C’était un matin gris de février. Profitant de la nouvelle collection Playstation Hits mise en place par Sony pour les heureux possesseurs de la PS5, j’ai installé ce Days Gone sans grand enthousiasme ni grandes espérances. Car voyez vous, j’ai peu d’appétence pour les motards roulant sans casque et portant continuellement leur casquette à l’envers.

Et les premières heures passées sur le jeu du jeune studio Bend furent, avouons le, laborieuses. Tout cela sentait le produit formaté à l’écriture roublarde, l’open world générique perclus de mécaniques vues et revues chez la concurrence, du Ubisoft chez les bikers pour faire court. Et puis donc ce port constant de la casquette à l’envers, symbole de rébellion pré-ado’ particulièrement inesthétique. Je hais ceux qui portent leur casquette à l’envers. Enfin, ceux qui ont passé un certain âge, disons douze ans.

Mais lentement, un charme s’est mis à opérer. Je me suis mis à m’intéresser au sort des personnages (malgré des flashbacks pénibles et honteusement sentimentaux – je déteste les sentiments autant que le port de casquette à l’envers). J’ai pris goût à l’exploration d’une map de taille modeste, certes, mais savamment détaillée et à la beauté naturaliste certaine. Au point que, désormais, je veux voir l’Orégon avant de mourir d’un quelconque virus. Et puis j’ai joué à un jeu qui le cache plutôt bien, son jeu.

Warriors of the Wastelands, sailboats of ice on desert sands..

Concrètement, Days Gone n’invente rien. Vraiment rien. En ce qui concerne l’ambiance générale, c’est une sorte de pot pourri entre The Last Of Us, The Walking Dead et Sons of Anarchy. Vous avez donc un monde après l’écroulement, des micro-sociétés qui tentent ici et là de se ré-organiser selon des règles plus ou moins archaïques, une menace plus ou moins constante de zombies mutants, et des bikers libertaires qui continuent de se croire au dessus des lois humaines. Et de porter leur casquette à l’envers, donc.

En terme de gameplay et de level design, en revanche, c’est plus malin qu’il n’y paraît au premier abord. Le jeu s’offre comme un open world plutôt basique avec de l’exploration, des factions donneuses de quêtes à découvrir, un zeste d’infiltration, du shoot, un peu de survie aussi. Soit une recette que l’on connaît désormais par cœur depuis l’établissement de franchises telles que Far Cry.

Mais Days Gone a un joli atout dans sa manche, un petit twist de gameplay qui fait la différence : les hordes. Concrètement, alors que vous vous baladez fièrement sur votre cheval mécanique, les cheveux honteusement vissés sous votre casquette à l’envers (désolé, mais je ne m’en remets pas), vous pouvez tomber nez à nez avec une colonne de zombies mutants particulièrement revanchards. Et là, c’est l’hystérie totale. Imaginez une masse composée de 300 supporters de l’OM en colère partis à l’assaut de la Commanderie et vous aurez une (très) vague idée du sentiment d’urgence et d’effroi qui vous étreint. À vous faire dresser les cheveux sur la tête, malgré cette foutue casquette à l’envers.

“Si tu fous ta casquette à l’endroit, j’relâche la fille!”

Bien évidemment, je vous conseille de fuir dans ces moments-là, autant que faire se peut. Mais malicieusement, sortis de ces événements aléatoires rythmant les pérégrinations de notre héros, le jeu scénarise quelques unes de ces rencontres, nous obligeant à affronter lesdites hordes. Et ces phases ont le doux charme du jeu d’arcade hystérique de l’enfance. Repérer les lieux. Poser quelques pièges. Ameuter la horde. Courir comme un dératé, se retourner prestement pour lancer une bombe artisanale ou tirer sur un baril explosif au passage des premiers de cordée. Se rendre compte que l’on attire de fait tous les zombies des environs. Éclaircir pas à peu les rangs, finir les derniers poursuivants à coups de masse, épuisé mais heureux. Et fier. Faites un tour du côté de la scierie, vous comprendrez vite le délire.

Dans ces moments-là, Days Gone propose quelque chose, si c’est inédit en soi (on pense aux Dead Rising notamment), au moins grandement rafraîchissant dans la formule de l’open world narratif à la Ubi’. Peu de ces jeux possèdent en effet de réelles phases de gameplay convoquant autant hystérie et maîtrise des mécaniques en place. Je ne vois guère que le Mad Max d’Avalanche et ses excellentes phases de poursuite en voiture pour évoquer, encore une fois dans le cadre d’un open world, un tel feeling arcade.

Et fort malicieusement, le jeu débloque assez tard dans son déroulé l’emplacement sur la map de toutes les hordes (au nombre assez conséquent de 40), ménageant de fait, pour ceux qui souhaiteraient se frotter plus avant au massacre de masse, une jolie option et un doux prolongement de plaisir. De la part du studio Bend, conscient de ce qui fait la particularité de son titre, c’est définitivement une belle preuve d’intelligence et de générosité.

Que restera-t-il quand tout se sera effondré?

Pour autant, et malgré la très bonne surprise venant d’un titre dont je n’attendais rien, je souhaitais vous faire part d’un regret (en plus de ce port de casquette à l’envers pénalement répréhensible) : Days Gone n’est en aucun cas un RPG. Pas de narration à embranchements significatifs, pas de choix cornéliens à effectuer. Pourtant, le jeu en ménage l’illusion au cours de son premier grand acte, avec ce héros naviguant entre trois factions plus ou moins antagonistes. Mais il s’effondre sur ce plan ensuite, tombant dans un tunnel narratif pas si éloigné de celui d’un The Last Of Us (malgré sa map ouverte).

C’est dommage car tous les éléments étaient là (notamment, donc, des factions aux idéaux et aux méthodes conflictuelles). Et c’est d’autant plus dommageable que ce que le jeu met en place quant à sa critique de la raison humaine, la noirceur qui préside à tout son premier acte (je pense en particulier à toute la storyline des Rippers), tout se dilue peu à peu dans le deuxième grand acte et aboutit à un climax final en demi-teinte.

En l’état, Days Gone reste un jeu malin qui m’aura embarqué dans un run d’une soixantaine d’heures. Un jeu parti loin d’être gagnant et qui, un peu aux forceps certes, aura su me laisser de beaux souvenirs de joueur. et aussi à me rendre sympathique un mec portant sa casquette à l’envers.

 

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