Après avoir écumé de nombreux festivals (dont Cannes 2025 section Acid), La lumière ne meurt jamais sort en ce froid février pour nous irradier de son soleil noir et nous charmer en profondeur. Nonobstant le mal-être initial de son héros, voici une fiction dans laquelle il fait bon vivre.

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Pauli, célèbre flûtiste classique de trente ans et des poussières, est en dépression. L’enfant prodige atterrit dans sa petite ville natale dans le Sud de la Finlande, à Rauma pour soigner ses traumas chez ses parents désemparés. II y croise par hasard une ancienne camarade de classe. Iris l‘invite à sa performance d’ «agression sonore » puis à rejoindre son groupe de musique expérimentale. Une harmonie peut-elle naitre entre ce virtuose morose et l’anticonformiste guitariste ? Musicien.ne, plasticien.ne cinéaste finlandais.e, Lauri-Matti Parppei signe également les musiques de son premier long-métrage aux accents autobiographiques. Par ailleurs membre d’un groupe de post-pop nommé Musta Valo (Lumière sombre en finnois), Lauri-Matti Parppei évoque sa passion et sa vocation première comme « une chose thérapeutique qui me lie à mes amis. Nous formons une vraie famille musicale. ».
À la fois film d’auteur mélancolique, véritable ode aux musiques alternatives et joyeux manifeste d’outcasts, La lumière ne meurt jamais nous ravit par sa peinture délicate et réjouissante de personnages atypiques. Magnifiquement incarnés par Samuel Kujala, Anna Rosalina Kauno, Camille Auer et Kaisa-Leena Koskenkorva, le quatuor de beautiful losers nous apparait vite comme un groupe d’amis, une sorte de club des cœurs brisés et surtout de chercheurs dont nous aimerions nous aussi faire partie. Iris énonce crânement « On n’est pas un groupe, on est une sorte de collectif paramilitaire d’art sonore ». Son audace et sa liberté embarquent tout sur son passage : les spectateurs, Pauli, même le sarcastique dandy, Sini.

 

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Le jeune cinéaste arrive remarquablement à traduire des moments indicibles qui pourraient être casse-gueule : la naissance d’une romance et la composition de morceaux expérimentaux. Il manie un humour assez noir et sait nous surprendre comme lors de la scène où le jeune virtuose, Pauli va délivrer son concert dans la très austère salle municipale. Filmant au plus près des comédiens, Lauri-Matti Parppei emprunte parfois des détours loufoques qui font mouche comme le chien hologramme ou la façon mystérieuse qu’ont Iris et Paul d’atterrir à la fête d’Anni. Une des singularités du film est d’alterner entre grande pudeur et traitement sincère et frontal de la dépression de Pauli et de son mal de vivre. Rarement cinéaste n’aura abordé ces thèmes de l’amitié et de la quête d’identité chez des personnes iconoclastes avec un regard aussi frais, sans tomber dans les clichés, grâce à un bon dosage d’humour et de mélancolie.
Paradoxalement, si le film parle de dépression, les processus par lesquels Pauli évolue sont euphorisants. Cette catharsis par la musique bruyante est contagieuse. Que vous soyez adepte de musique expérimentale bruitiste ou totalement novice, vous serez séduits par cette initiation à des harmonies différentes où les musiciens ne sont pas à l’abri de l’erreur ou du grand n’importe quoi, ce qui achève de les rendre encore plus humains. Ces tâtonnements sont une véritable métaphore du parcours initiatique de Pauli.

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D’une grande délicatesse tout en passant par des phases joyeusement sarcastiques, la lumière… est une pépite modeste mais qui crépite. Loin d’accentuer la marginalité, la noise serait un chaos libérateur et fédérateur, voici une des très belles idées de ce film sensible et original.

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