"âm", CNAC / Stéphane Ricordel – Parc de la Villette

Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, le Centre National des Arts du Cirque produit chaque année une nouvelle couvée circassienne toujours plus séduisante que la précédente. Cette 22ème promotion voit le jour sous le signe de l’harmonie, menée en piste par Stéphane Ricordel qui n’est autre que l’un des fondateurs de l’ex-compagnie Les Arts Sauts et actuel co-directeur du Théâtre Silvia Monfort. Dans ce spectacle traversé par les éléments, la question de l’artiste en devenir n’a jamais été aussi forte en résonances, mais la notion de tremplin pour ces jeunes artistes s’efface devant un résultat d’une beauté rare et aboutie.La scénographie contribue à cette forte impression d’unité, car tous les agrès sont déjà installés ou presque. Ainsi disparaît complètement l’effet de parade entraîné par l’habituelle succession de numéros. D’une plateforme inclinée qui devient bascule à grande échelle, puis plateau suspendu, jusqu’aux fils tendus entre trois piliers, il n’y a qu’un pas, de danse. Le souci du détail est appuyé, dans des transitions chorégraphiées où la poésie a tout le loisir d’éclore. Chacun est en costume, les robes sont sagement décolletées, le noir et blanc dominent et se complètent, le corps se fait souple et discret, plus acrobate que sportif. Talons aiguilles ou bobine sont même admis, y compris dans l’exercice qui se nourrit d’une sensualité retrouvée.

Si les solos sont intrépides et les duos particulièrement émouvants, c’est dans les tableaux collectifs que l’intensité culmine, ample et fluide. La dynamique de groupe est créative, amenant une démonstration subtile de l’esprit d’équipe, et les mouvements synchronisés purement enthousiasmants. En projection vidéo sur les parois hautes du chapiteau, les vagues déferlent en alternance avec l’image en gros plan des artistes, métaphore de leur récente immersion dans la discipline où chacun devra trouver sa place en dépit des contraintes. Sur les côtés d’une structure rectangulaire, toujours filmée, leur prestation se reflète déjà en images d’archives comme le rappel d’un art à réinventer, sans cesse. Pour l’heure, ils jouent le jeu, et nous, on applaudit.

A voir au Parc de la Villette jusqu’au 13 févrierâm cnac stéphane ricordel parc de la villette

(c) Philippe Cibille

A propos de Sarah DESPOISSE

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