Johanna Sinisalo – "Le Sang des fleurs"

Anticipation écologique –
L’abeille est un élément essentiel de notre écosystème et, pour cette raison, la clé de voûte du roman de Johanna Sinisalo. Les faits se déroulent en 2025, quelque part en Finlande chez un apiculteur amateur nommé Orvo. Orvo tient sa science des abeilles de son grand-père et a sensibilisé son fils Eero à la cause environnementale. Celui-ci, activiste enflammé, est entré en conflit avec son grand-père Ari, le père d’Orvo, éleveur de bovins. “Le Sang des fleurs” propose, en alternance, les réflexions écologiques d’Orvo devant la désertion de ses ruches et des extraits du blog engagé d’Eero.
Roman à part entière, basé sur une saga familiale et un engagement poétique très prononcé, le récit de Johanna Sinisalo contient aussi un véritable message environnemental. Ainsi, ce double registre permet à l’auteur une sensibilisation plus digeste que si elle s’en était tenue à l’essai, et plus crédible du fait de son caractère anticipatif, néanmoins basé sur des phénomènes bien réels. En résumé, on parle ici de la future disparition des abeilles et par là, de la pollinisation, entraînant une impossibilité de culture dont celle qui nourrit les élevages d’animaux et l’homme. Autrement dit : plus d’abeilles, plus de nourriture végétale ni animale pour l’homme.
Ce scénario catastrophe n’a rien d’une fiction : c’est un processus déjà amorcé aujourd’hui en France et ailleurs par une raréfaction des abeilles, malmenées notamment par les pesticides, mais aussi en raison d’une mauvaise maîtrise de la filière. Le travail de l’écrivain prend toute son importance dans le fait de montrer que les alertes écologiques sont souvent amalgamées à un militantisme déraisonné, une brèche dans laquelle s’engouffrent bien volontiers les divers lobbies agroalimentaires. La récupération de ces messages minimise leur impact, disséminé dans la dérision, l’information tangible échappe ainsi au plus grand nombre. De fil en aiguille, le scepticisme ainsi encouragé attise les discours militants, et le cycle recommence.Outre cette base idéologique, on aime aussi dans ce roman la notion d’héritage naturel, amenée par une approche fantastique fondée sur les nombreux mythes et légendes mentionnant les abeilles. Orvo empoche le corps d’une reine morte pour la faire analyser en laboratoire et accède par accident à une dimension parallèle. A travers l’expérience d’Orvo, le lecteur s’interroge sur l’idée d’une terre vierge où tout recommencer, où l’on protégerait la nature : que ferions-nous différemment ? la nature est-elle éternellement vouée à être maltraitée par l’homme ? peut-on l’éviter ?

Précieux sésame en tous points, l’abeille est mise à l’honneur dans ce roman qui multiplie les approches pour un résultat à la fois intéressant et captivant : “S’il y avait un produit de l’évolution que l’on puisse qualifier de résultat d’un dessein intelligent, ce serait l’abeille. Son rôle dans la formation de l’écosystème planétaire est si important et si essentiel que l’on pourrait croire qu’elle a été conçue à cette seule fin.”

Paru le 02/05/13 aux Editions Actes Sud.
Pour en savoir plus : Plan de développement durable de l’apiculture / Ministère de l’Agriculture

Et un film à voir :

A propos de Sarah DESPOISSE

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