzième, la manifestation se déroulera exceptionnellement en période estivale du 23 Juin au 1er Juillet. Elle sera accueillie au sein de quatre salles permanentes (Cinéma Comœdia, Lumière Bellecour, Lumière Terreaux et Cinéma Opéra) ainsi que plusieurs autres lieux de projections (Institut Lumière, Pathé Bellecour, le Zola, les Alizés…) répartis dans le Grand Lyon. Gaël Morel, présent l’an dernier pour la soirée d’ouverture projetant le film qui l’a révélé, Les Roseaux sauvages d’André Techiné, revient à l’occasion d’une rétrospective qui lui est consacrée. Le cinéaste présentera (accompagné des acteurs Stéphane Rideau, Pascal Cervo et Salim Kechiouihe) son premier long-métrage, À toute Vitesse du côté de l’Institut Lumière afin de donner le coup d’envoi du festival le 23 Juin prochain. L’intégralité de sa filmographie (les téléfilms Premières Neiges et New Wave inclus) figure au programme, tandis qu’une masterclass est prévue le 28 Juin dans l’enceinte du théâtre des Célestins. À noter que dans le cadre de sa carte blanche, le réalisateur a choisi de montrer La Luna de Bernardo Bertolucci, un film rare sorti en 1979, inspiré de la structure mélodramatique des opéras de Verdi, à redécouvrir en copie restaurée au cinéma Opéra.

Nicolas Cazalé

Le Clan – Copyright ID Distribution 2004

Un hommage sera rendu à Delphine Seyrig dont l’œuvre sera célébrée en deux temps, en tant que comédienne (toutes les copies seront restaurées) mais aussi en tant que réalisatrice. Si une filmographie aussi dense que la sienne oblige à des choix et que L’année dernière à Marienbad, Muriel d’Alain Resnais ou autre Jeanne Dielman de Chantal Akerman ne figureront malheureusement pas au programme, les adorateurs de l’actrice ne seront pas en reste. Peau d’Âne de Jacques Demy et Les Lèvres Rouges d’Harry Kummel (ressorti l’an passé chez Malavida) ainsi que ses collaborations avec Ulrike Ottinger (Freak Orlando, Dorian Gray dans le miroir de la presse à sensation, Jeanne d’Arc de Mongolie), figure majeure du nouveau cinéma Allemand aux travaux encore moins connus que ses homologues masculins R.W Fassbinder ou Werner Herzog également célébrée pendant le festival, offrent de belles perspectives cinéphiles. Les réalisations de l’actrice passée devant la caméra de Luis Buñuel, François Truffaut et Marguerite Duras, telles que Sois Belle et tais-toi, Scum Manifesto, Ines, Pour Mémoire, difficilement visibles sur grand-écran, le seront exceptionnellement et c’est à ne pas rater !

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Les Lèvres Rouges – Copyright Malavida 2020

Le New Queer Cinéma, trop souvent réduit aux œuvres signées de figures masculines, fera l’objet d’un focus intitulé « Female Gaze » mettant à l’honneur cinq long-métrages mis en scène par des cinéastes lesbiennes entre les années 80 et 90.On y retrouve notamment High Art de Lisa Cholodenko (Laurel Canyon et la mini-série produite par Frances McDormand, Olive Kitteridge), film mumblecore avant l’heure qui révéla en son temps la comédienne Radha Mitchell, se déroulant dans les milieux de l’art contemporain et partiellement inspiré de la vie de la photographe Nan Goldin, pour une romance esthétique à la sensualité brute. Précurseur de la mouvance alternative, Born in Flames (1983) de Lizzie Borden, fiction radicalement féministe dépeignant la révolte terroriste de femmes qui s’unissent pour combattre ensemble une Amérique socialiste où le FBI fait régner la phallocratie, que l’on se tarde de pouvoir découvrir.

Radha Mitchell

High Art – Copyright October Films 1998

Quelques jours après la reprise en copies restaurées de Basic Instinct et avant la sortie de son quinzième long-métrage, Benedetta le 9 Juillet, Paul Verhoeven sera dans la lumière pour un double programme autour des 25 ans de Showgirls. Œuvre mythique, conspuée à sa sortie au point de freiner violemment la carrière de son interprète principale, Elizabeth Berkley, le film récompensé de plusieurs Razzie Awards précipitera la fin de l’aventure américaine de son réalisateur (qui parviendra tout de même à tourner Starship Troopers et Hollow Man). Cependant au fil des années naît un culte ponctué par une résurrection et une volte/face critique spectaculaire, vingt ans plus tard, accompagnée par une ressortie glorieuse en 2016. Charge violente épousant sans retenue une forme vulgaire à l’image du milieu dépeint (le monde du spectacle au cœur de Las Vegas), loupe et miroir déformant d’une Amérique dénoncée par la mise à nue, Showgirls est à la carrière américaine de Verhoeven ce que fut Spetters à sa carrière Hollandaise : un point de non retour jusqu’au boutiste et flamboyant. Le long-métrage sera précédé du documentaire de Jeffrey McHale, sorti en 2019 : You don’t Nomi, le 29 Juin au Comoedia.

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Showgirls – Copyright Pathé Distribution 2016

Festival également tourné vers le présent et l’avenir, cette onzième édition proposera son lot d’inédits en salles et d’avant-premières. À ne rater sous aucun prétexte, Ammonite de Francis Lee (God’s Own Country) avec Kate Winslet et Saoirse Ronan, issus de la Sélection officielle Cannes 2020, fiction historique préférant l’approche sensorielle à la dénonciation ou démonstration, qui devra malheureusement se contenter d’une sortie prochaine sur Canal +. Un long-métrage, beau et délicat observant tout en douceur deux âmes et deux corps se rapprocher, s’éclairer, porté par deux comédiennes lumineuses. On jettera un œil attentif à Bonnie & Bonnie d’Ali Hakim, présenté tel un émule de Thelma & Louise revisité avec un regarde proche de celui d’un Harmony Korine. Du coté des AP, Supernova d’Harry Macqueen avec Colin Firth et Stanley Tucci, romance homosexuelle entre deux hommes, dont l’un est confronté précocement à la maladie promet un beau road-movie sur fond de mélodrame. À nos enfants de Maria de Medeiros, adapté d’une pièce de théâtre dans laquelle l’actrice-réalisatrice a interprété Vera, le rôle principal trois ans durant, co-écrit pour la cinéma avec Laura Castro. Retrouvailles mères-filles, réflexion sur un pays marqué par les séquelles de la dictature militaire (le Brésil) rattrapé par la réalité avec l’accession au pouvoir de l’extrême-droite en 2018 par l’intermédiaire de Jair Bolsonaro. Dix-sept ans après Mysterious Skin de Gregg Araki, Les Prédateurs de Marco Berger (Le Colocataire) s’intéresse à un sujet grave et trop peu traité, la pédo-criminalité, à l’aune d’un regard aussi précis qu’implacable, un long-métrage assurément très fort. Claus Drexel, remarqué pour ses documentaires Au Bord du monde et America, viendra présenter au Comoedia Au Cœur du bois, le portrait de prostituées transgenres ou travesties du Bois de Boulogne. Le réalisateur allemand a recueilli les récits de vingt prostituées de différents générations ayant fréquenté ou fréquentant encore le site. Il pourrait fournir un point de vue complémentaire au très beau long-métrage de Claire Simon, Le Bois dont les rêves sont faits. Enfin, le court-métrage est à l’honneur à travers trois programmes, une carte blanche au Festival de Clermont Ferrand, une autre à Pink Screens Bruxelles et une sélection Écrans Mixtes 2021.

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Ammonite – Copyright Pyramide Films 2021

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