Christian Durieux – “Un Enchantement”

Il n’y a pas que les Journées du Patrimoine qui donnent envie d’aller au musée. Co-édité par Futuropolis et Louvre Editions, “Un Enchantement” raconte une soirée dérobée dans les salles désertes du Louvre, lors d’une réception donnée en l’honneur d’un homme politique âgé. Blasé par les mondanités, celui-ci s’éclipse et croise une jeune femme au chignon en bataille, perdue dans la contemplation d’une peinture religieuse. Désenchanté et aigri, le vieil homme va peu à peu se laisser emporter par la fraicheur et l’impertinence de cette mystérieuse visiteuse nocturne. De salle en salle et de tableau en tableau, Christian Durieux invite à redécouvrir l’art jusqu’à se perdre dans le décor.
Les grands musées sont comme les grandes villes : vus de l’extérieur, leur grandeur impressionne, à l’intérieur ce sont des villages, de minuscules parcelles où l’aventure personnelle peut naître et se déployer. Et j’ai rêvé de cette grande aventure intime dans ce grand décor.” Cette phrase de l’auteur reflète parfaitement l’intention de cette séduisante bande-dessinée qui met en avant l’appropriation de l’art par chacun. Pour mieux observer un tableau en particulier, la jeune femme dessinée par Christian Durieux se couvre les yeux pour occulter tout ce qui entoure la toile et en particulier les autres peintures. Elle s’interroge sur le regard d’une Vierge, invente le quotidien d’une statue, s’allonge sur le sol pour examiner un plafond, redonne une dimension ludique à l’imposante institution culturelle. Et l’effet est bien plus poétique et enthousiasmant que le Da Vinci Code.
Dans la brune unité chromatique des planches de Christian Durieux, seuls le rouge du faste, le bleu de la nuit à travers les verrières et les couleurs des tableaux se détachent de ce sombre environnement. Et aussi les yeux verts de la jeune femme qui déclare “quand je les ouvre, je ne vois plus que ce que j’ai choisi“. C’est elle qui va faire danser les ombres, initier le mouvement et modifier les perspectives du grand décor. Au fil des pages, son visage se fond dans les œuvres ou peut-être l’inverse, et les toiles dérivent de la solennité de David, Ingres ou Delacroix vers la légèreté de Fragonard et Watteau. Sans dévoiler l’issue, il est certain qu'”Un Enchantement” donne une furieuse envie d’aller se promener au Louvre pour revoir les toiles en question (dont l’emplacement dans le musée est soigneusement noté en fin d’ouvrage avec leurs références), d’aller réécouter le titre “Tableau de Chasse” de Claire Diterzi devant “Le verrou” de Fragonard et de relire “La Vénitienne” de Nabokov, mais c’est une autre histoire…

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A propos de Sarah DESPOISSE

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