Café Zimmermann – J.S. Bach – "Concerts avec plusieurs instruments – Vol.1/6 (Alpha)

Alors que le travail d’orfèvre du Café Zimmerman sur les Concerts avec plusieurs instruments de Jean-Sébastien Bach se conclut en ce mois d’octobre par la sortie du Sixième et dernier volume, Alpha a eu la bonne idée de sortir parallèlement un coffret regroupant l’intégrale de ces concertos.

Le Volume VI s’ouvre sur une interprétation émouvante de l’Ouverture n°4 en ré majeur BWV 1069. Le Concerto pour clavecin en la majeur peut apparaître quelque peu illustratif, ne rivalisant probablement pas avec l’ambiguïté et le génie du contrepoint de ses pièces majeures, mais le Café Zimmermann en impose une vision impériale, très nerveuse. L’ensemble livre ensuite à une interprétation survoltée du Concerto Brandebourgeois n°1, essoufflante, lorsqu’elle côtoie une certaine violence dans son tempo (au risque d’être un peu rapide il est vrai), enveloppante lorsqu’elle recouvre le calme lors de son bouleversant Adagio . Enfin avec le Concerto pour quatre Clavecins c’est un fourmillement radieux et surprenant, plein de sensualité, qui vous chatouille l’esprit comme une plume effleurerait la peau, dans une lecture de l’œuvre avide de la réinventer, de lui offrir une énergie contrastée, entre fièvre et plénitude.

Au regard de cet intégrale, le Café Zimmermann enchante l’atmosphère, redonne vie à Bach. En effet, de nombreux concertos avaient été un peu trop relégués aux rangs de classiques des classiques. Les concertos brandebourgeois y prennent en particulier une vigueur toute particulière, au point d’avoir la sensation régulière de redécouvrir les œuvres. Tout l’Art de Café Zimmermann réside dans cette capacité à mettre en lumière tout l’éventail des sentiments contradictoires d’une musique qui n’aura jamais fini de révéler ses mystères, dont la séduction immédiate dissimule ses recoins les plus secrets. Cette interprétation intime développe un charme inhabituel, inexplicable, dans sa propension à nous pénétrer quand elle délivre l’intériorité d’harmonies qu’on croyait plus affichées, plus visibles. Derrière un apparat trompeur émerge la musique de l’âme. Le Café Zimmermann offre une écoute neuve et juvénile, rendant magnifiquement service à toute la complexité du langage de Bach, tour à tour gai ou mélancolique, traversé de fureur ou emprunt d’infinie douceur. Il invite donc Bach parmi nous, comme un ami précieux ; sa présence est palpable, loin de tout sentiment de distance.

Bach est ce compositeur qui les contient tous et présage déjà de tous les artistes à suivre dans ce fusionnement, ce glissement de la mélodie vers la dissonance, vers une abstraction fascinante, qui nous tend le miroir de nos deux reflets : joie et tristesse. Aussi fondamentales que soient les considérations musicologiques, techniques et objectives, toute réception musicale reste irrémédiablement lié à son humeur profonde. Pour moi, ces concertos restent une fabuleuse œuvre du matin, une œuvre de petit déjeuner, de celles qui vous transportent et éclairent intégralement votre journée. Matins d’automne ou d’hiver, de regards s’échappant par la fenêtre, sur des arbres perdant leurs feuilles ou de branches nues…Ils éveillent les sens, vous ramènent à la beauté du monde et de l’existence. L’écoute dépasse l’écoute. Avec Bach et le bien-être qu’il procure, on ne cesse de se répéter combien la musique est un don, lorsque les accords se fondent à notre propre harmonie et la nourrissent.

Difficile de passer à côté de cette intégrale qui se révèle indéniablement l’une des versions de référence. Une question reste en suspens cependant : quel prochain sortilège nous inventeront ces magiciens ?

 

Johann Sebastian Bach (1685-1750), Concerts avec plusieurs instruments, volume I à VI , par le Café Zimmermann.
Coffret 6 CD édité par Alpha

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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