Charmés par La lumière ne meurt jamais (chroniqué ici) nous avons souhaité rencontrer son auteurice, finlandais.e Lauri-Matti Parppei. Également musicien.ne, plasticien.ne, cet.te cinéaste non binaire signe aussi les musiques de son premier long-métrage aux accents autobiographiques.
Ce film d’auteur à la fois mélancolique et tonique, véritable ode aux musiques alternatives et joyeux manifeste d’outcasts, surprend et enchante par sa peinture délicate et réjouissante de personnages atypiques. A l’image de Lauri-Matti alternativement réservée et prolixe, timide et passionnée, d’une sincérité absolue non dénuée d’humour.
Dans le Dossier de Presse, vous évoquez l’aspect cathartique de votre famille musicale d’amis. Est-ce ce sentiment qui vous a poussé à réaliser votre film?
Oui, c’était pour moi la principale raison de faire ce film. Et aussi pour raconter une histoire issue d’un univers que je connais très bien. Pour partager quelque chose d’unique et d’important dans ma vie. Je ne voulais pas faire un film autobiographique, mais je voulais parler de mon expérience d’une manière universelle.
D’une certaine manière, le chaos serait créatif et rassemblerait les gens ?
Oui ! Hier, lors de la première parisienne, quelqu’un m’a interrogé sur la valeur de la musique. Dans notre société moderne, tant de choses doivent être sûres, évaluées, notées. Comment mesurer si c’est une bonne ou une mauvaise chose ? Tout nous pousse à être logique, rationnel. Quand un groupe de personnes se réunit, elles apportent leur personnalité, elles font des erreurs. La pièce musicale peut parler des erreurs commises. Il n’y a pas de forme en soi. C’est une exploration. Plus tard, j’ai composé une musique beaucoup plus conventionnelle. Mais c’est le fait d’enfreindre les règles, de faire des erreurs, qui la rend si spéciale.
Pourquoi l’avez-vous appelé The Light never dies ?
Ah ! À l’origine, je pensais l’appeler « There is a light and it never goes out *
Bien sûr, c’était une référence à la chanson des Smiths. Nous voulions déjà mettre dans le titre un sentiment d’espoir, car le film commence de façon très sombre avec la dépression et la triste situation de Pauli. Cela donne de l’espoir pour surmonter les difficultés et la dépression.
Par ailleurs vous êtes membre d’un groupe de post-pop nommé Musta Valo (Lumière sombre en finnois), continuez-vous à faire de la musique ?
Oui, bien sûr ! Ces dernières années, j’ai été très impliqué dans la réalisation du film, donc je n’ai pas pu jouer. Nous avons recommencé à travailler sur un album cette année. Pour moi, créer ne se limite pas à un seul médium. Je peux aussi faire des choses visuelles. Je veux faire de l’art en général. Je ne suis pas particulièrement doué dans un domaine en particulier. En musique, je ne suis pas un virtuose. J’ai juste besoin de créer, même si je ne suis pas très bon. C’est ma façon de m’exprimer.
Comment votre art visuel nourrit-il votre travail de cinéaste ?
J’ai travaillé comme graphiste et illustrateur. Je me suis lancé dans le cinéma après avoir réalisé un clip pour mon propre groupe. Je me suis rendu compte que le cinéma combinait tous mes centres d’intérêt, du texte à la poésie, en passant par les images, la musique… Tout s’y retrouve. Je pense que j’ai toujours la même approche pour faire de la musique et pour faire des films. De plus, le problème avec les arts visuels et la musique, c’est que l’on peut voir le résultat immédiatement, alors qu’avec la réalisation, il faut des années pour terminer un film ! (rires) J’ai dû apprendre à être patient !
Oui, et il y a aussi cette hiérarchie dans la réalisation de films qui est totalement différente de celle de la musique, surtout quand elle est avant-gardiste et expérimentale ?
Effectivement, ce sont des énergies totalement différentes. Quand j’ai commencé à réaliser, j’ai été un peu choqué par ce processus hiérarchique et le fonctionnement de l’establishment. Je devais éviter de faire des erreurs, suivre un plan, etc. Quand j’étais jeune, j’étais un musicien très enthousiaste. Je me fichais complètement de la hiérarchie et de l’establishment. Je pense que ces contradictions se reflètent dans le film.
Ca vous tenait à coeur de briser le tabou de Ia dépression ?
Eh bien, je viens de cette petite scène musicale de cette ville (Rauma, au sud de la Finlande). Quand j’ai commencé à faire de la musique, j’étais quelqu’un de très déprimé et solitaire. Je n’avais pas d’amis. Puis, tout à coup, grâce à la musique, je me suis fait des amis. Nous étions complètement marginaux. Il y avait beaucoup de problèmes de santé mentale. C’était comme une force de la nature, accepter d’être bizarre. C’est à cette époque que j’ai traversé mes pires problèmes de dépression mais c’est aussi à cette époque que je me suis le plus amusé dans ma vie, car nous avions ce groupe de marginaux et nous nous sommes sauvés les uns les autres en faisant de la musique et en étant ensemble. Je voulais donc traiter la dépression non pas de manière romantique, mais sincèrement. D’une certaine manière, cela fait partie de la vie d’un artiste de traverser ces phases vraiment sombres et profondes. Et peut-être aussi de trouver une lueur d’espoir après ces moments vraiment sombres et d’en profiter encore plus intensément. On apprécie vraiment de sortir de l’obscurité et de la morosité.
A propos de vos amis musiciens, ont-ils vu votre film et comment ont-ils réagi ?
J’étais assez nerveux-se quant à leur réaction. Ils ont tous vu le film. C’est à peu près le même groupe de personnes qui font de la musique ensemble. J’ai pratiquement tout volé dans le film de ma propre vie ou de leurs expériences. Ce n’est pas une reconstruction à l’identique. J’ai essayé de retrouver le même sentiment et le même esprit que nous avions et de les traduire. J’étais donc très heureux quand ils se sont reconnus dans le film. Et j’ai aussi fait appel à certaines personnes de ce milieu pour travailler sur mon film, m’aider avec la technique et la musique. Un ami qui nous aidait avec les costumes regardait une scène et a dit au décorateur : « Je me souviens de cette scène, mais ce n’est pas déroulé ainsi! » (rires)
Nous avons passé un vraiment très bon moment à faire le film ensemble, mais ce n’était pas de la nostalgie. Il s’agissait de recréer des situations, mais aussi les réinventer.
Aviez-vous d’autres films ou cinéastes en tête ?
Ma vie entière a été un mélange de pure folie et de noirceur absolue, nous voulions donc que le film reflète cette folie. Je me souviens qu’à un moment donné, nous avons parlé d’une similitude avec un film iranien très artistique, un documentaire tout à fait sérieux réalisé par une poétesse iranienne, Forough Farrokhzad. Un court métrage de 21 minutes réalisé en 1963. Donc, oui, je voulais combiner quelque chose de très sérieux et en même temps, d’amusant.
Est-il important pour vous de conserver des éléments documentaires dans votre pratique ?
Je ne dirais pas « documentaire » en soi, mais j’aime que le film contienne une part de vérité, d’authenticité. Par exemple, Anna Rosaliina Kauno, qui incarne Iris, est originaire de la ville où se déroule l’histoire et parle le dialecte de cette région de Finlande. Beaucoup d’entre eux sont originaires de cette ville. En ce sens, on peut dire que c’est documentaire. Nous avons adopté une approche réaliste, avec des personnes issues de la communauté réelle. Faire face à mes souvenirs, évoquer ce que je connais en toute sincérité.
La musique sera-t-elle importante dans votre prochain film ?
Peut-être pas aussi importante, mais elle le sera tout de même. Mon prochain film sera en quelque sorte un film de vampires (rires). Il se déroulera à la campagne. Le personnage principal sera un adolescent très solitaire. L’atmosphère sera très gothique.
Cela me fait penser à Let the Right One In (Morse) de Tomas Alfredson.
Oh ! L’un de mes films préférés est Fucking Amal de Lukas Moodysson, qui raconte l’histoire de deux adolescentes qui tombent amoureuses en Suède à la fin des années 90. Mon idée est donc de mélanger cela avec une touche de Let the Right One In. Donc, oui, il y aura un peu de cela.
Auriez-vous envie d’ajouter quelque chose ?
J’espère toujours que beaucoup de gens iront voir mon film et seront touchés. L’essentiel était de montrer à quel point c’est amusant de faire de la musique ensemble.
| Remerciements à Anne-Lise Kontz |
*The Smiths There is a light and it never goes out
Take me out tonight
Where there’s music and there’s people
And they’re young and alive
Driving in your car
I never, never want to go home
Because I haven’t got one
Anymore
//////English version:
Enchanted by The Light Never Dies (reviewed here),we wanted to meet its Finnish author, Lauri-Matti Parppei. AIdo musician and visual artist, this non-binary filmmaker also composed the music for their first feature film, which has autobiographical overtones.
This melancholic yet invigorating arthouse film, a veritable ode to alternative music and a joyful manifesto for outcasts, surprises and charms with its delicate and delightful portrayal of atypical characters. Like Lauri-Matti herself, it is at once reserved and eloquent, shy and passionate, with a sincerity that is not without humor.
In the press kit, you talk about the cathartic side of your musical family.’ Was it this feeling that inspired you to make your film?
Yes, for me it was the main reason to do the film. Also, to tell a story from a world I know very well. To share something about a unique and important time in my life.
I didn’t want to make an autobiographical film but I wanted to talk about my experience in an universal way
In some way, chaos would be creative and gather people?
Yeah! Yesterday, at the Parisian premiere, someone asked me about the value of the music. So many things in our modern society have to be sure, evaluated, how do you measure if it’s a good or a bad thing? Being logical, rational. When a group of people come together, they bring their personality, they make some mistakes. The musical piece can be about making mistakes. There is no form in itself It’s an exploration. Later I made much more conventional music. But breaking rules, making some mistakes is what makes it so special.
Why did you call it The Light never dies?
Ah! originally I thought calling it “There is a light and it never goes out *
Of course, it was a reference to The Smiths’ song. We wanted to put in the title already a feeling of hope because the film starts in a very dark place with the breakdown and Pauli’s sad situation. It gives hope about overcoming difficulties and depression.
You are also a member of a post-pop band called Musta Valo (Dark Light in Finnish). Do you still make music?
Yes, I do! Well, past years, I was a lot involved in making the film so I could not. We started making an album this year again. For me, making art is not about one medium in itself. I can do visual things as well. I want to do art in general. I’m not that good in any field. In music, I m not a virtuosos. I just need to create even if I’m bad. That’s the way I express myself
How does your visual art feed your work as a filmmaker?
I used to work as a graphic designer and illustrator. The reason why I got involved onto movies is I did a music video for my own band. And I realized that cinema combines all my interests, from text to poetry, to visuals, music…Everything comes together. I guess I still have a similar approach about making music and making films. Also, the issue is with visual arts and music, you can see the result immediately, since with the directing process, it takes years to make the film done! (rires) I had to learn patience!
Yes and also there is this hierarchy in making films that is totally different from making music, especially when it’s edgy and experimental?
Yes, it s totally different energies. When I started directing I was kind of shocked of this hierarchy process and how the establishment works. I had to avoid making mistakes, had to carry a plan, whatever… When I was young, I was a very enthusiastic musician. I couldn’t care less about hierarchy, establishment. I guess these contradictions are reflected in the film.
The worst part is not that everybody is waiting for you to do your best, but you are the one expecting it as well! The worst thing for creativity is your own expectation of perfection.
Did you also want to break the taboo surrounding depression?
Well, my background comes from this small scene of this town (Rauma, South of Finland). When I started making music, I was a very depressed and lonely person. I didn’t have any friends. Suddenly with making music, I found some friends. We were complete outcasts. There were a lot of mental health issues. It was like a force of nature, to accept being weird. Through this time I went through my worst metal issues was also the time I had the more fun in my life because we had this group of misfit people and we saved each other doing music and being together. So, I wanted to treat depression not in a romanticized way but sincerely. In a way, it’s part of being an artist going through these really dark and deep stages. And also maybe you can find some light and hope after these really dark moments and enjoying them even in a stronger way. You really appreciate getting out of the darkness and the gloom.
Speaking of your musician friends, have they seen your movie and how did they react?
I was pretty nervous about the way they would react. They all saw the movie. It s pretty the same bunch of people making music together.
I stole practically all the things in the movie form my own life or their experiences. It’s not like one to one reconstruction. I was trying to find the same feeling and spirit that we had and to translate it. So I was very happy when they recognized themselves in the film. And Ialso had some people form that scene working on my film, helping me with the technical stuffs and the music. One friend helping us with the suits, was watching a scene and said to the set designer : ”I remember that happening but it wasn’t like that!” (rires)
Indeed, we had a great time making the movie together, but it wasn’t nostalgia.
It was about recreating situations and also reinventing them.
Did you have other films or filmmakers in mind?
My whole life has been a mixture of absolute silliness and absolute dark, so we wanted the film to have a feeling of this craziness. I remember that at one point, we talked about being similar that with a very arty Iranian film The house is black; a completely serious documentary made by an Iranian poet, Forough Farrokhzad. A 21mn short directed in 1963.So, yes, I wanted to have a combination of something very serious and in the same time, fun
Is it important for you to keep elements of documentary in your practice?
I wouldn’t say documentary in itself but I like the film to have some truth in it. For instance, Anna Rosaliina Kauno who embodies Iris, is actually from the town where the story takes place and she speaks the dialect of this part of Finland. Many of them are from the town. It may be documentary in that way. A realist approach we had, people from the real community. Coping with my memories, sharing honestly what I know.
Will the music be important in your next film?
Maybe not as important, but it will be important, indeed. My next film will be sort of a vampires film (laughs). It will be set at the countryside. The main character will be a very lonely teenager. It will be a gothic atmosphere
That makes me think of the Swedish Let the Right One In (Morse) de Tomas Alfredson
Oh! One of my favorite film is Fucking Amal de Lukas Moodysson, about two teenage girls who fall in love in Sweden in the late 90S. So, my idea is what about blending that with a sort of Let the Right One In hint? So, yes, there will some taste of it.
Is there a question you wish I had asked you?
I still hope that many people will see my film and be moved by it. The main thing was to show how fun it is to make music together
*The Smiths There is a light and it never goes out
Take me out tonight
Where there’s music and there’s people
And they’re young and alive
Driving in your car
I never, never want to go home
Because I haven’t got one
Anymore
Copyright photo de couv : Mika Toivanen
© Tous droits réservés. Culturopoing.com est un site intégralement bénévole (Association de loi 1901) et respecte les droits d’auteur, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos visibles sur le site ne sont là qu’à titre illustratif, non dans un but d’exploitation commerciale et ne sont pas la propriété de Culturopoing. Néanmoins, si une photographie avait malgré tout échappé à notre contrôle, elle sera de fait enlevée immédiatement. Nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur – anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe.
Merci de contacter Bruno Piszczorowicz (lebornu@hotmail.com) ou Olivier Rossignot (culturopoingcinema@gmail.com).