"Les vipères se parfument au jasmin", mis en scène par Natacha Diet – Théâtre 71 (Malakoff)

One-man show inspiré
Princesse des temps modernes, Shéhérazade est apprentie-bouchère. Son père vient de mourir et en attendant le jugement dernier, il observe sa fille se démener avec la vie. Entourée d’adjuvants plus ou moins sincères : sa mère, guérisseuse et dominatrice, Francky, son prétendant fortuné, Jonquille, sa meilleure amie complexée, Pierre Le Feu, son prof de chant illuminé, Jean-Claude, producteur mégalo, et Diane, l’idéaliste, Shéhérazade va essayer de concilier le deuil de son père, le sauvetage financier de la famille, la pression maternelle et sa propre destinée.
Nasser Djemaï, auteur de la pièce et unique interprète, incarne avec brio et tendresse tous les personnages précités. Dans une mise en scène minimaliste, son énergie débordante et ses mimiques irrésistibles donnent à visualiser chacun d’eux dans leurs extrêmes, sans mépris ni surjeu. Car s’il est proche du one-man show par sa performance et son humour décapant, Nasser Djemaï porte le genre vers la finesse et la profondeur en alternant effets comiques, tragédie mystique et moments d’émotion.
Sur ce fond de légèreté relative, Nasser Djemaï et ses talents de conteur injectent à l’intrigue une portée métaphysique où s’entrecroisent le rapport à la religion et à la mort, des références mythologiques et notamment le complexe d’Oedipe, la place de la femme dans la famille et la société, la subjectivité de l’ambition. Mais il pose avant tout la question de l’épanouissement individuel par rapport aux attentes familiales et, plus largement, il interroge sur le poids du désir des autres. Parce que les vipères se parfument au jasmin et qu’Harry ne vous veut pas forcément que du bien.
A voir au Théâtre 71 à Malakoff jusqu’au 8 février.

A propos de Sarah DESPOISSE

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