En Ecosse, par un mois d’août frisquet, une petite communauté de campagne se presse à l’église pour le mariage de Flora Munro. En ce jour un peu moins ordinaire que les autres, son père, Murdo, décide de remédier à l’étouffement qui le guette. Il quitte les lieux sur le champ et prend la fuite, plantant là épouse indifférente et fille lointaine. S’ensuivra un long périple semé d’embûches où, confronté à l’état sauvage, il tentera de redéfinir les contours de sa vie et de sa personnalité.Le parallèle avec Into The Wild est aisé : la solitude d’un homme en pleine nature, le temps d’une quête. La respiration rythmée au gré du vent et du relief, la pureté d’une apparition de cervidés, les éléments déchaînés, un corps livré à l’issue du sentier et rappelé à lui-même. Dominic Cooper invite le lecteur à participer aux pérégrinations externes et internes de Murdo Munro, littéralement John Doe écorché, par des abords à la fois personnels et universels. Opposant constamment des espaces limités (l’île, l’église, la maison, le bateau, le refuge) à l’infinité du grand air, il pointe du doigt la limite confortable du quotidien et l’endormissement qu’il peut susciter, sans toutefois en piétiner les racines.

L’écriture est belle, l’inspiration vitale et le récit parcouru de symboles ramenant à l’essentiel d’une existence : un toit, un chemin, des barrières. Entre anonymat et consistance, l’hésitation du personnage suscite autant l’identification que le rejet du lecteur, qui vient à y apercevoir le reflet de ses propres doutes. Il est ici question de choix et de liberté mise en perspective par les caprices de la nature et du hasard. Quelques rencontres viennent rythmer l’errance, havres temporaires, mises à l’épreuve ou promesses de réponses, sans jamais interférer avec le cheminement personnel de l’âme. A lire le temps d’une halte, le nez au vent…

“Le bonheur avait toujours été hors de sa portée ; pourtant, Murdo savait qu’il était là. Cette foi était la seule chose intouchable dans l’esprit de Murdo Munro.”

Publié aux Editions Métailié.

A propos de Sarah DESPOISSE

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