A l’occasion des sorties de mars (trois films de David Lean en reprise chez Elephant Films) et avril (deux nouveaux titres dans la collection “My Brittish Comedies” de Tamasa), nous poursuivons nos pérégrinations espiègles dans le cinéma anglais des années 40 et 50, des derniers échos belliqueux jusqu’aux champs de décombres utilisés comme terrain de jeu scénaristique.

Nous y suivrons les vaillants habitants d’une maisonnée anglaise en Technicolor, entre chronique de l’entre-deux guerres et célébration patriotique (“Heureux mortels” de David Lean) ainsi qu’un jeune garçon intrépide en prise avec un aimant maléfique (“The Magnet” de Charles Frend). On trouvera parmi les autres films un ménage à trois spirite (“L’ esprit s’amuse” de David Lean), une nouvelle ample variation sur le thème de l’amour impossible (“Les amants passionnés“, de Lean toujours, qui appelle la comparaison avec “Brève Rencontre”), et l’ultime film de Robert Hamer (“School for Scoundrels” en 1960).

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“The Magnet” de Charles Frend  et  “L’esprit s’amuse” de David Lean

Si tous les films de la période ne sont pas des chefs-d’œuvre (c’est un cinéma divertissant, partagé entre petites comédies, fresques, et aventures fantaisistes), ils ont la vitalité d’une cinématographie qui se réinvente dans l’après-guerre. Ils lorgnent parfois du côté américain (la comédie hollywoodienne) mais en brassant librement les genres pour y infuser une culture anglaise, à la croisée du roman populiste (les pieds dans la verdure ou le charbon des villes) et de l’esprit de franche dérision. Ironie caustique, morale bienveillante, flegme et absurde ; les films sont aussi capricieux de ton que de scénario.

Les comédies des studios Ealing, principalement produites entre 1945 et 1955 (au-delà les studios seront rachetés par la BBC), sont bien emblématiques du cinéma de la période. Ce sont des films légers aux histoires fantasques qui restent ancrés dans la réalité sociale, même s’ils se détachent graduellement du climat de l’après-guerre. Leurs ingrédients sont assez consensuels : on y défend avec humour les microcosmes locaux et leurs viviers d’excentricités contre l’étatisme bureaucratique et la marche d’un progrès carnassier. La représentation est pittoresque, proche de l’image d’Épinal, et le jeu des acteurs plaisamment exagéré. La satire n’épargne personne (institutions, haute société, idiosyncrasies locales) mais reste dépourvue de méchanceté. Les héros, eux, sont volontiers typés : du petit espiègle aux quidams ingénus en passant par de vieux matous aux vices invétérés (celui entre autres du whisky à gogo).

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“Heureux mortels” de David Lean  et  “School for scoundrels” de Robert Hamer

Les premières réalisations de David Lean, filmées plus tôt entre 1943 et 1944, sont un peu à part. Elles se démarquent par une ambition technique et artistique qui est déjà sensible sous des dehors badins (même si “Heureux mortels” narre la vie d’une famille anglaise durant les deux décennies de l’entre-deux guerres). Ces films s’approchent le plus de la comédie (un genre que Lean affectionnera peu par la suite) par leurs tons bien conformes aux matériaux d’origine. “Heureux mortels” et “L’ esprit s’amuse” sont tous deux adaptés de pièces à succès du dramaturge Noël Coward, également producteur des films.

Crédits photographiques : Tamasa et Elephant Films.

à suivre :

“The Magnet” de Charles Frend (1950) et “Schools for Scoundrels” de Robert Hamer (1960)
“Heureux mortels” (1944), “L’esprit s’amuse” (1945) et “Les amants passionnés” (1949) de David Lean

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