Paris Cinéma 2014 (4) – "Au Revoir l’été" et "Mange tes Morts"

Petite échappée avec “Au Revoir l’été (Hotori No Sakuko)” du japonais Koji FUKADA (jeudi 10 juillet) et remise sous tension, avec le road-movie énervé de Jean-Charles Hue “Mange tes Morts” (vendredi 11 juillet), présenté cette fois-ci, dans le cadre de la programmation “French Touch”.

Au Revoir l’été (Hotori No Sakuko)” de Koji Fukada, s’inscrit d’emblée dans un cadre référentiel dont il n’est pas aisé de se défaire : le conte estival rohmérien, avec ses balades en bord de plage et ses intrigues amoureuses ; et le carnet de note “à la Hong Sang-soo”, avec ses cartons manuscrits sur un carnet d’écolier à petits carreaux. La difficulté première, qui persistera durant une bonne partie du film, sera de situer, au-delà des hommages avoués, où se place le cinéaste ; et quel traitement personnel il apporte à ce “genre”, entre chronique saisonnière, marivaudage, et petite comédie de mœurs. La spécificité de Fukada apparaît par défaut, dans sa volonté de suspendre les fils narratifs, qu’il se garde de résoudre ou de marquer trop nettement, et de construire la mosaïque, quasi-déceptive d’un grand étalement estival au rythme relâché et indécis. L’autre trait propre, est de jouer sur une bonhommie, voire une espièglerie enfantine, qui circule indifféremment des pré-adolescents, Sakuko et Takashi, à leurs tantes et oncles respectifs Mikie et Ukichi, deux anciens amants, qui n’en sont que des déclinaisons adultes à peine plus matures. Fukada cultive, avec plus ou moins de grâce, de naturel, une nonchalance de ton et de récit ; surtout quand il intègre des saynètes plus dissonantes en contrepoint, telles les évocations désamorcées par petites notations semi-comiques, du désastre nucléaire de Fukushima, de rackets collégiens, ou des petites perversités d’un Love Hotel balnéaire.

Le film a un charme indéniable, y compris dans son absence volontaire de saillies, mais reste encore sous la tutelle de ses influences, erratique dans l’ensemble, et d’une égalité un peu monotone. Il se conclue toutefois sur une très belle idée de raccord : Mikie, reconduite en voiture à la gare, glisse dans son livre une photo-souvenir, le ferme, et se retrouve l’image suivante dans le train, l’air changée, le chapitre estival inexorablement clos.

Remarqué à juste titre, Mange tes Mortsde Jean-Charles Hue, ne laisse pas indifférent et s’inscrit dans les codes du film de genre (film noir et road-movie), tout en tirant partie de l’énergie brute (ou abrupte) de ses comédiens non professionnels : des membres de la communauté Yéniche, des “gens du voyage” installés près de Beauvais. La trame pourrait être celle d’un film de Jean-Pierre Melville : après 15 ans de prison, l’aîné des Dorkel, Fred, revient au campement familial mais il y trouve une communauté rangée, convertie au christianisme, qui voit d’un mauvais œil les pratiques de l’ancien temps : la “tchorave” (le vol) comme mode de survie et ce qui s’ensuit, la course avec les “chmidts” (les flics). Fred est le vestige de l’ancienne mythologie gitane et de sa fatalité jusqu’au-boutiste ; c’est un hors-la-loi “has-been” qui n’est pas dépourvu, malgré sa violence, de grandeur d’âme. Le soir de son retour, Fred part avec Mikaël, son frère, pour se “refaire”. Son jeune demi-frère Jason, et un cousin, Moïse, s’invitent de force dans la virée. Mais le monde extérieur a changé, et Fred, désorienté, sent que son temps est passé…
Le film, une longue dérive nocturne, est parsemé de “runs” automobiles et de courses-poursuites policières. Entre ces pointes de vitesse, c’est le destin de Jason qui se joue, le jeune demi-frère de 18 ans ; il devra décider s’il s’inscrit dans le mode de vie violent de ses ainés, ou s’il opte pour une bonne vie plus installée, “consacrée” par la cérémonie du baptême à laquelle il doit se prêter le lendemain. C’est donc, une étape initiatique pour Jason, qu’il devra franchir au risque de se consumer. Le seul regret que l’on pourrait formuler à l’égard du film, c’est cette mise en balance appuyée des idées de rédemption et de sacrifice, que la conclusion rend trop démonstrative. La nature de la relation entre les deux frères était suffisamment claire, et n’appelait pas nécessairement la surenchère symbolique des images finales.
sortie prévue le 17 septembre 2014 (Capprici)

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A propos de William LURSON

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