Suite de notre Abécédaire dédié au Hellfest 2015…

Textes de Benoit Platton, Bruno Piszorowicz et DJ Duclock – Photographies de Cycypics (si indiqué), sinon DJ Duclock et Benoit Platton

 

Hellfest Site 2

L pour LEVITATION       

C’était le dimanche, la fin de journée et la petite musique de la mélancolie propre à la fin des festivals qui déjà s’annonçait. La Valley était parée pour accueillir le retour en France de Life Of Agony, fougueux combo de Groove/Depressive Metal (copyright Culturopoing) mené de main de maître par Keith/Mina Caputo. Un évènement pour beaucoup même si le chapiteau n’était pas entièrement plein au moment de l’entrée en scène des New-Yorkais. Impossible toutefois de rester de marbre devant une prestation sincère, rapide, précise et énergique à souhait entre moments de bravoure et d’autres plus touchants (cette pancarte d’un fan que Mina va récupérer et deux chansons qu’elle va chanter tout près de son heureux propriétaire au premier rang), de quoi combler les oreilles pour longtemps, moins de vingt ans cependant cette fois, on l’espère. Longtemps en tous les cas après la fin du set, « Lost At 22 » et « River Runs Red » raisonnaient encore dans nos oreilles.

Autre grosse claque : le concert des Children Of Bodom. Le groupe, qui vient pourtant de se séparer d’un guitariste, fit parler la classe que sa grande expérience du Death Mélodique (genre dont il est un des inventeurs et maître) peut lui donner. Sans fioriture aucune, mais tout en puissance et en mélodie, en deux mots un grand moment avec un grand groupe.

Dans une toute autre veine musicale, le concert de Mastodon sous la Valley vrilla les oreilles avec le plus grand des délices entre compos de malade et concours de charisme sur la scène (match nul entre les quatre musiciens, ce qui est assez rare pour être noté). Une belle heure entre explosions bruitistes et rock atmosphérique inspiré, il manque peut-être LA grande chanson qui ferait de ce diamant de groupe un courtisan du grand public. Patience, patience.

LIFE OF AGONY (photo Remy Viotti)

Life Of Agony (photo Rémy Viotti)

L (aussi) comme LOVE 

Au Hellfest il fait chaud et beau, il n’est pas rare de croiser des hommes en caleçon et des filles en soutien-gorge ; ils déambulent entre les scènes, les bars, les toilettes, les points d’eau, la forêt, les riffs de guitares et les breaks de batterie ; déguisés, en groupe, en couple ou seuls. Des couples se forment. Ces deux-là qui ont commencé sur le banc pour finir en haut de la structure qui protège les arbres qui poussent… Et puis il y a cette fille et ce garçon, la nuit venue, qui s’engueulent sur « Blackout » de Scorpions pour se rabibocher sur « Still Loving You ». Ces deux filles qui se sont embrassées avant le concert de Craddle of Filth. Ce gars qui apporte de l’eau à sa copine qui se déhanche sur chacun des titres d’Obituary du côté de l’Altar… L’amour est partout.

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Love & Gwar (photo DJ Duclock)

 

M comme MIKE    

Du bruit blanc. Blanc comme les vêtements des Faith No More, blanc comme les pots de fleur qui remplissaient copieusement le front de la Mainstage 2 au moment du concert donné par nos cinq californiens. Bruit comme une bonne moitié du set de nos Californiens pour leur première au Hell/Heaven Fest avec l’art de se faire des ennemis qui leur est propre en glissant des bombes explosives dans de belles et fortes mélodies, le tout donnant un résultat toujours aussi phénoménal (pan « Cuckoo For Caca », pan « Superhero »). Mais Faith No More, c’est aussi la douceur, celle qui ouvre les hostilités avec le « Motherfucker » du dernier album et celle qui le clôture avec une reprise de Burt Bacharach (s’il vous plait), sans surtout oublier la ballade « Easy » et la suavité presque soul de « Evidence » en milieu de concert. En rajoutant à cela des pièces de folie douce (« Caffeine » et « Matador » par exemple), un Mike Patton toujours aussi génial de désinvolture (« Bisou Bisou Bisou », « Heavy Metal/Heavy Merdal », « Fire Fire Fire ») et un public aux anges, nous avons là le concert du week-end, tout juste devant Body Count pour ce qui nous concerne. Les Faith No More ont mis un peu de paradis en enfer et vous savez quoi, beaucoup ont adoré. La classe tout simplement.

N comme NO SURPRISE(S)  

Ils sont venus, ils ont joué et sont repartis… une fois de plus. Ils se nomment Orange Goblin, Killing Joke (superbe set), Red Fang (sous le soleil curieusement), Finntroll, Brant Bjork (en surchauffe), Morgoth (Altar en fusion), Biohazard (la nuit fut chaude et agitée du côté de la Warzone), Terror (malgré une formation réduite et un set écourté), on pourrait rajouter également Marylin Manson (au charisme toujours aussi impressionnant) voire même Slipknot. Autant de concerts attendus et de groupes qui ont donné à voir et à entendre, sans esclandre particulière ni moue boudeuse dans le public. Du costaud, du solide et du plaisant sans l’ombre d’une surprise et/ou d’un pic d’émotion, bonne ou mauvaise. C’est ça aussi un festival. La dimension des noms ici donnés en disant d’ailleurs long sur la stature désormais acquise par le Hellfest.

ORANGE GOBLIN

Orange Goblin

O comme OBITUARY            

Rentrés sur « Redneck Stomp » et sortis sur « Slowly We Rot », les gars d’Obituary ont enchaîné leurs tubes chthoniens pendant que ceux de Scorpions portaient leurs hymnes au plus haut des cieux. Il eut fallu trouver ce fichu sortilège de bilocation qui aurait permis d’assister au deux concerts, ramper sous terre écrasé par la batterie et le chant si particulier de John Tardy, casser l’épaisse croute terrestre aidé par les solos de Kenny Andrews et lever les yeux au ciel pour entendre là-bas, au loin, « Send Me An Angel »…

 P comme PIRATES     

En matière de musique metal, qui dit pirates dit forcément Alestrom. Grosse réussite pour le concert du groupe écossais, dans et en dehors du Temple plus que plein à craquer, qui mit la toute grosse ambiance avec son power metal marin super bien fait et super efficace. Impossible de ne pas chantonner le moindre refrain du groupe sitôt celui-ci exécuté, difficile également de ne pas onduler des hanches pour un set épatant. A l’instar de quelques autres (Mastodon ? les Ramoneurs de Menhir ?), voilà un groupe qui aurait sans conteste mérité une Mainstage tant sa musique assez accessible aurait été capable de flatter l’oreille de beaucoup de profanes.

P (aussi) comme PRIEST 

Judas Priest : Plus de 40 ans de carrière… Rob Halford arrive sous le riff des guitares. Il s’appuie sur un canne et chante : « Pounding The World Like A Battering Ram »… La canne il ne la garde pas longtemps, le chant tiendra le coup durant tout le concert. Le premier rappel s’ouvre sur « The Hellion/Electric Eyes », le deuxième sur « Painkiller », la voix de Rob officie, les têtes headbanguent encore, les sourires se peignent sur les visages, il est clair que la peine s’en va au loin. Le Priest est en acier et l’alliage avec le nouveau guitariste (Richie Faulkner) le rend encore plus inoxydable.

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Q comme QUELCONQUES (subjectivement parlant)   

Pas grand-chose à dire du concert de Sylosis, qui a juste confirmé que le Death mélodique actuel, s’il peut rester agréable à entendre, manque singulièrement de subtilité et d’originalité, dommage. Pas grand-chose à dire non plus du concert de Merauder sur la Warzone, avec leur Hardcore/Metalcore from New-York. Ca hurle, ca sautille partout en short, ça fait de longs discours entre les morceaux…Il y a en tous les cas un public qui aime ça, et il semble avoir apprécié. Rien à ajouter enfin au concert d’ASG, dont le Doom, pourtant parfois très Rock, est beaucoup trop proche de Black Sabbath (jusqu’à la voix du chanteur qui imite Ozzy) pour devenir marquant. On rajoutera également dans le même sac de tiédeur les jeunes de Hollywood Undead et ceux de A Day To Remember, pas des plus crispants certes mais sans pour autant susciter le moindre enthousiasme.

Butcher Babies

En parlant de quelconques…

R comme RALENTI    

Les années passent, les concerts de Motörhead aussi et, bon an mal an, au fil des bulletins de santé du monsieur Rock à rouflaquettes qui en drive les manettes, le constat s’impose avec un peu plus d’évidence chaque jour : le trio arrive doucement mais surement en fin de vie. Jadis célébré pour un rock’n’roll turbo et énergivore, Motörhead a désormais réduit sévèrement la voilure jusque diviser quasiment par deux le tempo, gagnant en groove et en swing (sic) ce qu’ils ont perdu en puissance pure. En ajoutant un Lemmy raide comme un piquet de grève de 36 et au discours au mieux laconique au pire incompréhensible, nous avons au final un set certes agréable (les compos sont là, ralenties ou pas) mais un peu triste. Cette relative déception n’est pourtant rien au regard de la vidéo du set donné par le trio du côté du Glastonbury le week-end suivant où Lemmy chante carrément le premier couplet de « Ace Of Spades » sur le morceau « Overkill », hum hum.

Point de vieillissement pour les Backyard Babies, quoique, mais un set étonnement tranquille et pépère, là où il y a quelques années de cela le gang suédois avait tout ravagé sur son passage avec son hard rock’n’roll joliment enlevé et chantant. Pas de quoi là non plus s’en lamenter, ce fut un concert agréable, mais juste de regretter le petit brin de folie qui aurait fait du bien.

BACKYARD BABIES

Dregen des Backyard Babies

  

R (aussi) comme RAPIDE  

Dans un concert de The Exploited le silence qui suit les morceaux est aussi long que les morceaux eux-mêmes. Mis à part ce bémol, les anglais firent un concert punk de vieux routiers, remplis d’hymnes de 2min30 avec refrain à hurler en cœur, du bon boulot. Même constat avec le concert très attendu des Wampas, même si la Bubble Punk du groupe n’a pas grand-chose à voir avec la rage première des anglais.

 S comme SLUDGE    

En matière de sludge, Eyehategod n’a de leçon à recevoir de personne : beaucoup de monde s’était rassemblé dans la Valley pour profiter de la musique de ce groupe qui fucke toute imagerie et tout système depuis des années. Le signe de la bête remplacé pas des majeurs fièrement levés (authentique), ils donnèrent à tous une bonne leçon de musique cradingue, poisseuse et revendicative, qui faisait parfois penser à un Led Zep/Black Sabbath qui aurait vomi sur lui. Puis, un chanteur braillard, quand il braille étonnamment bien, c’est tout de suite autre chose.

 S (aussi) comme STONER  

Le stoner est un style difficile, qui peut vite devenir assez répétitif et ennuyeux. Mais quand le groupe est bon et sympathique comme le sont les trois anversois de Triggerfinger, quand le groupe est un vrai groupe de scène plein d’originalités (la cravate !) et de charisme, et que leur musique ne refuse ni humour, ni clins d’yeux appuyés, alors le stoner c’est bien. Autre grand moment, le set hautement énergique des suédois de Truckfighters. Une patate assez phénoménale mis en service de compos à tiroirs optimisées par un son parfait et des musiciens habités. En ajoutant un fort et agréable penchant atmosphérique et une lourdeur groovy qui ne l’est pas moins, les suédois délivrèrent au final l’une des prestations les plus marquantes des trois jours, rien que ça.

T comme THRASH   

Un peu de thrash old school sur les différentes scènes du Hellfest cette année encore. Le premier nom qui vient à l’esprit est bien évidemment celui d’Exodus qui a optimisé de fort belle manière l’option dimanche après-midi/soleil caniculaire/troisième jour de festival/farniente pour une tranche finement aiguisé de thrash féroce. Si ce n’était pas là leur première participation au Hellfest (on se souvient de l’interprétation en intégralité de leur Bonded By Blood), c’était en revanche le baptême du feu pour l’ancien/nouveau chanteur Steve Zetro Sousa, le second chanteur historique du groupe (tous les albums entre 1985 et 1992) à la voix toujours aussi particulière et surtout superbement préservée. Un set oh combien plaisant donc au final. Ce ne fut pas trop le cas des suivants de Nuclear Assault qui eurent toutes les peines du monde à retrouver leur puissance originelle au cours d’un set presque poussif et bancal, de quoi illustrer l’écueil fréquent d’une reformation simplement fonctionnelle dénuée de la moindre magie, dommage. Fort heureusement, les furieux (et tout aussi anciens) anglais d’Onslaught montrèrent plus que de beaux restes sur la scène de l’Altar le long des quarante minutes allouées. Toute la différence entre un groupe qui a (toujours) faim et un autre qui se contente des miettes de sa gloire (sic) passée.

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U comme U-TURN            

Sensation agréable mais un peu bizarre lors du concert de Grave Pleasures. La musique du groupe est en effet très New Wave et proche du son Bauhaus/Cure des premiers jours. La qualité d’exécution est heureusement et le style a drainé pas mal d’adeptes sous le beau chapiteau du Temple. Mais quelle est donc l’intérêt pour un groupe de refaire ce genre de musique 35 ans après ? Impression bizarre de décalage dans le temps, en tous cas. En même temps, ce n’est pas comme si personne ne voulait nous refaire le coup des premiers Sabbath sur les cent-cinquante groupes réunis sur ce plateau hein.

 V comme VIOLON          

Palme de l’originalité cette année aux australiens de Ne Obliviscaris. En effet, qui dit Ne Obliviscaris dit…violon ! Une musique un peu Black, un peu Prog’, un chanteur guttural au look un peu gothique, un chanteur clair (le violoniste) au look un peu…euh…un peu rien en fait, des riffs rageurs mais mélodiques, de longues plages plus calmes, des solos de violon…. Un groupe hyper original, hyper intéressant et hyper agréable, un peu de poésie dans ce monde de thrashers, un des coups de cœurs du week-end assurément.

W comme WAR

Il aura fallu attendre dix-neuf ans pour que l’album At War With Reality fasse suite à Slaughter Of The Souls. Les textes poétiques scandés avec rage par le chanteur sur une musique à la fois violente et mélodique (sans verser dans le Epica ou le Nightwish) fonctionnent ; les gars de Göteborg sont contents d’être là et de retrouver leur public en formation At The Gates pour quelques vieilleries et nouveautés cathartiques.

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 X comme SODOMY AND LUST

Frappe brutale, bon riff, solo dévastateur, dans le trash les allemands sont carrés et efficaces. Sodom en fin d’après-midi, écrasé par le soleil, c’est l’apocalypse et les sourires montent au ciel sur « Sodomy and Lust »… la Set List est terrible et les thrashers (mais pas qu’eux) sont contents. Ces moments de grâce étranges et décalés sont un des atouts du Hellfest.

Y comme Y’A DU MONDE ?

Etonnamment, très peu de monde pour le concert de Desultory. Pourtant, malgré une histoire assez chahutée, le groupe pionnier du Death Metal mélodique (voir du Death Metal tout court), donna un très chouette concert metal certes modernisé, mais plein de groove et de fureur très agréable. Dommage pour les absents : ils ont eu tort.

Satyricon non plus ne fit pas salle comble. Il faut dire que le groupe de Satyr (le leader/chanteur) s’est très éloigné du Dark Medieval Metal (et encore un sic) de ses débuts. S’il est encore un peu Black, Satyricon est plus simplement Rock aujourd’hui et manque sans doute d’enjeu réel et d’intérêt pour les amateurs de musiques plus extrêmes ou plus mystiques. Un concert avec un gros goût de « Pas assez », dommage qu’un tout grand ne puisse plus tout à fait être après avoir été.

Hellfest Altar

 Z comme Zobena Dziesma

Zobena Dziesma, c’est juste le titre d’un album des lettons de Skyforger, qu’on était très content de retrouver. Sans doute un peu moins mystiques, un peu moins folk mais un peu plus puissants que lors de leur précédente prestation en terre Clissonaise, ils donnèrent en tous cas un très bon concert de Pagan Metal costumé, prouvant par à que, quoi qu’il en soit, les lettons, c’est bon.

 

 

Encore du Hellfest ?

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