John Rambo revient et il n’est pas content. Mais ça personne n’en a jamais douté sinon à quoi bon tourner un ultime épisode de cette saga culte après un quatrième opus viscéral, d’une violence graphique décomplexée et d’une rage quasi cathartique, réalisé par un Sylvester Stallone en roue libre, laissant exploser ses plus bas instincts, hommage volontaire ou non aux grandes heures du cinéma bis italien. Le first blood du premier et meilleur Rambo laisse place à un Last blood, pour un dernier tour de piste, d’autant que  Stallone, avec ses 73 printemps, n’est plus de la première jeunesse. Le retrouver dans la peau du personnage qui l’a rendu célèbre avec celui de Rocky peut sembler pathétique mais. Curieusement, c’est sans doute le seul intérêt de ce Rambo, exécuté comme un pitoyable DTV avec Steven Seagal ou Chuck Norris. Mais il y a la présence physique et symbolique de Stallone, le visage buriné, monolithique, presque monstrueux, sa bouche déformée, ses yeux tristes à la Droopy, son corps massif et empesé, plus proche d’un vieux taureau à l’approche du crépuscule que du jeune premier bodybuildé. Il trimbale toute une histoire, un traumatisme issu d’un passé tumultueux et une mélancolie qui le rend touchant. Comment ne pas penser aux épisodes précédents où, tour à tour, il fut rejeté par les siens de retour du Vietnam, puis engagé par l’armée pour sauver des prisonniers aux mains de sadiques Viêt-Cong, soutenus par les communistes, avant de s’envoler en Afghanistan pour défendre les locaux contre les méchants occupants soviets. Et tout ça pour quel résultat?  Pour rien! Ni honneur, ni gloire. Rambo peut se comporter en héros suicidaire et accomplir les missions les plus périlleuses, il n’en reste pas moins un looser, un rebut de la société, une sorte de honte pour son pays. Il porte en lui une tristesse fascinante, tout un paradoxe d’une Amérique schizophrène qui chérie autant qu’elle déteste ses icônes.

Rambo: Last Blood : Photo Sylvester Stallone

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Aujourd’hui, John Rambo vit reclus avec sa nièce dans un ranch perdu au sud des Etats-Unis. Tel un vieux cowboy solitaire, il n’attend plus rien de la vie, juste la paix et la tranquillité. Mais toujours aussi parano, il a quand même conçu une sorte de bunker en cas d’attaque. Attaque de qui, de quoi et pourquoi? Mystère ! Mais la suite du scénario lui donnera raison. Parlons-en du scénario, co-écrit par Stallone, qui semble avoir été rédigé un soir de beuverie par des nostalgiques de la Cannon. Ayant retrouvé, grâce à Gizelle, une amie, la trace de son père au Mexique, la nièce de Rambo, Gabrielle, part le rejoindre afin d’en savoir un peu plus sur les raisons qui l’a poussé à abandonner sa fille. Bien sûr, sur place, le père, aussi agréable qu’une porte de prison, lui annonce qu’il n’en a rien à faire d’elle, qu’elle n’existe pas. La pauvre, terrassée par le chagrin, n’a plus qu’à retourner chez elle et faire un gros câlin à son oncle très inquiet. Mais il s’agit en réalité d’un piège pour la kidnapper, la droguer et la livrer à un réseau de prostitution.

Rambo: Last Blood : Photo Óscar Jaenada, Sylvester Stallone

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La suite vous pouvez amplement la deviner. John Rambo reprend du service et part au Mexique à la recherche de sa nièce. Quand cette dernière décède, Rambo, retrouvant ses instincts meurtriers, prépare sa terrible vengeance, attirant les sales mexicains dans son ranch, investi de pièges. Sales car tous les mexicains dans le film, hormis une journaliste transparente interprétée par une Paz Vega venue payer ses factures, sont brutaux, idiots, violents, vicieux. Et totalement désincarnés, victime d’un tel mépris, que les auteurs n’ont même pas pris la peine d’écrire un personnage de méchant charismatique, le minimum à attendre pour ce type de production. Au second degré, la pilule pourrait passer, comme dans une BD outrée, mais ce racisme primaire sert trop la soupe à la politique de Trump pour ne pas rester en travers de la gorge. Dans 10 ans, ce monument d’imbécillité se laissera peut-être visionner avec amusement. Pour le moment, ce Rambo: Last blood, au-delà de son idéologie ultra droitière, ne possède aucun charme, d’autant que la mise en scène pataude de Adrian Grunberg n’arrange rien. Les scènes d’action sont noyées dans une bouillie visuelle sans âme faisant amèrement regretter la mise en scène inspirée et ample du deuxième Rambo de Georges Pan Cosmatos magnifiée par la photographie de Jack Cardiff, le chef opérateur de Michael Powell.

Souvent niais et d’une bêtise impardonnable, Rambo Last blood, n’est au final qu’un navet de consommation courante qui ne serait jamais sorti en salles si le personnage ne portait pas le nom de John Rambo.

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