Chéries Chéris 2019, c’est fini…

Cette année pour son vingt cinquième anniversaire, Chéries Chéris a plus que jamais montré son absolue nécessité à être tout court. La créativité, l’audace, le courage, la lutte, la mémoire, la survie même, l’ont habité de part en part. Chéries Chéris est d’abord un festival politique, comment pourrait-il en être autrement. Cette année fut particulièrement violentes dans beaucoup de pays pour les minorités dont c’est le festival. Essayer d’imaginer les LGTBQI +++ au Brésil est presque impossible.

Chéries Chéris aura permis de voir l’ineffable, l’horreur qui s’abat sur certaines communautés, mais aussi l’espoir. La sélection leur aura laissé une large place, ainsi qu’au cinéma latino américain, brésilien, chilien, argentin, etc. un sous continent qui s’embrase au propre comme au figuré. Merci, que dire d’autre à Chéries Chéris ? Avec cent quarante films sélectionnés, et plus de quinze mille spectateurs, le festival joue désormais dans la cours des grands, de Berlin à Londres. Un festival, c’est aussi fragile économiquement. Tout semble aller pour 2020 mais Chéries Chéris reste vigilant sur ses partenariats et le soutien de son public.

Le Palmarès, c’est bien ce qu’attendent les festivali.ère.er.s non !? Et bien à Chéries Chéris, c’est différent. Très peu de prix sont attribués, huit en tout. Tout le monde accepte cette idée presque symbolique d’un palmarès alors que le festival renferme tellement de promesses, de prix. Pas le temps ni l’envie, d’être déçu.e ou trop enthousiaste, et ça ne dure pas une plombe !

Brooklyn Secret d’Isabel Sandoval, film philippin se passant à Brooklyn, obtient le grand prix longs métrages. Une réussite, un film exceptionnel de bout en bout. Il est aussi le résultat d’une prouesse inouïe, qui ne se voit pas. Isabel Sandoval est d’abord l’autrice (auteure ? bof. Choisir) du scénario et sa comédienne principale. De là à réduire le film à un égo trip, une autobiographie, etc. serait une (grave) erreur. L’histoire racontée est vraie cinématographiquement parlant. La mise en scène éblouissante parce que discrète nous embarque immédiatement. Cela ne s’arrêtera pas. Olivia, sa transition achevée, s’occupe d’une vieille dame au cerveau dégénérescent. Son attention est sans faiblesse, sans lacune, attentive. Une humanité exceptionnelle se dégage de ce personnage ; sa patience, son empathie, son intelligence pour s’occuper d’Olga, la vieille dame, la rendent indispensable auprès d’elle. Dans l’Amérique de Trump, plus que jamais, obtenir sa green card est quasi impossible. À moins d’avoir de cinq à dix mille dollars pour s’acheter un faux mariage. Il est hors de question pour Olivia de rentrer aux Philippines où elle nourrit sa mère et sans doute tant d’autres personnes autour. Brooklyn Secret est aussi une histoire d’amour, unique, passionnée, qui se heurte aux préjugés, à la situation fragile d’Olivia. Une histoire qui questionne même le sentiment amoureux « à l’occidental ». Peut-il exister dans un monde aussi individualiste et autodestructeur ? Une fin ouverte offre au spectateur.trice la possibilité d’imaginer quasiment tout ce qu’elle, ou il, veut, troublant , dérangeant pour Certain.e.s ! Les mots pour exprimer sa propre (quête de) liberté sont pourtant intimes et universels à la fois. À vous de voir. Sortie le 18 mars 2020.

Prix du Jury Longs métrages, Fin de siècle de Lucio Castro. Le film sortira en salles à l’été 2020. Primé au festival LGTB de San Francisco, Fin De Siglo est un film argentin. Une histoire d’amour…

Prix d’interprétation Longs métrages, Gaston Re dans Le Colocataire – The Blond One – de Marco Berger. Gaston Re est un comédien doué, capable d’un jeu retenu, fin, expressif, naturel. Filmographie déjà importante. Ancien mannequin, tu m’étonnes ! D’une rare beauté, ça c’est dit. Le film sortira en salles le 22 avril 2020.

Le grand Prix Longs métrages documentaire va comme un poing levé à Indianara de Aude Chevalier-Beaumel et Maercelo Barbosa. Erratum par rapport au précédent communiqué, Le film sort en salles ce mercredi 27 novembre 2019. Souhaitons lui une longue et belle vie de cinéma. Sortie ce mercredi 27 Novembre donc.

Prix du Jury Longs métrages documentaire, Toutes les vies de Kojin de Diako Yazdani. Un film coup de poing dans la tronche, assis.e.s dans nos fauteuils confortables.

Un jeune homme risque sa vie en osant parler de sa vie d’homo, devant une caméra en plus. Où ? Au Kurdistan, là où l’homosexualité n’existe pas. Le film sortira en salles le 12 février 2020.

Grand Prix Courts métrages, Les Derniers Paradis de Sido Lansari.

Prix du Jury Courts métrages, Piss off de Henry Backer et Athleticpisspig. Un sujet encore transgressif, inimaginable, l’urophilie ? Depuis que Madonna a avouer… Euh pardon, je m’égare ! Sérieux, il ne faut pas oublier que cette pratique paraphile, pour faire savant, aux variations multiples, était il y a encore peu de temps classée parmi les troubles mentaux. Bon, pour faire court, cette pratique comme tant d’autres, possède un « mode d’emploi », des règles, notamment pour se protéger des IST et du VIH. Après, chacune/chacun (consentant.e.s) fait ce qu’elle/il lui plaît. Tiens un slogan ! « non négocié, c’est pas le pied ».

Mentions spéciales Courts métrages, Mother’s film belge d’Hippolyte Leibovici. Plusieurs films de la sélection ont rendu une sorte d’hommage, à nos mères à tou.te.s. que nous sommes, les drag-queens. Indissociables du monde LGTBQI, elles en assurent une espèce de cohésion, à la fois artificielle et sincère. Elles continuent de « morfler », entre harcèlement, viols pour le meilleur, viols encore, tortures et assassinats pour le pire. Plus que jamais nécessaires, où il est devenu difficile voire impossible de faire communauté, de lutter, se défendre, de vivre tout simplement, elles incarnent ce qui (nous) dépasse, l’altérité.
et Three Centimetres, film libanais de Lara Zeidan.

Voici pour le palmarès 2019. Rien à voir avec un annuaire concernant les catégories, Il est possible de respirer. Même si les films primés sont méritants, géniaux pour la plupart, ils participent d’une même volonté du festival de rendre visibles tant de films, primés ou pas.

El Principe de Sébastien Munoz, fiction venue du Chili, en compétition, est un film de prison (un genre, non ?) hallucinant. Déjà récompensé au Queer Lion à Venise. L’histoire adaptée d’un roman du même nom, nous fait entrer dans une prison chilienne des 70’s. Où un jeune délinquant, Jaime, nouveau prisonnier pour avoir tué son amant, se retrouve sous la protection d’un caïd de la prison El Potro. La mise en scène de cet enfermement dans une prison délabrée, en surchauffe permanente est prodigieuse. Le rythme comme essoufflé, le manque d’espace, la surpopulation, tout étouffe. Les rapports entre détenus sont nourris de violence, de vengeance et de clans qui se cherchent, comme dans une sorte de meute. Ce qui fascine, c’est la véritable histoire d’amour qui se noue entre le jeune homme et « son homme » dominant, protecteur. Le film subjugue de raconter une histoire tendre, d’amour entre deux hommes, et acceptée comme telle par tous, dans cet univers complétement hétéronormé ! Et d’autres histoires similaires sont là en arrière plan, dans d’autres clans. Ses véritables couples sont reconnaissables entre mille puisqu’ils ressemblent aux couples hétéros. Fidélité, lessive, câlins, attention, jalousie, etc. Tout est joué à la mode hétéro. Surprenant et captivant, pas seulement pour ces raisons. Une sale histoire de prison anyway ! En salle depuis le 23 Novembre.

Un grand plaisir de cinéma anglosaxons nous fût donné avec Wilds Nights with Emily, programmé dans la section panorama. Film sorti en 2018, le 1er Janvier apparemment , Wilds Nights… est une comédie lesbienne vraiment drôle, dans une Amérique victorienne sans Victoria, moralement amnésiée par la religion (famille +, sexe -), la famille (sexe -, religion +), le sexe (- religion, – famille). Irrésistibles Molly Shannon et Susan Ziegler dans les rôles d’Emily D. et de Susan, sa belle sœur de convenance ; en réalité un amour partagé une vie entière, celle de la poétesse et de sa seule muse. Inspirée non par les courants d’air, les nuages, l’hystérie, etc. comme le disaient les poètes, propriétaires de journaux et autres penseurs, souvent cacochymes, parmi ses contemporains. Parodiques mais point trop…, les hommes sont ridicules à souhait, victimes de leur préjugés patriarcaux, de leur bêtise. Nuisibles à souhait pour les femmes ayant du talent ou des velléités de s’émanciper. Douze poèmes publiés de son vivant seulement ! Époque cauchemardesque pour les femmes. Penser, essayer plutôt d’imaginer cette mode des crinolines, véritables mise en cage du bas du corps féminin, de la taille étranglée jusqu’au pied. Si plusieurs d’entre nous se sont demandé.e.s un jour comment faisait Heathcliff pour atteindre Cathy pour l’embrasser (bref les perver.se.s ), entre Emily et Susan, c’est deux crinolines qui se téléscopent et pas de mal de jupons à gérer pour pouvoir se culbuter. L’époque est propice à une bourgeoisie idiote, mysogine, cul bénis, ô combien hypocrite ! Emily Dickinson sort de la naphtaline dans un univers parodique et caricatural, bien loin de sa vie ou de ce que les spécialistes en savent plus ou moins, pour nous enchanter. par son audace, sa capacité à être libre, coûte que coûte, et fidèle à ses choix. Une artiste totale car mue par une seule et grande passion. Celle de son amour pour Susan.

Terminer le festival avec le film Deux de Fillippo Meneghetti fut réjouissant à plus d’un titre. Retrouver Barbara Sukowa, un mythe « fassbinderien », à la carrière extraordinaire entre théâtre d’auteur et cinéma underground et d’auteur ; lui associer Martine Chevallier du Français s’il vous plait, actrice immense plus souvent sur les planches que devant une caméra, à part pour des apparitions dans des séries télé. Et couronner ce casting de Léa Drucker, toujours plus juste, plus généreuse dans son Art, géniale, donne un film épatant. Un drame alléger par la fantaisie et l’amour que se donnent en cachette Nina et Madeleine, habitantes sur le même pallier depuis vingt ans. Au fond de ce film, un thème sérieux, peu envisagé dans nos sociétés modernes. Vieillir ensemble quand on est un couple gay, lesbien ou autre différent, est une question contemporaine importante peu posée. Comment rester en couple jusqu’au bout, sans souffrir des préjugés, des phobies de la norme et vieillir en paix ? L’Europe avance doucement (un euphémisme) avec ce fait de société, nouveau mais inévitable et prévisible. Un vieux rêve oublié de votre auteur, avoir sérieusement pensé à ouvrir une maison d’accueil pour ces couples. Un étonnement, comment se fait-il que le business « des vieux » n’ait pas encore pensé à en ouvrir une ? Une question de niche certainement. À suivre. Deux, à voir. Feel good.

Pour finir, l’auteur de ces lignes souhaiterait parler d’un film dont presque personne ne parlera. Pour cette raison. U For Usha de Rohan Parashuram Kanawade est une fiction courte venue d’Inde. L’inde, ce pays parmi les plus violents envers les femmes. Les hommes personnages du film les regardent avec insistance, se moquent, les harcèlent violemment, quantités négligeables, proposent de l’argent… Pour certaines, cinq cents roupies c’est mieux qu’un viol gratuit. Une femme illettrée, mère de famille voit sa vie transformée le jour où l’institutrice du village lui apprend à écrire. La sensualité de l’écriture manuscrite rapproche les deux femmes. L’instruction émancipatrice.

Voilà c’est fini pour 2019, Chéries Chéris est déjà au travail pour 2020 ! Ce festival aura été plein d’un cinéma inventif, poétique, d’histoire, de curiosité, d’émotion, d’ouverture, de joie, de colère, d’engagement, de solidarité, de sororité, etc. Si proche de la vie de toutes les jeunes et nouvelles communautés honorées, incarnées, filmées, pour celles et ceux qui n’ont pas peur d’aller voir ailleurs si elles/ils y sont ! La plupart d’entre nous.

Et si loin vu d’ici, où il est presque devenu impossible pour certain.e.s de s’entendre. Comme si gagner des droits en égalité, la moindre des choses, avait été obtenu avec une sorte de honte, de fierté aussi, donnant donnant, en acceptant de singer, d’intégrer les codes symboliques déjà en place de l’hétéronorme. Certain.e.s gays et lesbiennes semblent être divisé.e.s, les unes contre les autres et réciproquement. Même d’un point de vue de leurs sens, que ce soie la vue, l’olfactif, l’ouie, etc. Une minorité de L. ne supporte pas les G. Et une minorité de G, ne supporte pas les L. Et vice versa! Est-ce une impression fausse ? Un moyen de rester dans une lutte, même stupide? Une incapacité à penser l’autre d’où qu’elle/il vienne ? Le retour d’une pensée bourgeoise excluant ? Une pensée papale hihihi ? Un canapé trop confortable ? Une provocation ? Pour rire ? Vous avez presque une année pour y réfléchir. Bises.

Et que Vive Chéries Chéris !

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A propos de Christophe SEGUIN

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