Les années 1950, Ed et Lorraine Warren fondent la « New England Society for Psychic Research » (L’association pour Recherches Paranormales de la Nouvelle Angleterre) et ouvrent en parallèle leur propre “musée de l’occulte” où sont entreposés tous les objets récupérés lors de leurs enquêtes. Ils seront surtout connus pour avoir travaillé sur le cas Amityville, adapté à l’écran en 1979. Mais l’authenticité de la célèbre histoire des Lutz interroge également les Warren : Etaient-ils des escrocs profitant de la faiblesse psychologique d’individus assez terrifiés pour réclamer leur aide ? Ou Lorraine Warren, est-elle vraiment une médium hyper réceptive au monde de l’au-delà ? Selon ses croyances et ses points de vue, chacun pourra se faire sa propre réponse. Mais le talent de Wan pourrait, cette fois, convaincre le plus rationnel des spectateurs…
A son tour, Conjuring s’inspire d’une histoire “vraie” : celle de la famille Perron, pendant les années 1970. Des parents et leurs cinq filles emménagent donc à la campagne pour trouver un peu de paix et de calme. Très vite, d’étranges évènements se produisent et les Warren s’en mêlent, confrontés à ce qui sera l’un des cas les plus horrifiques et dangereux de leur carrière…
Saw, Dead Silence, Insidious… James Wan a déjà fait ses preuves dans la mise en place d’ambiances horrifiques très réussies, sans en atteindre le réel niveau d’excellence espéré. C’est désormais chose faite et Conjuring se présente comme son film le plus abouti, faisant preuve d’une totale maitrise de la part de son auteur. Les décors et le mobilier sont au diapason de la période 70 et les tons chaleureux des éclairages – souvent de simples bougies flottant dans l’obscurité – font leur petit effet : une dimension  presque nostalgique qui est aussi un classicisme appliqué pour un réalisateur dont la mise en scène se refuse au systématisme des effets de style qui s’épuisent et agacent dans tant de productions actuelles. Sans “jump scare” à outrance, James Wan privilégie une tension crescendo par une intelligente et efficace gestion de l’obscurité, envoutante puis effrayante, ou la distillation d’apparitions d’épouvante causent plus d’un sursaut au spectateur.
La réussite d’un film se fonde également sur une interprétation solide : l’alchimie naturelle entre les sept acteurs de la famille Perron est telle qu’ils forment une réelle unité à laquelle on adhère sans aucune hésitation. Lili Taylor, petite et menue, dégage beaucoup de douceur maternelle mais aussi une véritable force intérieur dans l’affrontement, évitant l’écueil de l’hystérie. A ses côtés, Patrick Wilson et Vera Farmiga, qui jouent le couple Warren, ont chacun un CV tout à fait respectable et on ne trouve aucune vraie fausse note dans l’interprétation de leurs personnages.
Un seul petit bémol : la présence d’un fameux manichéisme biblique qui oppose au Mal la croyance en Dieu : une aubaine pour les sensibles au dogme judéo-chrétien mais qui pourrait laisser une petite impression de facilité. Cela na suffit toutefois pas à gâcher le plaisir des frissons ressentis devant un film, qui, s’il ne rivalise pas avec les classiques du genre (L’Enfant du Diable, La Maison du Diable…) peut se hisser sans problème dans le haut du panier de l’« horreur surnaturelle ».

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