Mondkopf – "Galaxy of nowhere" (Eté Electro sur Culturopoing)

Voici le premier album d’un jeune musicien français répondant au pseudo de Mondkopf, l’album fait suite à une poignée de maxis et fait office surtout de bien belle échappée belle mélodique sur la scène électronique française (notion toute virtuelle évidemment).
Les morceaux de Mondkopf ce sont avant tout des nappes synthétiques, plutôt légères et alertes, accompagnées d’un beat qui les suit sans jamais précéder la marche en avant hypnotique de ces matrices pulsionnelles (nappes ou bien chœur évanescent, l’un avec l’autre quelquefois). Le superbe morceau « La dame en bleu » en représentant ici la quintessence.
Ces couches de clavier vont d’ailleurs souvent par deux : il y a l’agité, l’Auguste, qui dissimule évidemment derrière son gros grain distordant une grande sensibilité et puis il y a le clown blanc, le synthétiseur qui se fait entendre tout en regardant son trépied, un ersatz de shoegaze ici tout éventé. L’ensemble a belle allure et fonctionne parfaitement la plupart du temps.
Une fois ceci dit le reste n’est plus que littérature comme dirait l’autre même si on pourra évoquer l’exception « Libera Me » où la rythmique traine tant bien que mal une mélodie qui a certes belle allure mais qui fait ici office de poids mort dans un environnement (instrumental) que l’on pourrait associer au hip-hop le plus désossé.
La (petite) littérature ca serait par exemple cette nappe à la OMD (celle de « Souvenirs » au hasard) fracassée par un beat abrupt et parcellaire sur « Bain du matin ». Ca serait aussi ces bruits enfantins, ceux échappés d’une cour de récréation par exemple, qui servent de fil rouge à l’album, se retrouvant en intro puis en outro mais aussi ici ou là au fil des morceaux,
Ca serait aussi le morceau « Scream of stars » qui en fait office de petit précis d’architecture sonore rédigée par Mondkopf : Une couche après l’autre toutes les 16 mesures puis une mélodie, légère mais dure au mal et accrocheuse, qui retient l’ensemble de ses petits bras musclés. Ca serait aussi la lancinante épopée synthétique en modèle réduit (une épopette ?) qu’est le morceau « Planète ».
Mais cela serait tout autant les quelques pistes déviantes de cette autobahn où il est interdit de dépasser les 90 bpm. Ce « Music for my room » avec son piano qui remplace le beat pour introduire  en bout de piste la « Valse dans l’ombre » suivante, comme un grégario préparerait son sprinter pour l’emballage final. Un sprint toutefois au ralenti puisque la musique prend alors ici une tournure beaucoup plus aérienne : un son plus clair, délesté de ses poids rythmiques et faisant penser à une montgolfière quittant la terre ferme non sans mal et à vitesse réduite.
Drôle de sprint donc.
Le morceau le plus aéré fait ensuite place au tempo le plus élevé avec « Lambs are Dancing » et ses rythmiques basiques et catchy sur lesquelles les nappes synthétiques s’excitent mutuellement. L’impression alors de regarder un documentaire en Sciences de la vie sur la reproduction des machines en espace tempéré et en particulier sur la danse de la séduction du synthé mâle devant sa femelle. Pour les plus voyeurs sachez que ca partouze sévère à la fin.
La piano on le retrouve encore sur « Ave Maria » où il tente vaille que vaille de survivre au milieu de ces océans de nappes synthétiques. Joué en mode grand débutant (trois notes qui séduiraient une bachelière mais feraient bailler une étudiante en master) il se retrouve vite noyé sous la nasse claviériste qui l’étouffe comme un boa constrictor étouffe sa proie : un crescendo en guise de mise à mort où les deux dernières minutes rythment l’agonie, poignant.*
Une musique vaut aussi quelquefois pour son environnement d’écoute. Si vous écoutez par exemple « Galaxy of nowhere » de Mondkopf sur un quai de RER de bon matin alors vous vous trouvez à votre juste place, urbaine mais rêveuse, évoluant au-milieu de ses semblables mais avec un léger voile entre eux et vous, celui de l’imaginaire et de la rêverie. Autre chose croyez-moi que d’écouter à pareil endroit un album de Tryo, cerné par les « Sac à dos/pantacourt/casquette » (les touristes quoi) et d’avoir l’air d’un terroriste sur le chemin d’un concessionnaire de véhicules Diesel pour y poser une bombe agricole. De quoi valider l’expression « Sonotown » peut-être.
Avec une première partie joliment linéaire et une seconde quelque peu aventureuse (mais point trop s’en faut, toujours à portée de cordée), le premier album de Mondkopf est une franche réussite. C’est là un album de son temps mais qui se refuse à répudier les notions essentielles de tempo personnel et de sensibilité non-aseptisée. Un travail qui a quelque chose à voir avec une sorte de nostalgie impromptue, comme un flash qui vient agréablement à nous sans signe avant-coureur et qu’on essaie par la suite de retenir le plus longtemps possible.
Cette galaxy de papier (qui pourrait rappeler le joli travail de M83 mais en mode minimaliste et artisanal), cet univers qui ressemble un petit peu à un film de Michel Gondry, cette musique qui évoque ces moments où l’imaginaire (et non l’imagination comme chez le démiurge bricoleur précité) fait office de propulseur, là où par exemple les étoiles sont en fait autant de pièces d’aluminium collées à la hussarde sur un fond noir.
Un eternal sunshine of a spaceless mind en quelque chose, la bande-son du voyage imaginaire et interstellaire à peu de frais de Mondkopf simplement accompagné d’une poignée de beats, de deux à trois synthés et d’une valise forcément en carton.

Après “La Dame blanche” de Rone, un autre français nous propose sa “Dame en bleu”

 

A propos de Bruno Piszorowicz

Laisser un commentaire