Avec plus de 150.000 spectateurs cumulés le long de trois beaux et longs jours caniculaires, l’édition 2014 du Hellfest restera celle de tous les records, tant du côté donc des résultats chiffrés que d’une affiche qui n’a jamais été (et ne sera peut-être plus jamais) aussi dense et riche.
 
Comme chaque année, quelques améliorations du site sont relevées (davantage de toilettes, l’extrême market déplacée avant l’accès au site pour dégager de la plage devant les mainstages, le coin restauration prenant sa place non loin de l’entrée principale) ainsi que quelques innovations (la grande roue ou encore l’accès au site côté VIP/Presse déplacé, toujours dans l’idée de dégager de la plage face aux principales scènes). L’essentiel cela dit est toujours là, six plateaux proposés histoire de balayer le plus largement possible toutes les facettes et toute la diversité du metal, du plus rock au plus lourd, du plus punk au plus grind.
La majestueuse double tente dédiée aux musiques les plus extrêmes d’un festival de musique extrême trône fièrement au milieu du site, quelques nouvelles trouvailles en sus (ces lights en forme de triple 6) pour optimiser au mieux un endroit quelquefois peu avenant (les soundchecks avec concert à côté, mouais) mais largement accueillant et plaisant pour enchaîner les concerts avec un peu de black par-ci, un peu de death par-là et un peu de folk au milieu.

Photo : Benoit Pé

Vendredi  – I know a secret down in Altar/Temple’s Cabin hell yeah
Le death metal fils, j’aime le bruit et l’odeur du death metal au petit déjeuner. Le death mâtiné de black de Order Of Appolyon s’avère très efficace pour entamer cette première journée de festival, surtout à l’heure où les grands fauves du genre boivent encore du petit lait dans leur tour-bus. Les anglais délivrent un bon concert avec, originalité faite groupe, une reprise assez apocalyptique du « Creeping Death » de Metallica. On enchaine ensuite avec le death technique de Kronos, un death exécuté dans les règles du genre ici aussi mais très énergique et plutôt bien troussé. Le groupe français n’oubliera pas la dédicace à Loudblast prévu plus tard dans la journée.
Déguisements, maquillages, sang et larmes… Les vétérans norvégiens de Gehanna entrent alors dans la danse, une danse statique, horrifique, nauséeuse. Un black poisseux, lancinant et mélodique à souhait envahit alors la grande tente, un black tout autant énergique que malsain pour un set qui, sans forcer, est le premier gros coup de cœur du festival. Sur une belle intro grandiloquente, Loudblast prend ensuite d’assaut l’Altar pour un concert impressionnant de puissance et de gnac, tout comme Destroyer 666 qui prend sa suite, bien content de se retrouver sous les énormes lights en forme de triple 6 qui dominent la scène. Black saupoudré de thrash en mode martial et épique, les australiens assurent même si l’ensemble sonne ici ou là un poil répétitif et même si surtout le réglage du son s’avère bien trop appuyé.

Loudblast

 
Vient un peu plus tard l’heure de Turisas, oh combien attendu. Il faut dire avant tout combien les finlandais peinturlurés ont du culot, enchaînant du black guerrier à des titres plus calmes voire expérimentaux (sinon progressifs) entre deux pièces folk metal et terminant comme il se doit par «Rasputin »  de Boney M (ambiance disco dans le Temple !). L’ambiance est plus que chaude et le public prend avec délectation la musique d’un groupe déjà original à la base et qui continue pourtant à expérimenter, un concert plus qu’intéressant en tous les cas.
La journée est déjà bien entamée lorsque les suédois de Watain montent à leur tour sur scène où un nombreux public, celui qui a fait l’impasse sur la Vierge de Fer, les attend de pied ferme. Sous le signe du trident enflammé et dopé par une pyrotechnie inspiré et des éclairages sophistiqués, Watain n’a pas oublié qu’il a débuté dans une veine purement black metal et ce même s’il a musicalement beaucoup évolué depuis. Leur concert fut une agréable et malsaine cérémonie rendue plus captivante encore par l’aspect aujourd’hui beaucoup plus accessible du groupe. Un excellent moment qu’Enslaved aura bien du mal à égaler ensuite avec une prestation qui souffrit énormément de la comparaison avec les suédois. Bémol à associer aussi, même dans une moindre mesure, à Septic Flesh qui clôtura la journée sans trop d’éclat mais sans non plus provoquer un quelconque ennui, juste une fin de journée un peu passe-partout dira-t-on.

Photo : Duclock

 Samedi – Sweet Cherry Die
Route dégagée, ciel de carte postale, bâillements de deuxième jour de festival, ce cotonneux samedi commence par le dénommé Borgne, fougueux combo suisse oeuvrant dans le black martial et menaçant avec un chanteur au physique de catcheur américain aimant à toiser le public. Un démarrage pas vraiment de tout repos donc. Précision. Le groupe est bien éloigné d’un quelconque true black, il y a des claviers en effet et surtout… pas de batteur ! Un style particulier, entre monotonie et musique répétitive (la boite à rythme ce n’est pas vraiment l’idéal pour ce genre de musique), qui lassa d’ailleurs rapidement le parterre du Temple pourtant encore très clairsemé. Les français cultes de Supuration prennent la relève sur l’Altar pour délivrer un excellent concert. Leur death très mélodique et technique peut certes sembler un peu léger à certains, il n’en reste pas moins que le light show prenant, le son très clair, la qualité du(des) chant(s) et l’enthousiasme du groupe contribuent à proposer au final un set très agréable, surtout lorsqu’il est concentré comme ici sur The Cube, la pièce la plus remarquée de leur épatante et fournie discographie.

Borgne

 A peine le temps d’engloutir un cornet de pommes-frites et de déglutir deux à trois gorgées de bière que Trollfest entre dans la danse devant un parterre plus que fourni (beaucoup de monde en effet à être repoussé aux abords de la tente). Les norvégiens au look…particulier font en tous les cas un triomphe avec leur folk metal festif et grand-guignolesque à grands coups d’accordéon, de violons et de chansons à boire qui emmenent le public dans des danses frénétiques (un comble avec la chaleur alors impressionnante). On notera, après le Boney M de la veille, une reprise fort goûtue de Toxic de Britney Spears cette fois. Changement de cadre avec Skyclad, groupe culte anglais présenté justement comme le précurseur de ce courant folk metal qui a envahi les Fests européens à l’aube du troisième millénaire. Là-encore le concert fait le plein et comble d’aise le public avec ses hymnes celtiques gavés de Lalalalas plus proches parfois de Cat Stevens que des chœurs de hooligans. Permettant une récréation agréable et sans prétention le groupe fit danser des spectateurs du Hellfest non plus dans un Circle Pit dévastateur mais dans une joyeuse gigue teintée de guitares plus ou moins survoltées. A noter l’apparition lors de ce concert de quelques seins nus, comme quoi il n’est pas nécessaire de s’appeler Steel Panther.

Skyclad

Dernière tournée, dernier concert au Hellfest donné par le groupe devant, curieusement, une ambiance certes furieuse mais surtout clairsemée, les Brutal Truth sont allés ensuite de leur grindcore d’école dominé comme toujours par la force de « Walking Corpse » côté setlist et par le charisme presque involontaire de messieurs Lilker et Sharp, celui-ci en particulier s’avérant impressionnant, tant physiquement que vocalement ou encore à travers ses petits speeches déversés entre deux chansons

Photo : Benoit Pé

Après un break salvateur, retour au chapiteau pour le set de Tsjuder, du black brutal très intense, dopé par un son plus que puissant et une présence scénique assez phénoménal, du bon et délicieux malsain. Même constat pour Nile et son batteur fou qui oscille entre technicité et brutalité avec classe et facilité, appuyé par un son cristallin dès plus parfaits. Riffs, batterie, ambiances, décorum, il ne manque rien à Nile, sans doute l’un des meilleurs combos death de ces dernières années. Difficile ensuite pour Gorgoroth de prendre la suite même si leur force live n’est plus à démontrer. Leur concert fut néanmoins très agréable, baignés que nous étions dans une atmosphère à la fois lugubre et fun, les trouées mélodiques prodigués par le groupe n’étant pas pour rien pour ce délicat mariage. Un grand moment encore
Et puisqu’il faut bien se quitter, histoire de prendre quelques forces pour la dernière journée qui s’annonce elle-aussi bien copieuse, Carcass joue à merveille son rôle de tête d’affiche du soir, donnant à la tierce qui vient de se succéder sous la double-Tente des allures de podium. Leur style reconnaissable entre mille, leur son là-encore parfait et leur public vociférant tout acquis à leur cause contribuèrent à nous amener avec délice et fracas jusqu’à la voiture du retour, après une copieuse, chaude et formidable journée.

Photo : Duclock

Dimanche – Dirty Rotten Filthy Viking Bitch
Il est toujours saisissant et réjouissant de conjuguer ciel d’un bleu soutenu, chaleur estivale et chapiteau ombragé malmené à l’heure de l’apéritif par le death concis et carré d’Obliteration. L’heure est encore à la petite affluence et le réveil par paliers mais leur prestation, ainsi que celle plus intense encore de The Ruins Of Beverast ne fut pas sans qualités, loin de là. La densité reprend avec Repulsion puis Unleashed, deux groupes expérimentés qui font tonner avec classe leur musique, l’une bestiale et efficace (le grind/death de Repulsion), l’autre efficace et bestiale (le viking death d’Unleashed). Affichant l’un et l’autre plus de vingt-cinq ans d’activisme, leurs prestations irréprochables montrent combien le metal extrême, pus que tout autre peut-être tant il demande de l’énergie et de la concentration, est un genre de passionnés. Unleashed réussit même à faire secouer les têtes jusqu’aux derniers rangs de l’Altar, une belle performance pour un public fourni, sonné aussi de bientôt trois jours intenses de chaleur et de concerts

Photo : Benoit Pé

Le « german epic metal » d’Equilibrium fait à son tour taper des mains quand ce n’est pas tressauter sur place voire danser, leur set est accueilli avec ferveur par un chapiteau encore archicomble, une quasi-constante de cette édition. Dommage cependant que l’aspect symphonique, principale caractéristique du groupe, ait pris à cette occasion forme et vie sur bandes uniquement, donnat au concert du coup comme un petit gout d’inachevé. Moche, puant et brutal, aucune oreille n’a repoussé après le set de Black Dahlia Murder, phénoménale prestation une fois de plus et alors que Behemoth s’apprêtait à prendre la suite de Dark Angel du côté des mainstages. Une explication à l’assistance réduite présente pour Vreid. Les norvégiens délivrèrent pourtant un excellent set de black n’roll direct, rendant évidemment hommage au mythique groupe Windir dont il est la descendance. Dommage par contre que le son ait singulièrement manqué de subtilité, d’autant que la musique, elle, en était grassement pourvue.

Black Dahlia’s Murder / Paradise Lost

Point d’orgue de ce Hellfest 2014, Paradise Lost investit l’Altar pour un show que nous espérons tous à la hauteur des qualités démentielles de ce groupe. Un vœu malheureusement souvent pieu pour un groupe qui a la fâcheuse manie de souffler le chaud et le froid et de nous offrir un coup un show exceptionnel, une autre fois un show d’une lenteur et d’un ennui des plus profond. Le parallèle avec Megadeth de ce côté-là n’est certainement pas galvaudé. Ce soir, bien que Nick Holmes ne soit pas dans un moment des plus plaisant (agaçé par on ne sait trop quoi), Paradise Lost a pris tout le monde de court en offrant une setlist quee beaucoup n’espéraient plus entendre, mélangeant sont coté metal bien lourd à ces petites merveilles dark-rock / goth-wave qu’ils ont très largement contribués à pondre dans les 90’s. Si bien que « Gothic », « Erased », « Isolate », « One Second » ou encore « Say Just Words » qui clôture le show viendront se mêler à « So Much is Lost », « Mortals Watch the Day » ou encore le sublime « Faith Divides Us – Death Unites Us ». Alors effectivement pas de « As I Die » ou autres pépites proche d’un Draconian. Mais Paradise Lost a cette étiquette dark-rock ce qui lui offre une telle ouverture musicale qu’ils auraient eu tort de se priver. Et pour la grande joie de votre serviteur, je dois dire que ce show-là sera à marquer d’une pierre blanche. Dans un monde bien dark, elle demeure sacrément visible.

Solsfatir

Les islandais à chapeaux de cow-boys de Solstafir firent pour leur part un concert quasi-parfait, enchaînant des ambiances planantes et psyché à la Pink Floyd, des périodes plus folk sans oublier bien entendu des longues plagesde fureur. Une fois de plus, cette ambiance unique conquit le Temple, en forme d’apothéose musicale, poétique (mot pas beaucoup prononcé jusqu’ici) et prenante. Ce furent les dernières notes entendues pour notre part, le Sabbat Noir nous appelant de toute son aura (noir). Edition plus que copieuse du côté des mainstages, ce Hellfest 2014 doit également être célébré pour ces trois jours d’opulence extrémiste et ces concerts empilés les uns à la suite des autres de groupes le plus souvent en grande et belle forme, un petit moment de félicité pourrait-on dire.

Photo : Duclock


  
PHOTOS : Cycy (sauf mention). Retrouvez toutes les photos du Hellfest 2014 (et autres) sur le site perso de Cycy
REDACTION : Cycy, Dj Duclock, Alexis Hunot, Benoit Pé, Bruno Piszorowicz

A propos de Bruno Piszorowicz

A propos de Alexis Hunot

A propos de Benoit Platton

A propos de dj duclock

A propos de Cycy

Laisser un commentaire