"Slava’s Snowshow", Slava Polunin – Théâtre Silvia Monfort

« It’s wonderful, it’s wonderful », chante pour finir Paolo Conte à plein tube histoire d’en remettre une couche. Pas le temps de se poser la question : bienvenue chez les gentils bourrins du rêve… Une heure et demie de clowns, il fallait avoir les reins solides pour monter un tel spectacle. Défi relevé par l’équipe russe qui en jette, surdose et renchérit pour emporter toute la salle, ou presque. Disons le tout de go, l’ensemble n’est pas très subtil et ne raconte pas grand-chose. Les tableaux foncent à plat ventre dans l’absurde, le cocasse, l’ostentation et débordent vers le public, submergé par des vagues de fumées, avalanches de confettis et lancers de ballons géants jusqu’à l’étouffement, l’émerveillement, l’agacement ou l’émulation. C’est selon. En tout cas l’insensibilité ne semble pas permise.
Si Paolo le dit, alors inutile de chercher la petite bête ou l’implicite, car tout est là au premier degré. L’ensemble est plus joli que poétique, plus extravagant que créatif. Le trait est grossier ainsi que les ficelles classiques de ces clowneries, mais l’atemporalité du mime et des expressions ne manque pas sa (large) cible, avec quelques moments franchement irrésistibles. Dommage, quand même, de ne pas échapper à la recette miracle des nez rouges en patate, des longues chaussures palmesques, et au charabia international des clowns, qui raviront néanmoins les nostalgiques du cirque traditionnel et simplement les petits ou grands enfants. Même limonade en lumière, couleurs basiques sur un décor en carton-pâte, touchant, et couronnement de la bande-son qui n’y va pas avec le dos de la cuillère : cover de La Boum 2, Beethoven, Vangelis, Carmina Burana à tout berzingue.
Dans cette barbarie fantaisiste, on a là tous les ingrédients de la sortie familiale de l’année, qui sera d’ailleurs certainement réussie à condition d’éviter de placer les mamies, les belles-mères ou les femmes enceintes au premier rang. Les spectateurs avertis pourront quant à eux s’interroger sur l’évolution divergente des arts du cirque, ici bien consensuelle et commerciale, qui résonne en cette fin d’année. Au Monfort comme à la Villette avec le Cirque Plume, du bon gros chamallow comme s’il en pleuvait, pour adoucir les mœurs troublées de nos concitoyens chahutés par la crise.

Au Théâtre Silvia Monfort jusqu’au 3 janvier

 

A propos de Sarah DESPOISSE

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