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« Ethica : Natura e Origine della Mente », m.e.s. Roméo Castellucci

Spinoza et le chien qui miaule…

(c) Luca del Pia

(c) Luca del Pia

Le spectateur rentre sur scène dans une forme de femme découpée à même la structure pour découvrir un plateau à la blancheur immaculée¹. Du plafond tombe une femme, accrochée qu’elle est par l’index à un câble lâche. Seulement l’index.  Elle gémit de douleur ; on sent bien que c’est physique même s’il ne s’agit, comme en magie, que d’un tour bien habile de passe-passe.  Elle est la Lumière. Elle la véhicule dans sa robe verte.

Au-dessous d’elle déambule un chien débonnaire. C’est un chien qui miaule et qui parle. Oui, le chien miaule et parle. Il est la Caméra. Entre lui et la femme accrochée s’instaure un dialogue. Pire, le chien se moque d’elle. Il dit très souvent « ah ah ah », comme ça, entre deux considérations plus ésotériques. Et puis au travers de la silhouette par laquelle le spectateur est entré, des formes déambulent, parfois habillées et parfois moins, quand il ne s’agit pas de squelettes. C’est inquiétant et c’est l’Esprit. Il est multiple et s’incarne constamment. Nu, feuillu, ténu.

Entre eux trois se construit un espace mental qui s’articule autour de l’image, de la lumière et de la conscience. Le spectateur restera quant à lui debout à essayer de donner corps à l’ensemble. Ce qui n’est franchement pas si facile…

(c) Luca del Pia

(c) Luca del Pia

Conçu comme une partie d’un tout plus vaste, Natura e Origine della Mente n’est pas un spectacle en tant que tel mais une « action théâtrale » comme se plait à l’écrire le metteur en scène Roméo Castellucci. Inspiré par les 5 volumes qui composent l’Ethique du philosophe néerlandais Spinoza, l’artiste a pour ambition d’ainsi monter 5 actions. De fait, Natura e Origine della Mente est la transposition du deuxième volume de l’ETHICA, De la Nature et l’Origine de l’Esprit.

Déjà présenté en 2013 lors de la Biennale de Venise, ce spectacle a été repensé spécifiquement pour la salle du T2G de Gennevilliers. Malheureusement et contrairement à ce qui était annoncé, le T2G ne présentera pas cette saison le deuxième volet d’Ethica, la Potenza dell’Inteletto, o della Liberta Umana.

« J’ai décidé d’attendre et de ne plus créer La Potenza dell’Intelletto, o della Libertà Umana.
J’ai senti que trop de spectacles ont été montrés, représentés, et que la quantité en était accablante.
Je pense que le public parisien a vu suffisamment de mes spectacles.
La conception de ce nouveau travail, cependant, existe et a déjà été pensée.
Je demande à Pascal Rambert, Nicole Martin et à vous tous, la possibilité de le créer plus tard, ici, dans ce même théâtre. C’est un travail complexe et éprouvant qui ne peut être créé qu’au T2G, dans ce théâtre qui, précisément m’a inspiré. Et c’est ici et seulement dans ce lieu que ce travail peut se faire et se concevoir.
Je pense que vous comprendrez mes raisons », Roméo Castellucci.

Si la proposition d’Ethica tel que présentée dans cette action est sympathique dans cette nouvelle esthétique formelle qu’élabore Castellucci, son propos n’en demeure pas moins des plus obscures. En convoquant Spinoza, le metteur en scène referme en effet le sens sur la forme, le premier n’étant que peu accessible dans le texte tel qu’écrit par Claudia Castellucci. Livret et Dossier de Presse ne rendront d’ailleurs pas les choses plus claires…

« L’image créée dans l’esprit de l’artiste atteint enfin l’esprit du spectateur, lequel la reçoit, bien sûr, mais en la recevant, lui donne forme. La performance a pour objectif de congeler cette pensée dans l’acte de recevoir l’image, non dans un but scientifique mais pour consacrer la fusion entre la réception du spectateur et la création de l’image d’origine », Roméo Castellucci à propos d’Ethica, Natura e Origine della Mente.

(c) Luca del Pia

(c) Luca del Pia

À trop vouloir intellectualiser le propos, la pièce s’envole, laissant le spectateur littéralement cloué au sol. Abscons, le texte ne permet pas plus de saisir le propos : on se sent idiot, écrasé par un contexte à la limite de la prétention que l’on ne saisit que trop peu. Ainsi, on ressort de ce spectacle dubitatif, faute de pouvoir s’accrocher à quelque chose de tangible qui ferait sens. Reste de jolies images et une émotion, elles, bien réelles.

Le chien miaule, la caravane passe.

A découvrir jusqu’au 13 mars au Théâtre de Gennevilliers

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(1) Le procédé n’est pas sans rappeler le Paradiso du même Roméo Castellucci qui voyait déjà une découpe être proposée.

Entendu dans la salle.

« Je n’ai même pas vu que c’était fini tellement je n’ai rien compris à ce que je viens de voir ».

A propos de Alban Orsini

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