Jusqu’alors inédit en vidéo sur le marché français, Tomie (1998) d’Ataru Oikawa est désormais disponible en blu-ray.

© Le Chat Qui Fume

Étudiante en art, Tsukiko Izumisawa souffre d’amnésie et fait d’horribles cauchemars suite à un accident de voiture. Lors de séances d’hypnose, la jeune femme mentionne le prénom Tomie (prononcer « Tomié ») sans se souvenir qu’il s’agit d’une de ses camarades d’école, morte massacrée par des élèves devenus fous. Dans le même temps, l’un des voisins de Tsukiko veille sur une créature monstrueuse prenant peu à peu les traits d’une jeune fille sadique répondant au nom de Tomie…

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Dépeignant par le biais d’un habile chassé-croisé entre les personnages – leurs chemins ne se rencontrant véritablement que lors du climax – la tentative de Tsukiko de s’épanouir malgré son amnésie et les tensions au sein de son couple, la croissance puis les exactions de Tomie mais aussi l’enquête d’un policier convaincu (à raison) que cette dernière est un démon séculaire, Tomie surprend d’abord par son rythme interne étonnamment lent et son atmosphère volontairement contemplative. 

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Adapté du manga éponyme de Junji Ito, le long-métrage d’Ataru Oikawa délaisse en effet la violence graphique du livre et réinvente complètement la mythologie de la saga afin d’offrir un spectacle déjouant toutes les attentes, reposant non pas sur du gore ou des effets outranciers mais s’attachant, au contraire, à figurer une réalité la plus proche possible de la nôtre pour mieux y laisser infuser l’horreur. Le surnaturel s’y fait donc gluant, imprégnant progressivement un réel où rien, initialement, ne se passe, et soulevant de plus en plus de questions jusqu’à rendre le monde dépeint irrespirable… Tout comme dans l’univers de Kiyoshi Kurosawa – on pensera notamment à Cure (1997) et Kaïro (2001) – le surnaturel et le cadre urbain donnent ainsi corps au désespoir des personnages et l’antagoniste principal, invincible et corrupteur – on s’aperçoit vite que tous ceux que Tomie rencontre sombrent dans la folie, le plus souvent au point de la tuer, ce qui entraîne systématiquement sa résurrection – se fait l’incarnation évidente d’un mal bien réel, à savoir la culpabilité s’accrochant aux individus jusqu’à les consumer. 

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Servi par son casting – et particulièrement par les prestations de Mami Nakamura dans le rôle de Tsukiko et bien sûr Miho Kanno, fascinante dans son interprétation tout en retenue de Tomie – le film brille également par l’élégance de sa mise en scène mêlant sobriété, dilatation du temps, sens du crescendo et choix visuels forts, les plus marquants tenant à une photographie riche en contrastes, à un effet simple mais toujours efficace sur les yeux de Tomie et surtout au choix de retarder au maximum et par tous les moyens la révélation de son visage, entretenant le mystère autour du personnage. 

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En résulte un film léché assumant pleinement sa dimension mélodramatique, figurant le vide existentiel d’une jeune femme poursuivie par une ennemie pas comme les autres et évoquant à travers son récit des thèmes aussi divers que la pulsion, la cruauté, la sexualité, la solitude, la figure du double et bien évidemment le traumatisme et le retour du refoulé. 

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Cumulant toute les qualités d’un drame intimiste et une superbe utilisation des codes de l’horreur, Tomie s’impose comme une excellente surprise doublée d’une proposition de cinéma aussi singulière qu’audacieuse. 

Disponible en blu-ray chez Le Chat Qui Fume

BONUS:
– Junji Ito par Jérôme Lachasse et Sullivan Rouaud (41 min)
– Making-of avec des interviews d’Ataru Oikawa et Junji Ito (28 min)
– Film annonce

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