Hellfest jour deux. La nuit fut bien trop courte même si ce samedi commence par le soleil, oui le soleil qui brille enfin avec arrogance. La journée sera sans doute plus agréable que la veille, c’est déjà ça. Les préparatifs continuent avec la séance dite des « sandwiches » ; à prononcer comme feu Bernard Blier, ces petits pains au lait remplumés de filets de dinde ou de jambon industriel, le tout dans la besace bien calés par des compotes.
Oui des compotes.
Le métalleux est certes ouvert à bien des attentats sonores mais il aime par-dessus tout se délecter de brutal death metal en buvant sa compote liquide tirée du sac. Du moins certains métalleux, les nôtres.
Les voilà justement à nouveau sur le site, hop. La terre hier grasse et glissante (odorante aussi, on ne dira jamais assez la puanteur dégagée par une terre qui ne peut sécher car à l’ombre) est aujourd’hui plus ou moins ferme. C’est l’heure pour le randoneur kaki, le casual quadra, l’orangé et l’esthète nipponisant de fendre la foule lourde et rugueuse, la bise légère et caressante.

14h20, Death Angel est sur la « Mainstage 2 », grosse attente et immense prestation pour un groupe oh combien attachant au rythme des « Voracious souls » ou le bien nommé « The ultra-violence ». L’après-midi trash est bien lancé avec ce copieux apéritif. D’ailleurs si le trash se plait au soleil des Mainstages le black metal lui se repait de l’obscurité de la « Temple ». L’imagerie classique du black est de mise en effet pour Ascension même si elle copule avec une touche de modernité, un peu comme si nos allemands avaient trouvé l’épice qui réveillerait le plat, concert au final plus qu’agréable.

Parfaite illustration de toute la versatilité de la programmation du Hellfest, au moment où Ascension fait tonner les cloches de l’enfer les libidineux de Steel Panther prennent d’assaut la « Mainstage 1 », faisant enfin rimer Clisson avec Nichon. Du nichon il y en a en effet à un concert de nos maquillés/perruqués/endimanchés de la Panthère d’Acier, lookés comme la voiture volée en 1986 de Brett Michaels de Poison.

Soyons ici rigoureux, il n’est pas question de poitrine, de buste, de sein poire/pomme non non non, il est juste question de nichon. Du nichon tel qu’il est chantonné dans « Supersonic sex machine » par exemple, le titre qui ouvre les fesse-tivités, celui métaphorisé dans « Just like Tiger Woods » encore où le mot Putt n’a jamais été aussi proche de Butt. Du nichon encore comme celui prestement demandé de la scène par nos gourgandins, histoire de vérifier la résolution en mode zoom de l’écran géant séparant les deux scènes principales. Du nichon que bien entendu une poignée de demoiselles s’empresse d’offrir à une foule virile mais (plus ou moins) correcte. Du nichon d’accord mais de la musique aussi ? Et bien oui.

Ce heavy hard glam rock caricatural ne manque ni de charme ni d’efficacité, l’hymne total « Death to all but metal » en premier lieu. Steel Panther c’est peut-être du second degré mais c’est surtout du fun potache. Il n’y avait sans doute pas meilleur choix d’ailleurs que de les faire jouer pile-poile entre Death Angel et Sacred Reich. La bande de Phil Grind justement, massif leader/chanteur, monte sur scène dans la foulée de la sortie de scène en mode zygomars des Steel Panther. Fun et puisance, sourires tout du long et titres forts balancés à la vitesse grand V (« Independent », « Ignorance » et le semi-mid-tempo « Who’s to blame » sans oublier une cover géniale du « War pigs » de Black Sabbath), il ne manque rien à cette petite heure passée en compagnie des californiens qui profitent à plein de leur statut culte (ce « Surf Nicaragua » tenez paf) pour partager et communier avec une bonne vingtaine de milliers de festivaliers.
Un peu plus loin de l’open space trash, c’est du space rock planant (encore un groupe lorgnant sur Pink Floyd et le rock progressif au Hellfest) qui se fait entendre côté « Valley » avec les italiens de Ufomammut. Une musique quasi instrumentale et psychotrope avec des voix samplées, un seul morceau ou presque en continu, Ufomammut c’est un peu un The Orb metal et à leur écoute on se prend à rêver de Godspeed You Black Emperor en tête d’affiche de « The Valley » pour une prochaine édition. Un concert tellement fort que sortir à la lumière du jour à son issue est une épreuve, comme un retour à la surface après une vertigineuse apnée.
Les choses s’accélèrent avec trois concerts savoureux coup sur coup, celui des glorieux anglais d’Uriah Heep (formé il y a quatre décennies vous pensez) et leur répertoire bien costaud même si daté (au sens non péjoratif du terme, et oui) une grosse patate et un plaisir non feint à entendre les « Gipsy » et autres « Easy livin » » au-coeur d’une ambiance festival. Simultanément côté « Temple », les norvégiens de Djerv emmenés par une ravissante chanteuse blonde tentent avec difficulté la greffe du metal gothique (on dira ça comme tel mais sans garantie) avec le black metal. Bien plus efficace à « The Valley » Unsane et son metal groovy à la Rage against the Machine (mais en mode bulldozer par contre et avec Yack (non ce n’est pas une coquille, c’est une subtilité) de la Roche au micro). Un concert agréable qui s’arrête avec frustration sur un titre bien noisy comme il faut à base de larsens et autres distorsions qui évoquaient bien plus des prémisses qu’une fin.
Emotion, grand frisson, Exodus, attention avec Exodus éclatez vous. Prenant la suite d’Uriah Heep sur les scènes principales, les californiens énervés montent sur scène avec la forme des grands soirs. Que dire après ce set mordant des Pete Best du big four du thrash, l’affaire n’est pas facile tant l’essoreuse a marché à plein. Commencant avec le sinueux « The last act of defiance » et enquillant de suite l’ultra speed « Piranha », la presque heure passe très (trop) vite avec comme sommet un « Lesson in violence » plus que jamais gravé dans le panthéon trash mais aussi le dynamique « The toxic waltz ». Exodus est peut etre en train de gagner via ces festivals européens écumés doctement année après année le statut qu’ils n’ont cessé de poursuivre dans leur carrière, ce foutu timing qui leur fit prendre du retard sur les Metallica et Slayer à l’époque. Ce n’est que justice.
Bien plus pépère et tentant d’apporter la touche fusion qui manquait cruellement cette année au Hellfest, les revenants de Dog Eat Dog eurent du mal de leur côté à faire décoller leur set, la faute peut-être à de trop longs discours entre chaque titre, un moment curieusement bien sage au final. Après les compotes à boire le yaourt à boire. Les américains de Yob préferent sans doute boire autre chose que du yaourt, le fait est que leur set fut un des très bons moments de la journée. Groupe inconnu jusqu’à ce jour le chanteur nous met de suite dans le bain en nous disant qu’avec l’heure impartie à leur concert ils vont pouvoir jouer quatre morceaux (les petits canailloux en joueront finalement cinq même si le dernier était beaucoup plus court). Les deux premiers titres en mode enlevé et puis les deux autres plus que superbes, un doom crépusculaire d’une force implacable. Conquis.
C’est dire si le choc est rude à enchainer de suite avec les allemands de Edguy sur la « Main stage 1 », eux qui commencent leur concert par la sacro-sainte « Marche des gendarmes » (oui oui, De Funès et tout et tout) en mode metal. Valeur sure du monde du heavy metal (sans jamais avoir passé les barrières du grand public si ce n’est chez eux en Allemagne), Edguy balance son metal rapide et quelquefois symphonique avec entrain pour un set fun et carré, efficace, à l’allemande dira-t-on. Carré et efficace sont des adjectifs qui vont également avec In Extremo même si le genre diffère pour le moins avec ici un folk metal musicalement ambitieux. Un grand moment du festival même si le côté un peu décalé de la mise en scène (il fallait oser la chorégraphie de cornemuses) peut laisser perplexe, la foule en tous les cas amassée en nombre dans « The Temple » adhère sans retenu à ce set euphorisant.
Au même moment Within Temptation envoute une large part du public des Mainstages avec son metal hyper mélodique en mode épique et gothique, la ravissante Sharon à sa tête.Le jour se couche enfin sur Clisson, l’heure de la tisane Saint Vitus (oui le groupe ne laisse pas indifférent et a fort heureusement son lot de fans, aucun chez Culturopoing par contre zou) ou bien du shot de napalm,  Napalm Death en effet délivre une excellent performance malgré un problème technique qui a coupé leur élan. Pure énergie, la musique du combo anglais n’en reste pas moins très politisé et Barney ne manque pas d’aller avant chaque chanson de son petit laïus présentant le thème et l’inspiration de celles-ci. On quitte « The Altar » à l’issue du set avec les formules « Discover things by yourself » ou encore « Think freely » en tête.
22h et quelques, l’heure de la messe. C’est la lente et superbe intro de « I am hell » qui ouvre le concert de Machine Head et une fois de plus leur trash metal pétri de groove et joué avec une conviction communicative emporte tout sur son passage avec un son très lourd, très puissant mais qui sait laisser place au silence. Le public est certes conquis d’avance mais il se délecte  de cette machine infernale qu’est devenue depuis sa « résurrection » créative de The Blackening et les centaines de concerts joués depuis une figure majeure du metal. Rien à faire également, « Davidian » qui conclut comme il se doit le concert est peut-être le titre le plus fort de toute l’histoire du metal post-Nirvana. Rien que ça.
Chaque festivalier de ce samedi avait sans doute une seule question en tête en arrivant sur l’aire terreuse du Hellfest. A quelle heure les Guns N’Roses vont-ils commencer à jouer ? La surprise est ainsi grande de voir le groupe débouler en temps et heure, en chair et en os, en voix aussi enfin pas mal. Le concert commence en mode bancal avec le titre éponyme du dernier album avant qu’une triplette de choix (les diminutifs suffisent, Jungle, Easy, Brownstone) ne fasse son grand et bel effet. Les deux heures (et oui) restantes oscillent entre (nombreux) extraits du petit dernier, solo d’à peu près tout le monde (enfin les deux gratteux et le gros Dizzy aux claviers tout du moins), reprises (outre « Knockin’ on heaven’s door » et « Live and let die » on a également droit à Pink Floyd et Elton John pour un savoureux « Axl et son piano » sans compter l’extrait de « My way » Sinatraesque dans le final) et pièces de choix (« Estranged » et « Civil war » et paf presque vingt minutes déjà). Il y a des tubes aussi, du moins en plus de deux déjà cités, « Nightrain », « Paradise city », « Don’t cry », « You could be mine » et bien sur « Sweet child O’mine » et si les nouveaux morceaux n’entretiennent certes plus la légende Guns mais simplement l’Axl Rose boogie band (et c’est déjà bien même si peu en phase côté patate avec l’ancien répertoire et surtout avec le cadre d’un festival comme le Hellfest) le moment reste plaisant tant Ax Rose et la musique des Guns ont marqué l’histoire du genre metal et quelque part ainsi la nôtre.
La fatigue hélas assaille alors les festivaliers repus de godet de bière de 25 cl et de fraises haribo, tant pis donc pour Behemoth qui a sans nul doute mis le feu sous le « Temple » aux dernières minutes de ce second jour d’un bien beau Hellfest.
Le retour se fera aux douces mélopées de Prefab Sprout et ces paroles qui sentent tant le metal en général que le Hellfest et l’essentiel de ses festivaliers en particulier, l’occasion de tirer le voile sur la nuit et d’attendre, avec excitation, ce dimanche qui s’annonce :
All my lazy teenage boasts are now high precision ghosts
And they’re coming round the Hellfest to haunt me.
When she looks at me and laughs I remind her of the facts
I’m the king of rock’n roll completely
Up from suede shoes to my Axl Rose

Quelques vidéos de quelques concerts de ce jour :

 

 

A propos de Bruno Piszorowicz

A propos de Alexis Hunot

A propos de Benoit Platton

Laisser un commentaire