L’indispensable éditeur Rouge Profond poursuit inlassablement la sorties d’ouvrages plus passionnants les uns que les autres.

A se demander si Guy Astic prend le temps de dormir.
A peine le premier volume de  Midi-Minuit – l’un des événements éditoriaux de l’année – sortie que c’est au tour d’un de nos cinéastes chouchous, Álex de la Iglesia d’être à l’honneur. D’Action mutante aux Sorcières de Zugarramurdi, le parcours d’Alex de La Iglesia depuis 20 ans est passionnant, à la fois éclectique et plein d’unité, touchant à tous les genres, tout en révélant une langue cinématographique qui n’appartient qu’à lui.

Celui qu’on aurait pu prendre à ses débuts comme un trublion du cinéma de genre déjanté – sorte d’équivalent basque de Sam Raimi – est devenu tout simplement l’un des grands créateurs du XXIe siècle, imposant sa griffe baroque, avec un sens du grotesque et du politique qui en fait un digne héritier de Goya . Non content de nous avoir offert parmi les meilleurs livres d’entretiens récents avec Mon effroyable histoire du cinéma de Kiyoshi Kurosawa et les Au Jardin des délicesEntretiens avec Paul Verhoeven, l’éditeur nous propose donc une série d’entretiens entre le cinéaste espagnol et Jesús Angulo & Antonio Santamarina – dans une coédition réalisée avec la Cinémathèque basque et le Festival de Nantes. Pour que les réponses soient pertinentes, il fallait que les questions le soient également, et les deux auteurs à l’unisson du cinéaste, connaissent parfaitement son œuvre et savent en révéler les moindres détails et références.

En guise d’introduction, après une présentation succincte de l’ouvrage le livre s’ouvre sur une intéressante étude de presque cent pages de l’œuvre du cinéaste, “Théorie de l’humour noir sanglant”, avant de rentrer dans le vif du sujet avec les mots de celui qui parle finalement le mieux de ses films, le cinéaste lui-même, lors d’entretiens réalisés entre 2010 et 2013. En général, chaque chapitre est consacré à un film, mais en préambule Iglesia évoque également son enfance sa jeunesse, la famille, ses influences cinématographiques, ou l’importance des comics et de l’art. Le regard qu’Iglesia porte sur son propre cinéma est d’autant plus passionnant qu’il n’oublie pas d’être critique vis à vis de lui-même. On est heureux de l’entendre évoquer ses références picturales (Grunewald et Goya pour Balade Triste, mais pas Fellini : “Nous fuyions Fellini, car Fellini aime le cirque et moi je le déteste“), son amour pour Hitchcock, Tourneur, Lang… ou son admiration pour Polanski de Répulsion à Ghost Writer, en passant par Le Locataire. Son regard acéré sur le monde contemporain, son engagement politique et sa colère se retrouvent dans ses mots autant que dans ses films.

Ajoutons à cela une iconographie particulièrement riche, avec de nombreuses photos de tournage, documents inédits, dessins de la plume de l’auteur, affiches de films, storyboards. Álex de la Iglesia – La passion de tourner, est une aubaine à la fois pour les fans et ceux qui aimeraient approfondir l’analyse de l’œuvre et saisir à quel point ce cinéaste a su construire au fil des années un univers cohérent engagé et à l’esthétique flamboyante. Grand cinéaste du grotesque, Iglesia en fait une profession de foi et déclare lui-même :
“Depuis quand l’équilibre serait-il le critère le plus juste ? Pour ma part, j’adore l’excès et pour rester fidèle à ce que je suis, je ne peux raconter autrement les histoires”.

Alex de la Iglesia, La passion de tourner – Entretiens avec Jesús Angulo & Antonio Santamarina, Editions Rouge Profond

 

A propos de Olivier ROSSIGNOT

Laisser un commentaire