Rock Brenner, co réalisateur en 2017 de La Capitale du bruit en compagnie de Stéphan Bernard et Arnaud Delecrin, a décidé de profiter du confinement de 2020 pour donner naissance à Quarantaines. Film à sketchs, il se compose de dix segments signés de cinéastes internationaux (France, Allemagne, États-Unis, Canada, Italie, Portugal) issus d’horizons très différents, et tournés dans les contraintes imposées par la crise sanitaire. Il en résulte un inégal mais foisonnant panorama des divers ressentis, angoisses et bouleversements causés par une situation inédite dans l’Histoire, disponible le 25 juin sur la plateforme Outbuster.

(No Exit – © Copyright Outbuster)

La solitude, l’éloignement, l’enfermement, la peur de l’extérieur contaminé par une menace invisible, mais aussi les stratagèmes mis en place pour garder un lien social, tels sont les nombreux thèmes abordés par Quarantaines. Si l’exercice implique des écarts de qualité ou d’intérêt entre les différents sketchs, il faut saluer la cohérence de l’ensemble malgré la diversité des formats et des genres abordés. Reliés entre eux par Coronaday réalisé par Jean-Marie Villeneuve (auteur de Tout est faux), un fil rouge aussi intrigant qu’esthétiquement très maîtrisé (ambiance champêtre et embrumée, superbe photo), les segments passent du conte intime et psychanalytique (Un Jour mon heure viendra de Rémi Noëll) à un collage abstrait et chaotique, un peu trop clipesque (Curved Mirror d’Arnaud Delecrin). Certains auteurs expriment leur ressenti profond de manière brutale, se servant de l’exercice comme d’une catharsis nécessaire (Memory of a Solo Diary de l’Italien Bruno Raciti ou Him, Distracted signé Jacob Reynolds, connu pour son rôle de Salomon dans Gummo), d’autres optent pour une approche plus décalée. C’est le cas de Julia Patey et son No Exit (comprenant une excellente scène faisant d’une énième navigation sur internet, un acte masturbatoire irrépressible), mais aussi du poétique Hey Yu de la Canado-Taïwanaise Athena Han, éditrice VFX sur des films tels que Suicide Squad ou le remake de Child’s Play. Le très cynique Torture Cam réalisé par l’instigateur du projet, Rock Benner, en forme de vidéoconférence Zoom, remporte haut la main la palme du sketch le plus jouissif avec sa blague morbide à tiroirs.

(Coronaday © Copyright Outbuster)

Enfin, finissons par deux coups de cœur : le superbe Lumen de Gauthier Humbert, segment animé, en noir et blanc, usant de sa technique pour créer l’émerveillement à partir d’une simple flamme libératrice, et le très décalé Hotel Foder de Rafaël Cherkaski. Le réalisateur du culte Sorgoï Prakov, My European Dream offre ici un drôle d’objet narrant les déconvenues d’un cinéaste cloîtré dans un hôtel luxueux, se retrouvant dans l’incapacité de rentrer chez lui. S’amusant du rapport entre intérieur et extérieur, ici et ailleurs, il revêt les atours d’un trip hallucinogène riche en images relevant de l’inquiétante étrangeté. Cherkaski tient lui-même le rôle principal, un être à la fois surexcité et passif, perdu entre rêve et réalité, comme si Jack Black s’était égaré dans un film de David Lynch. Peinture d’une ère qui a marqué le monde, Quarantaines est un film qui, s’il n’est pas exempt de défauts, demeure une œuvre curieuse et intègre dont la démarche mérite d’être saluée.

(Hotel Foder © Copyright Outbuster)

Quarantaines, disponible en SVOD le 25 juin 2021, sur Outbuster

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A propos de Jean-François DICKELI

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