Il s’agit d’une première publication pour l’auteur américain Alan Heathcock : huit nouvelles très remarquées pour patienter d’ici son premier roman, en cours d’écriture. Ces histoires se déroulent à Krafton, une petite ville fictive qui appartient à l’éloquente “Amérique profonde”… Ce choix d’ancrage, atemporel et transposable, renforce le point de vue : “Dans un village, le plus tragique était que le passé ne s’effaçait jamais totalement.”
Parmi la population isolée de Krafton, des personnages émergent, malmenés par la vie. Bagarres qui tournent mal, mauvaises blagues, viol, inondations et décès : la violence traverse à répétition leur quotidien. Parfaitement écrits, ces faits tragiques ainsi juxtaposés offrent au lecteur une réelle puissance narrative, mais aussi un questionnement plus large sur la notion d’accident. A la suspicion d’un éventuel châtiment infligé à une population, un pays, une époque, l’auteur oppose la propension d’un microcosme à nourrir le drame.
Ce faisant, c’est notamment la question religieuse que l’auteur aborde implicitement en façonnant le malheur chronique qui s’abat sur ses personnages. L’ont-il mérité d’une façon quelconque ? Pouvaient-ils éviter ces situations ? Quelle mort peut-on qualifier d’aléatoire, l’accident de tracteur ou l’accident de guerre ? Et plus largement, y a-t-il une justice (au sens propre de l’expression) ? A travers le personnage d’Helen, entre autres, la femme-shérif de Krafton, Alan Heathcock montre l’attachement à un territoire, l’espoir en fuite, une tendance à se faire justice soi-même et la responsabilisation urgente des individus face à leurs actes, mais aussi face au hasard.

Profondes et vivaces, ces huit nouvelles laissent présager du meilleur concernant ce nouvel auteur à suivre.

 

Paru le 28/08/13 aux Editions Albin Michel (traduit de l’américain par Olivier Colette).

 

 

 

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