Pasquale Festa Campanile – « Hitch-Hike » [Powerhouse – Indicator]

Déjà chroniqué ici à l’occasion de sa sortie française chez Artus, nous en profitons pour rééditer notre critique pour sa sortie en UHD 4K dans un magnifique transfert chez Powerhouse – Indicator.

Amusons nous à prendre le chemin à rebours. Si Hich-Hike a tout pour être une forme de « modèle » du « Rape and Revenge », il n’en est pas vraiment un. Certes, il sera difficile d’affirmer que l’héroïne, Eve (Corinne Cléry) ne se fait pas violer et qu’elle ne finit pas par exécuter son bourreau, l’homme qui l’a kidnappée avec son mari pour tenter de gagner la frontière mexicaine. Mais cet aspect du récit est finalement assez accessoire, notamment la partie « vengeance » qui n’a rien d’un plan préparé et longuement échafaudé. Quant au viol, il ne représente pas le « clou » d’un spectacle un peu malsain qui assignerait chaque personnage à un rôle précis : d’un côté, la victime qui se changerait en bourreau et vice-versa. Sa fonction est plus « symbolique » et s’inscrit dans la thématique finalement plus large de la « guerre des sexes ».

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A ce titre, il est difficile de faire plus explicite que la scène qui ouvre le film. Campanile filme son héroïne à travers le viseur d’un fusil. Elle est immédiatement désignée comme une cible, comme une proie. Mais contrairement à ce que le titre français nous laisse supposer, elle est d’abord la proie de son mari (Franco Nero) qui est, dans un premier temps, l’homme qui la tient en joue.

Pour évoquer le nihilisme sardonique que respire le film de Campanile il faudrait peut-être commencer par évoquer l’ironie de son titre original, « Hitch-Hike » jouant sur le double sens du mot, mêlant le caractère parfaitement prosaïque du stop (« hitch-hiking ») à l’idée d’un piège ou d’un danger (« hitch » signifiant aussi un problème).  Et le piège en question n’est-ce pas finalement pour commencer celui de chaque femme face à l’homme ?

Hitch-Hike débute comme une comédie de mœurs à l’italienne avec un cinéaste qui raille avec beaucoup de verve la bêtise machiste. Franco Nero, loin de ses rôles « héroïques » (de Django à Big racket), incarne le parfait beauf bête et vulgaire (en assistant à la cuisson d’un gibier, il affirme grassement que la seule chose que sa femme envie à la bête, c’est la broche dans le cul !). Pour ceux qui connaissent un peu le cinéma de Pasquale Festa Campanile, nous sommes en terrain conquis puisqu’il a souvent disséqué avec un humour acide les relations hommes/femmes pour dénoncer la phallocratie et la réification du corps féminin (voir le beau Ma femme est un violon avec la splendide Laura Antonelli). Mais cette fois, même si l’humour n’est pas absent du film, il pousse la logique jusqu’au malaise : lorsque Walter fait l’amour avec son épouse contre son gré, il annonce le viol de l’autostoppeur en dépit du consentement qu’Eve finit par afficher.

De ce point de vue, le film est aussi ambigu que malin en ce sens qu’il montre bien que le « devoir conjugal » institué par le mariage peut aussi être une forme de viol légalisé et rien ne distingue vraiment ces deux passages dans le récit. On aurait tort également de penser que le consentement dont fait preuve Eve est une manière de dire que les femmes violées y prennent du plaisir. Avec Walter, elle s’abandonne parce qu’elle est victime d’une convention sociale et qu’elle est mariée. C’est donc pour son mari qu’elle se dévoue. Dans le deuxième cas, cet abandon est aussi à destination du mari attaché, histoire de se venger de la manière dont il l’a précédemment traitée. S’il y a « plaisir » (je mets évidemment le terme entre guillemets), ce n’est pas celui que lui procure son agresseur mais dans le fait d’humilier son mari. En insistant sur les regards que lui jette Corinne Cléry, Campanile montre bien la réciprocité existant entre ces deux prédateurs.

Hitch-Hike est donc moins un « rape and revenge » qu’un film sur la domination masculine. L’une des choses les plus « scandaleuses » du film, qui justifia peut-être son classement X pour violence qui ne fut abrogé qu’en 1981, c’est la sorte de pacte qui finit par lier l’autostoppeur Adam (l’excellent David Hess qui retrouve un rôle assez semblable à celui qu’il tenait dans La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven) et le mari Walter.

Journaliste, ce dernier se voit proposer par l’agresseur d’écrire un livre sur son aventure. En lui faisant miroiter le succès que lui apporterait cette histoire pleine de sexe et de sang, Adam annonce lui-même au spectateur ce qui est en train de se préparer. Habilement, Campanile met en abyme les conventions d’un certain cinéma d’exploitation, jouant d’ailleurs de façon un peu retorse avec les attentes supposées du spectateur.

D’une manière assez paradoxale, l’ironie renforce la dimension pessimiste du film. Dans la mesure où Campanile, lui-même, ne recule pas devant quelques effets racoleurs (gros plans sur la petite culotte de son héroïne malmenée), son film ne propose aucune autre « porte de sortie » qu’un nihilisme total : l’homme n’est qu’un chasseur pour autrui et toutes les valeurs de la civilisation (amour, fraternité, solidarité…) ne sont qu’un vernis qui craquelle face à l’appât du gain (rarement on aura vu fin aussi cynique) et les pulsions animales.

En adoptant la forme du « road-movie », le cinéaste revisite un genre qui représenta d’abord une forme d’horizon utopique (quitter les sentiers balisés des conventions sociales pour réinventer la vie) pour en montrer finalement l’échec. Sur la route, il ne reste plus aucun espoir mais, au contraire, une existence réduite à une rude lutte pour la survie.

Aucune lueur d’espoir dans cette  Hitch-Hike, sombre tableau d’une humanité se réduisant, comme le montre parfaitement la scène d’ouverture, à une lutte de chaque instant entre du simple gibier et d’infâmes chasseurs…

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Hitch-Hike (1977) de Pasquale Festa Campanile

Avec : Corinne Cléry, Franco Nero, David Hess

Suppléments

  • Deux versions du film : Hitch-Hike (version anglophone) et Autostop rosso sangue (version italophone)
  • Audio mono d’origine
  • Commentaire audio avec les experts du cinéma italien Eugenio Ercolani et Marcus Stiglegger (2025)
  • Road to Ruin (2025, 90 min) : documentaire mis à jour par Federico Caddeo, explorant la production, la sortie et la réception de Hitch-Hike, avec des interviews de Franco Nero, Corinne Cléry, David Hess et Neri Parenti
  • Adventures in Abruzzo (2025, 25 min) : interview approfondie avec Neri Parenti
  • The Novelist’s Revenge (2025, 29 min) : analyse critique par Eugenio Ercolani, replaçant Hitch-Hike dans la carrière du réalisateur Pasquale Festa Campanile
  • The Coldest of Dishes (2025, 63 min) : documentaire approfondi par Ercolani sur le sous-genre des films italiens de Rape and Revenge
  • The Devil Thumbs a Ride (2002, 19 min) : documentaire d’archives sur le making-of, avec des interviews de Nero, Cléry et Hess
  • Bandes-annonces originales
  • Galerie d’images : matériel promotionnel et publicitaire
  • Nouveaux sous-titres anglais améliorés pour sourds et malentendants (version anglophone)
  • Nouvelle traduction anglaise améliorée des sous-titres (version italophone)
  • Livre exclusif de 80 pages (édition limitée) avec un nouvel essai de Mikel J. Koven, une interview d’archives de l’historien du cinéma Andrea Pergolari sur la carrière de Pasquale Festa Campanile, des extraits d’interviews d’archives avec le co-scénariste Ottavio Jemma, le compositeur Ennio Morricone, et les acteurs Franco Nero, Corinne Cléry et David Hess, ainsi que les crédits du film
  • Première mondiale en 4K UHD

Éditions Powerhouse Indicator

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A propos de Vincent ROUSSEL

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