"Je t’appelle de Paris", Moussa Sanou – Théâtre des Amandiers

« Noir sur blanc » –
Originaire de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, Moussa Sanou débarque pour la première fois à Paris en 2004. En plein choc culturel et météorologique, il observe, s’étonne, se frotte à l’étranger et raconte, à sa sauce, son immersion au pays des Toubabs. Encouragé par Jean-Louis Martinelli, il en fait un spectacle. Sur un ton bonhomme et tout en rondeurs, ce conteur hors pair brode savamment autour de ce fossé culturel.
Hilarant par son charisme et son sens de l’anecdote, son récit en est d’autant plus profond et plein de finesse. Logements à étages, tronches du métro, quête d’un itinéraire, salutations aux nouveaux voisins, menus de restaurants, tout est prétexte à mettre en évidence l’incongru dans des quotidiens aux antipodes. En dosant savamment le point de vue de chaque couleur, en passant par le rapport au temps, à l’argent, au climat.
Le spectacle n’est pas voulu directement revendicateur ni dérangeant, mais ne cesse de soulever des questions plus sérieuses sans les aborder frontalement. Tout en suggestions, Moussa Sanou ponctue le cheminement de sa narration par un refrain enjoué et lourd de sens sur l’import, l’export, une relation (faussement) bilatérale. Sans oublier le (non-)statut des comédiens africains, folklorique, l’abondance française ou le dénigrement des compétences africaines.
Pas de fioritures dans la mise en scène dépouillée, juste ces deux corps noirs qui se détachent d’un fond blanc éclatant, trois chaises dont une vide, une porte, et un tapis. Pas de musique, pas d’objets, mais une vérité implacable sous des abords ludiques et un langage coloré. « Je t’appelle de Paris » interroge sur le rêve africain dans toutes ses dimensions, l’état du rapport entre la France et l’Afrique, et sur ce que chacun aurait à gagner dans un meilleur partage de nos différences.
A voir au Théâtre des Amandiers jusqu’au 14 février

 

A propos de Sarah DESPOISSE

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