Gui Boratto – Take My Breath Away (Archives)

(Article préalablement publié en 2009)

“Take my breath away” est le second album du musicien-producteur brésilien Gui Boratto après un “Chromophobia” inaugural acclamé par la critique mais malheureusement inconnu à nos oreilles (acheté mais pas encore écouté, désolé). Il fait suite également à l’habituelle poignée de maxis que sort tout musicien électro qui se respecte, citons en particulier « Royal House », une bombe techno (qui porte donc très mal son nom) sortie en 2007. On fera un descriptif plus complet du bonhomme quand on aura dit qu’il est signé chez Kompakt.

La musique de Gui Boratto, pour la décrire rapidement, c’est un ressac intrépide. Ce sont des tempos modestement soutenus par un kick roulé dans du coton, aussi efficace et sain que la médecine naturelle, c’est du baume à l’âme.

Ce kick cotonneux est l’ossature sur laquelle viennent s’amarrer des chappes de mélodie, des variations à la marge sur une même matière. Cela prend quelquefois le virage de la douce quiétude comme sur l’ouverture éponyme, une douce mais implacable mise en condition et d’autre fois c’est une pente plus sévère qui apparait, les morceaux sont alors un poil plus longs et gavés de textures purement « techno » sans évidemment jamais faire gras et lourd.

Quand il est question de quiétude on peut alors se délecter des arpèges à la New Order (en mode nonchalant) de « Besides », la merveille planante du disque ou au contraire froncer les sourcils à l’écoute de « Godet », 4 minutes guère désagréables certes quand elles sont noyées dans la masse onctueuse des 68 minutes globales mais guère mémorables quand l’écoute en est segmentée. De même, quand il est question de dancefloor relâché (ca ne bastonne en rien vous l’aurez compris) c’est alors le lumineux roulis compresseur de « No turning back » ou bien encore les entre-deux sensiblement agités que sont « Azurro » et « Colors », des morceaux qui montrent combien notre ami brésilien est avant tout un ingénieux agenceur de sons qui sait peaufiner et optimiser ses morceaux sans jamais franchir la ligne qui sépare le méticuleux du pompier, le soigné du biscornu,  la beauté éclatante et chaude de la beauté froide et glaçante.

Une autre partie du disque lorgne sur des sons plus techno on l’a dit mais toujours en mode minimale, s’éloignant ainsi d’un versant plus clairement mélodique (on pourrait dire pop) décrit ci-haut. Ce sont alors des pièces épurées et lancinantes qui se jouent sur des rythmes sensiblement plus acérés et des sons au grain plus touffu (par exemple « Atomic Soda », qui n’est pas une reprise de Babybird) quand elles n’invitent pas au voyage immobile comme sur « Opus 17 » et son chakra instrumental qui laisse notre imagination voguer vers une virée automobile nocturne au cœur d’une grande agglomération nappée de ses lumières.

C’est ce cul entre deux chaises (un côté soigné et lisse que certains esprits chagrins pourront sans doute prendre pour de l’aseptisé et un côté plus basiquement techno) qui finit par emporter l’adhésion ici. En dehors de l’aimable perte de temps qu’est « Enfants » aucun titre ne semble de trop  même si l’ambiance générale et la pulsation l’emportent finalement sur la mélodie. On ne se surprend guère en effet à siffloter spontanément ou à dodeliner la tête de la gauche vers la droite, voilà juste une torpeur ouateuse qui nous saisit de bout en bout de l’album, une sorte de chamallow acidulé.

Le disque est marqué de part en part du sceau de l’évidence et de l’éblouissement. Cette modestie des apparences (on ne martèle pas dans la musique de Gui Boratto, on l’assène posément et irrésistiblement) décuple l’impact final et rarement une musique aussi répétitive et finalement simpliste n’aura brillé d’une telle clarté et d’une telle justesse.

« Take my breath away » est le roulis compresseur de votre été, cet aimable environnement musical qui sonnera à vos oreilles comme le filet de mer frictionne vos pieds, comme un embrun finement salé qui vient câliner votre visage aussitôt apaisé.

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