"Urban Rabbits", CNAC / Arpad Schilling – Parc de la Villette

Encore un peu éblouis par les paillettes de l’an dernier, accueillons la 21ème promotion du CNAC avec un spectacle qui cette fois prend son inspiration dans le théâtre grâce à la contribution du hongrois Arpad Schilling. Dépouillée de tout artifice, la scène circulaire fait office de laboratoire où de curieux « lapins urbains » évoluent dans une simplicité enthousiasmante. La prouesse acrobatique restant le propos majeur de cette prestation, on y trouve aussi du sens, à l’échelle de la piste et au-delà.
Succès toujours renouvelé, les élèves du CNAC relèvent tous les ans le défi des figures inédites. Cette année, ils se frottent à la matière brute des cordes verticales et des fils horizontaux, au métal d’une sphère redoutable et d’une drôle de spirale, au bois d’un cadre aérien, sans oublier le mât chinois et surtout les portés acrobatiques, au sol ou combinés aux agrès. Car c’est aussi la polyvalence de ces circassiens qui rendent leurs prouesses grisantes. En habits de tous les jours et dans la proximité qu’on leur connait bien, les corps se cherchent, se frottent et se piquent.
Sans heurter la valeur démonstrative du spectacle, les artistes et leur metteur en scène ont choisi de construire leurs numéros autour de la question de l’humain, paradoxalement dans ce qui nous rapproche des animaux (d’où le rapport avec les lapins), mais aussi ce qui nous en distingue. Ainsi, parades amoureuses, apprivoisement et période d’accouplement éveillent l’instinct primaire des seize artistes, habités également par quelques fantômes bien humains : le doute, la solitude, la quête de soi, la difficulté des rapports homme/femme… Souvent drôle, parfois au bord du tragique, la confrontation du corps et de l’esprit inhérente à la discipline est de ce fait doublement traduite.
Comme pour pallier l’absence de jonglage, le propos n’en finit pas de rebondir et de trouver un sens de plus en plus vaste au fil des numéros. Musique à petite dose et écrans de sous-titres à l’appui des chansons et du texte, c’est aussi la fugacité du bonheur qui est évoquée, et sa subjectivité. Ainsi que la part de représentation dans une vie, la liberté d’action, la volonté qui doit se plier aux contraintes, aux directives, le rapport à l’argent. Que ce soit en tant qu’artiste – qui plus est, en devenir – ou plus largement en tant qu’homme, les lapins étant naturellement exclus de ce type de questionnements.
Fin, léger, sensé, envoûtant. Un bel exemple d’épaisseur pluridisciplinaire, qui donne toutes ses chances à la caravane 2010 d’arriver à bon port.
A voir au Parc de la Villette jusqu’au 14 février
Durée : 1h45
TP : 20€ / TR : 15€ – 12€
Urban Rabbits Parc de la Villette CNAC
(c) Philippe Cibille

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A propos de Sarah DESPOISSE

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