Commençons ce bavardage autour de l’édition 2012 du Hellfest avec quelques faits bruts : Trois pleines journées de concerts de 10h30 du matin (soit l’heure où les grands fauves métalleux vont boire pour la première fois) jusqu’à 2h, heure de fermeture des portes[1] (soit l’heure où les grands fauves métalleux boivent toujours), un nouveau site conçu pour proposer des espaces propices au calme et à la détente, plus grand mais aussi plus aéré, six scènes contre quatre auparavant, plus de 110.000 personnes au final (contre 80.000 l’an dernier, record déjà historique) soit une moyenne quotidienne de 36.000 (10.000 de plus que l’an passé donc).
Une évolution forcée (l’ancien site étant dévolu à la construction d’un lycée) et un pari finalement réussi d’autant plus que l’agrandissement du site s’est essentiellement concentrée sur les marges, les deux scènes supplémentaires étant dévolues en presque majorité l’une au stoner/doom et l’autre au punk/harcore. Si certains craignaient en effet un festival tournant encore plus le dos à sa veine fondatrice (le festival des musiques extrêmes) ils auront ainsi été rassurés. Qui dit nouveau site dit bien évidemment nouvelle feuille blanche tant côté des organisateurs que du festivalier et il va de soi que cette édition ne fut pas sans anicroches logistiques qui seront sans nulle doute corrigées dés l’année prochaine.
En attendant c’est sous un ciel propice à la paranoïa humide que l’équipe Culturopoing arrive non sans mal sur l’enceinte du festival après un passage chaotique en plein milieu du camping officiellement pour « faire le tour de l’ensemble des espaces dévolus à ce Hellfest », officieusement parce qu’il fallait prendre le petit chemin et non la grand Route sitôt sur le premier rond-point. Ca sera toujours l’occasion de voir une (sans doute) anglaise en train de finir sa nuit la tente grande ouverte et topless. Je dis ça je dis rien.

Composée d’un gars préposé aux Mainstages 1 et 2, un second au brutal/death/pagan/black metal, un autre à la tente-du-fond stoner/doom et enfin un quatrième dans le rôle du petit-candide, cette équipe Culturoponig entendait couvrir de long en large ces trois longues journées histoire de ne rien louper, surtout rien louper. Ce sera peine perdue puisque tous les concerts du matin déjà auront été passés à l’as pour la première journée, il faut dire que l’amplitude horaire proposée faisait peur. Le site ? Superbe espace VIP, terrain plus dégagé devant les mainstages, superbe double tente death/black, deux chapiteaux en plus de l’Extreme-market (sorte de marché aux puces où une centaine de gars vendent au même prix le même tee-shirt noir), classe.

Nous perdons déjà notre death-brutalleux parti au pas de course rejoindre la double-tente pour se gargariser des volutes du pagan/black celtique (nos amis sont bretons) de Bellenos. Volutes certes ardues à jeun ou presque mais tout de même goûtées pour ce qui n’est finalement qu’une mise en bouche[2] sur fond de fumigènes et de crâne de cerf posé sur scène .

Pour les autres ledit festival commence par un échauffement. Le premier exercice est de se conforter aux choses « familières », des guitares surpuissantes, une batterie bien lourde, une voix qui déblatère avec rage, ceux de Extinction of Mankind par exemple, le combo anglais qui fait tonner l’apéro (il est pile midi) du côté de la scène sobrement baptisé « The Warzone ». Pareil mouvement avec le groupe Thou dans la foulée et cette fois du côté de « The Valley », groupe américain avec qui on gagne en dynamique ce qu’on perd en lourdeur même si le tempo se fait toujours caverneux et agité. Sous la tente des maquillés ténébreux c’est Benediction, solide et expérimentée formation death metal qui dégorge les bronches avec un son old school et violent comme il faut, une sorte de réveil-matin avec deux marteau-piqueurs comme aiguilles.
Départ au taquet ou presque même si le Hellfest monte ensuite en puissance avec d’un côté Lizzy Borden, de l’autre le rock stoner de The Atomic Bitchwax et au milieu le dark metal expérimental de Solstafir. Les premiers nommés tout d’abord qui foulent pour la première fois une scène française presque trente ans avec leurs premiers (v)agissements macabro-métallliques dans les clubs de Los Angeles. Au programme neuf titres auxquels s’ajoutent un solo de basse puis un autre de guitare dans lequel « La Marseillaise » est reprise, gimmick éculé mais curieusement sympathique. Lizzy développe sans surprise (il ne manquerait plus que ça) son show théatral sympathiquement cheap avec un costume/masque par chanson, 2/3 effets attendus (et hop la fausse hache, et hop la tartine de faux sang sur le premier rang) mais surtout avec quelques titres excellents comme « Tomorrow never comes », « Me against the world », « There will be blood tonight » ou encore « Something’s crawling » pour conclure une quarantaine de minutes bien trop courtes. Une pensée pour ceux et celles qui auront eu droit au litre de faux-sang sur la tronche, on en croisait encore pareillement grimmées aux dernières heures du jour.
Ambiance tout à fait différente côté Valley avec The Atomic Bitchwax, une musique dont les mélodies éclatent dans tous les sens, un métal lorgnant sur l’héritage Led Zep avec des effluves de Pink Floyd, au final un excellent rock metal psyché blues tendance explosif qui réveille pour de bon et sonne  la charge pour le reste de la journée. Semblable atmosphère inspirée sous le chapiteau de «The Temple» avec Solstafir et ses atmosphères, ses mélodies, son chant planants. Une musique très originale, une qualité dans un monde, métal ou pas, formaté. Il se passe alors quelque chose sous cette tente, le public est conquis voire même par moment attendri.

On connait l’adage du film Le Poulpe : « Pour l’attendrir, il faut lui taper dessus ». Taper sur le métalleux, c’est précisément ce que les vétérans de Discharge se proposent de faire avec un punk brutal et viril pour cinquante minutes éreintantes. Plus tôt dans l’après-midi et après quelques moments de détente sur une aire gazonnée et privative, on retrouvait gaillard les deux scènes centrales pour se délecter des Molly Hatchet, fier second des légendes du rock sudiste, avec un set agréable entre classic rock confédéré et hard rock basique typique des 70’s, une bonne patate surtout pour nos papys brinquebolants et un vrai succès au final. Bon moment. Unisonic suit sur la même scène après un set carré mais oubliable de The Bronx. Unisonic c’est un fantasme longtemps rêvé mais un fantasme qui remonte à loin, l’union de Kai Hansen et Michael Kiske soit les deux démissionnaires du fringant Helloween première époque, le groupe qui en compagnie des Pretty Maids faisait figure à la toute fin des années 80 de plus solide espoir de la scène métal européenne. Les revoir ici avec un combo 100% heavy mélodique promettait sur le papier (Hansen continue certes dans cette veine avec Gamma Ray mais Kiske ne ménagea pas sa peine des années durant pour tourner le dos à son passé heavy) mais déçoit un peu au final, un peu comme si la Kim Bassinger des années Mitterrand était montée sur scène sur les coups de 16h35 pour nous refaire son strip de 9 ½ weeks malgré le poids des ans et le choc des photos récentes. Mouais.

Au même moment, l’atmosphère « pantalon blanc/noir et jambes arquée sur bedaine » faisait place côté Temple à une douceur éthérée et à une des grandes performances du Hellfest, les suisses de Darkspace. La double tente Altar/Temple est alors come un écrin, une nappe sonore enveloppant la dense masse d’auditeurs. La musique ne s’embarrasse pas de fioritures (une gageure pour un style souvent fort en décorum), nous sommes bien loin en tous les cas côté black metal de cette idée d’une créature démoniaque sortie tout droit des vignes voisines et qui viendrait nous vriller un clou rouillé dans l’oreille tout en nous hurlant aux oreilles des insanités concernant notre mère. Le malsain est toujours là mais se fait lancinant, haletant, prenant, puissant. Dommage en passant que la lente intro du concert ait été presque gâchée par quelques gesticulations sonores des meurtriers de masse Brujeria qui se mettait en place non loin.
Car si cette première journée commençait façon Mogwai la voilà maintenant et soudainement Gremlins sur les coups de 17h30 avec trois sets simultanés mêlant agression, puissance et virile belligérance : Heaven shall burn, Brujeria et Orange Goblin. Les bucherons teutons de Heaven Shall Burn représente l’exacte illustration de l’agression pure, d’une musique compacte et impressionante à un chanteur qui parvient à foutre vraiment les chocottes à hurler comme ça, un set de pure folie pour qui aime le niveau 11 des amplis, une énergie brute qui comble le public venu en masse se prendre des pétards en pleines oreilles. Les chicanos de Brujeira ensuite pour une séance de punching-ball sur parpaings et un set relaxant (si si) à défaut d’être original ou singulier dans ce genre d’ultra-violence sur-représentée ce premier jour. Le groove pschédélico-heavy des Goblin oranges enfin, capable de bien plus de subtilités que cette pure énergie montée sur riff présentée pendant quarante-cinq minutes sous la Valley. Bonne ambiance toutefois.
L’heure du pain au lait et de la barre céréalière (ou le sandwich saucisse/haricot au choix) nous prend entre Gotthard (et leur nouveau chanteur, un bon moment de solide hard rock mélodique) et Turbonegro (excellente impression d’un rock’n’punk potache et étincelant), notre ascète décide lui de s’en aller planer avec les Colour Haze. Bien lui en prend puisque le combo allemand porte haut le double héritage Led Zep/Floyd décidément très en vogue. Subtil et grand concert à vrai dire et un voyage temporel vers les seventies, entre heavy metal bien lourd et blues rock originel, grand.
La fièvre monte du côté de la scène principale où les glorieux Lynyrd Skynyrd arrivent sur scène sous une énorme ovation. De la guitare, du piano, deux choristes on va dire expérimentées, la formation est au complet pour une grosse heure de rock qu’on appelle classique. « Workin’ for RCA » (en entrée), « Simple man », « Gimme back my bullets », « Saturday night special » et puis pour terminer “Sweet home Alabama” et bien entendu un “Free bird” oh combien attendu, il ne manquait rien pas même une attitude too much et typiquement américaine (déjà vue plus tôt dans une veine plus visuelle chez les Lizzy Borden), une sorte de distance/posture finalement anecdotique, comme une seconde nature dira-t-on.
Alors qu’il ne se trouvera aucun de nos gars à aller expérimenter le brutal death de Cannibal Corpse, le set de Hank 3 attire quand à lui deux de nos ouailles, le premier s’en ira passés six morceaux de country rapide (oui oui country, ce n’est pas là le petit fils du grand Hank Williams pour rien), le second ira au bout de deux heures (très long concert) coupé pile-poil en deux entre country et hardcore, sans que l’un et l’autre de ces genres aient ici un élément particulièrement remarquable. Passons.
Bien moins anecdotiques ces prestations simultanées à Hank 3 de Satyricon d’un côté et des Dropkick Murphys de l’autre. Les premiers proposent un excellent concert avec un son qui l’est tout autant, précieux allié quand il est question de black metal épatant, inspiré et efficace où l’énergie vire quelquefois à l’expérience mystique. Les seconds font flotter sur une des Mainstage2 les couleurs des Celtics de Boston avec un punk rock irlando-américain hyper efficace et qui sait éviter un petit côté folklorique malgré l’apport de flûte, banjo ou encore violon. Concert plus que festif et un public réceptif oh combien.


Obituary
prend la suite de Cannibal Corpse pour une dose de death old school des parrains du genre, les musiciens ont tous pris vingt ans et autant de kilos mais rien à faire, la voix gutturale (le mot semble avoir été inventé pour lui) de John Tardy procure toujours un délicieux frisson de peur. Tête d’affiche de cette première journée sur la Mainstage1, Dave Mustaine et son Megadeth donner un concert qui a toute l’apparence d’une consécration, 90 minutes au compteur pour une setlist gavé de « hits », foule chaleureuse, émotion palpable de Mustaine au moment des rappels. On trouve toutefois pas mal de spectateurs à s’ennuyer ferme devant cet interminable concert , ceux sans doute allergiques au groupe. On dira pour conclure que ceux qui aimaient le groupe ont apprécié le concert, sans en faire un sommet, et que ceux pour qui Megadeth n’inspire que peu de chose auront trouvé le concert pénible. Chacun bien dans son camp quoi. Il est vrai qu’un son plus que moyen et une pluie drue (la voix fatiguée de Mustaine aussi peut-être ?) n’aident pas à l’écoute attentive et raisonnée, d’autant qu’il se fait tard.

Tête d’affiche de la « Temple », les vikings d’Amon Amarth comblent une foule dense et réceptive avec leurs hymnes métal épico-mélodiques où la voix de l’imposant Johan Hegg (un croisement parfait entre un bucheron canadien et un Grizzly du même pays) vrille le plus robuste des estomacs. Un déluge de pyrotechnies vient s’ajouter aux compos pour délivrer une excellente prestation certes attendue, nos amis suédois étant toujours au taquet sur scène.

Attraction finale de cette première journée, concert événement puisque le second et dernier du bonhomme pour tout l’été après celui du Sweden Rock la semaine précédente, le danois King Diamond propose ensuite une petite heure pluvieuse de heavy metal à l’ancienne, mâtiné de théâtralité (un décor imposant singeant une vieille demeure ghotico-cafardeuse, une immense grille posée devant la scène). Vraie émotion pour les uns, ceux qui ont grandi dans le culte de Mercyful Fate puis les disques solos de leur chanteur, souffrance pour les autres, ceux qui grimacent lorsque le roi Diamant chantonne de sa voix si caractéristique, ceux qui froncent le sourcil devant un décorum Spinal Tapesque, le concert fut à l’image de cette journée, clivée dans les goûts et les appréciations positives/négatives de chacun et délicate par un temps plus que rude.

Concert préféré du jour pour notre petit candide Rémi “Gary Moore” Scribe : Hank 3, “comme quoi il est possible de détester la country et d’aimer Hank 3”.
Concert faisandé du jour pour notre même candide : Molly Hatchet, “bourrin et rien d’exceptionnel”


[1] Cruelle infortune d’être entré au Hellfest du mauvais côté de la barrière puisque pour les amis/invités/presse/Vip c’est jusque 3h du matin qu’il était proposé de rester sur le site à deviser plus ou moins lucidement autour des résultats de l’Euro ou bien des mérites de la tentative de greffe du Deathcore sur la mainstage 2.

[2] Une sorte d’enchouquettes si vous voulez, du nom de ce mélange de chouquettes et d’encornet

Quelques vidéos de cette première journée du Hellfest 2012 :

A propos de Bruno Piszorowicz

A propos de Alexis Hunot

A propos de Benoit Platton

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