L’un des plus belles sorties de la semaine est incontesblement, le fabulissime, l’exceptionnel Éclairage Intime qu’Ivan Passer réalisa en 1965. Complice, assistant et scénariste du Milos Forman des débuts, Passer a connu une carrière internationale sporadique et plutôt confidentielle. Pourtant, son deuxième film aujourd’hui déterré porte la marque d’un cinéaste au talent hors du commun. Œuvre courte et modeste semblant jouer profil bas, chronique à la fois tendre et amère d’un microcosme provincial (un couple et leurs enfants, vivant sous le même toit que les parents de Madame, et un autre couple: celui du frère en musique de Monsieur venu chez eux le temps des préparatifs d’un concert), Éclairage Intime évoque les marges de notre Nouvelle Vague: on pense notamment aux courts-métrages de Tati, Rozier et Vigo. Des cousinages loins d’être écrasants tant Passer se hisse avec une désarmante bonhomie à ces hauteurs. Tour à tour drôle et acerbe, toujours terriblement touchant, le film bénéficie d’un sens ahurissant du cadre faisant de chaque plan une petite merveille à plusieurs niveaux, ainsi que d’une musicalité qui lui appartient en propre et lui confère son aura de petit miracle. L’air de rien, le cinéaste magnifie le petit monde qu’il regarde sans jamais que sa folle magie ne brise l’incroyable justesse réaliste de l’observation, et joue des plans larges comme des gros plans avec un brio jamais démenti. Les comédiens y sont tout aussi constants dans l’excellence. Parsemées d’audaces (l’enterrement, la poule… restons volontairement évasifs pour susciter votre curiosité, elle sera de toutes façons récompensée), les 75 minutes de ce joyau se traversent -malgré un absurde discret parfois très sombre- comme un état de grâce. Un petit chef-d’œuvre aussi proche que possible de la perfection.

A propos de Rémi Boiteux

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