Hommage à Richard Matheson

 
Richard Matheson 1926 – 2013
 
Il y a huit ou neuf ans, je tenais encore un site perso où je postais des nouvelles courtes et aussi des scénarii de courts métrages. Dans un échange email avec une journaliste, je lui avais donné le lien et après lecture, elle m’a réécrit pour me dire qu’elle avait beaucoup aimé et que mes textes lui rappelaient l’univers de Richard Matheson. A l’époque, je n’étais pas encore très familière avec son œuvre et ce compliment m’avas autant touchée que surprise puisque je ne m’étais en aucun cas inspirée de ses textes pour écrire les miens. Je me suis donc procurée les recueils complets de ses nouvelles et aussi de ses scénarii pour La Quatrième Dimension. J’ai tout dévoré en un rien de temps et à partir de là, c’est lui qui m’a appris à écrire.
 
Matheson débuta sa carrière comme tant d’autres écrivains de son époque en plaçant ses nouvelles dans des magazines littéraires spécialisés en SF et/ou Fantastique. Sa première publication fut Born of Man and Woman en 1950 lorsqu’il avait 25 ans. Ensuite, il n’a plus jamais arrêté, alternant les publications de nouvelles et de romans dont le plus récent date de 2012. La marque de fabrique de l’auteur était d’introduire l’extraordinaire dans un monde ordinaire et avec une grande économie de mots. Il possédait cette capacité rare de faire passer un maximum d’émotions avec un minimum d’effets, faisant de ses personnages des êtres en chair et en os et aussi de certaines de ses nouvelles des uppercuts en seulement quelques brèves pages.
 
En plus d’être un écrivain hors pair, Matheson fut également un scénariste de talent. L’un de ses premiers écrits adaptés à l’écran fut L’Homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957), l’histoire d’un scientifique exposé à une combinaison de radiations et de pesticides qui le réduisent à la taille d’une grosse araignée. Ce roman comportait déjà l’un des thèmes fétiches de Matheson, celui d’un mari (et ensuite père de famille) impuissant face aux dangers réels ou imaginaires du monde qui l’entoure. Doté d’une certaine paranoïa qu’il n’a jamais reniée, l’écrivain explorait cette idée à répétition dans ses œuvres. Cela avait également contribué à faire de lui l’un des scénaristes principaux de La Quatrième Dimension, la série mythique créée par Rod Serling dans les années 50 et dont les histoires reflétaient la peur ambiante d’une société en plein essor scientifique où la protection de l’armée était largement mise en avant dans les œuvres cinématographiques.
 
Dans les années 60, Matheson passa à des écritures plus fantastiques, adaptant entre autre des histoires d’Edgar Allan Poe pour Roger Corman (La Chute de la Maison Usher, La Chambre des tortures) et puis, en 1964, arriva la première adaptation de son roman culte, Je suis une légende. De titre éponyme, le film met en scène l’illustre Vincent Price dans le rôle de Neville, dernier être humain sur une Terre désormais peuplée de vampires. Le roman est un véritable bijou noir où se déploie toute la paranoïa de l’auteur explorant ses idées très personnelles sur la vie, la mort et même sa peur des femmes. Cette histoire a vu deux autres adaptations par la suite, Le Survivant en 1970 (de Boris Sagal, avec Charlton Heston) et Je suis une légende en 2007 (de Francis Lawrence, avec Will Smith) mais en dépit de leurs qualités respectives, aucun de ces trois films ne rend réellement justice au cynisme et au désespoir de l’œuvre de base.
 
1971 marqua la rencontre entre un écrivain scénariste déjà confirmé et un tout jeune réalisateur du nom de Steven Spielberg ayant jusque là seulement des courts métrages ou des épisodes de séries télé à son actif. Leur collaboration s’intitule Duel et on y retrouve encore une fois l’intrusion d’un élément extraordinaire (un conducteur de camion fou) dans le monde ordinaire d’un homme (Dennis Weaver) sur la route pour rentrer chez lui. Le duel sans pitié qui s’engage sous le soleil qui cogne et la poussière du désert ambiant est mené d’une main de maître par son réalisateur et reste assurément l’un des téléfilms les plus réussis de l’histoire du petit écran.
 
Bien que les écrits de Matheson se concentrent exclusivement sur des protagonistes hommes, les femmes sont toujours présentes d’une façon ou d’une autre. Soit elles sont passives et ont besoin de protection, soit ce sont des êtres sournois qui ont recours à la manipulation ou la trahison. L’un des plus exemples les plus marquants est sans aucun doute la très courte nouvelle Appuyez sur le bouton ayant donné lieu au film The Box de Richard Kelly (2009). Un couple reçoit une mystérieuse boîte de la part d’un inconnu. Dessus, il y a un bouton. En appuyant dessus, ils gagneront une importante somme d’argent dont ils ont un besoin désespéré mais en contrepartie, une personne innocente meurt. C’est la femme qui prend la décision fatale et à l’insu de son mari, transformant ainsi leur destin de façon aussi inattendue qu’irrévocable.
 
On sait bien que l’Homme n’est pas immortel et que les artistes dont on découvre les œuvres dans notre enfance/adolescence partiront avant nous. Mais quand ils ont laissé une trace indélébile, nous touchant le cœur et l’esprit jusqu’à parfois influencer notre propre destin, leur disparition paraît toujours abrupte et ce, en dépit de leur âge avancé. A nous de garder précieusement tout ce qu’ils nous ont apporté et le leur rendre à notre façon.
 
Mr Matheson, reposez en paix et que votre étoile brille fort parmi toutes celles qui continueront d’illuminer les cieux nocturnes de nos rêves…

A propos de Marija NIELSEN

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