À 45 ans, Adam Tramblay (Patrick Hivon) est propriétaire d’un chenil au Québec, où il mène une vie réglée par le travail. Décalé, il suscite l’inquiétude de son entourage qui le trouve triste et voudrait le voir moins seul. Adam figure en effet l’inadaptation affective et sociale dans un monde en crise. Préoccupé par la déforestation, les feux de forêts, la sécheresse et les crues, il peine à trouver un apaisement à son angoisse dans les relations humaines. Le personnage entretient toutefois un rapport privilégié avec ses chiens, notamment avec Gobelet, un golden retriever doux et sociable, avec qui Adam développe une forme de communication instinctive et rassurante.

Crédit photo Maryse Boyce
Contrairement aux films d’apocalypse traditionnels où la catastrophe est spectaculaire, la fin du monde s’annonce ici de manière diffuse. Le dérèglement est en effet intégré au quotidien : tremblements de terre et pluies torrentielles se donnent à entendre depuis le hors champ, faisant sourdre une menace latente, tandis que des signes cosmiques se confondent avec de simples feux follets. Bien que prégnant, le pessimisme ne l’emporte pas totalement : les personnages qui entourent Adam sont loufoques sans jamais être caricaturaux : son frère et son père, touchants dans leur maladresse bourrue, ainsi que son employée, à la fois récalcitrante au travail et obsédée sexuelle, s’inscrivent du côté des pulsions vitales. Adam lui-même demeure profondément attachant, en dépit de sa tristesse.
Avec Amour Apocalpyse, Anne Émond signe une comédie au ton hybride, mêlant humour et gravité, où le rire rend supportables les maux de notre époque. Les thèmes de la solitude, de la dépression et de l’éco-anxiété permettent de relier la crise intime à la crise planétaire. Traité sans pathos excessif, l’épuisement existentiel d’Adam est mis en scène à travers ses échappées imaginaires dans des paysages enneigés, d’une clarté infinie. Procédant d’un geste formel assumé, ces évasions constituent des moments de respiration narrative et visuelle, par opposition aux lieux clos, marqués par une atmosphère d’enfermement. Tout en traduisant l’état intérieur du personnage, ces scènes oniriques fissurent le réalisme et s’offrent comme autant de moments de souffle, de lenteur, de silence et de suspension, en contrepoint au tragique ambiant.

Crédit photo Maryse Boyce
Une critique du capitalisme affleure de cette fable écologique douce-amère. Face à l’angoisse écrasante, toute solution proposée par le marché se révèle en effet dérisoire. La psychologue consultée est réduite à une figure impuissante, cantonnée à produire des diagnostics acrostiches absurdes, générés par les initiales du prénom Adam. Quant à la lampe de luminothérapie, à peine acquise qu’elle se révèle défaillante. Mais c’est aussi cet objet cassé qui mènera Adam à une rencontre humaine imprévue avec Tina (Piper Perabo), jeune femme dont le nom fait ironiquement contrepoint au slogan thatchérien There is no alternative. Apte à l’écoute et empathique, Tina représente une alternative chaleureuse aux relations humaines décevantes. D’abord reliés par la voix, les personnages trouvent dans ce fil ténu la possibilité d’exprimer leurs émotions au milieu du vacarme. Tina incarne ainsi l’espoir d’une renaissance à soi malgré l’effondrement.

Crédit photo Maryse Boyce
Film au titre paradoxal, Amour Apocalypse se présente aussi comme une ode aux forces vitales : l’énergie sexuelle et l’animalité répondent au déchaînement de la nature. Le film porte ainsi en lui l’idée d’une nouvelle germination, condensée dans l’image du pommier qu’il convient de planter au milieu du chaos.
© Tous droits réservés. Culturopoing.com est un site intégralement bénévole (Association de loi 1901) et respecte les droits d’auteur, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos visibles sur le site ne sont là qu’à titre illustratif, non dans un but d’exploitation commerciale et ne sont pas la propriété de Culturopoing. Néanmoins, si une photographie avait malgré tout échappé à notre contrôle, elle sera de fait enlevée immédiatement. Nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur – anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe.
Merci de contacter Bruno Piszczorowicz (lebornu@hotmail.com) ou Olivier Rossignot (culturopoingcinema@gmail.com).