Suuns – Zeroes QC (archives)

Auteur d’un Ep du même nom paru à la rentrée dernière, le groupe Suuns a sorti au printemps dernier ce premier album défendu depuis avec réussite au cours de nombreux festivals européens. Les Suuns sont au nombre de quatre : un batteur, un bassiste, un guitariste/chanteur et un préposé aux samples et autres mises en boucle. Leur musique se veut dans l’air du temps mais avec un certain talent dans l’agencement qui forme au final un univers déjà très personnel.

Le premier élément à se détacher de l’écoute est la voix de Ben Shemie, une voix lancinante tantôt simple instrument tantôt squelette même du corpus musical. La preuve avec un « Pie IX » atypique, titre recroquevillé sur lui-même dont « Up past the nursery » serait un pendant en mouvement et « Sweet Nothing » une version accélérée longue de 7 minutes hypnotiques (dans une veine proche de Neu !). Autant de superbes chansons et d’expression de ce qu’on peut déjà considérer comme le style Suuns. Car cette voix presque plaintive ne doit pas en effet occulter d’autres traits de caractères musicaux bien marqués, un filtre d’influences plus que digérées, une personnalité propre.

Cette manière de chanter presque en chuchotement évoque bien entendu les anglais de Clinic (« Up past the nursery » encore), un nom raccord également pour ce qui concerne quelques moments où les sonorités semblent n’avoir d’importance que dans la retenue, une forme de scansion musicale (« PVC » par exemple). Il est tout autant difficile de ne pas évoquer Liars avec des titres comme « Armed for peace » ou encore « Marauder » et même « Organ Blues », un Liars aux angles toutefois plus arrondis, davantage timide qu’arrogant peut-être. Plus loin « Gaze » et « PVC », évoquent un rock typique de ces années 2000 construit autour de la tension presque élastique des mélodies, ailleurs « Fear » fera furtivement (pas même deux minutes au compteur) figure de berceuse post-apocalyptique scellant un nouveau monde 100% plastique. « Arena » s’avère la véritable pièce de choix de l’album avec sa boucle aussi évidente que jouissive, moment de pure sensation là où souvent la musique de Suuns taille dans le gras du corps comme du cerveau. Ici les pieds bougent et contaminent tout l’ensemble, le refrain fuyant venant achever les derniers récalcitrants (du Underworld unplugged peut-être ?). Au final un album riche de nombre de sonorités, un disque quelquefois gentiment expérimental et quelquefois limpide, le plus souvent aride et sombre.

Signé sur l’excellent label Secretly canadian et produit par le leader des Besnard Lakes Jace Lasek, Suuns est l’une des plus belles marottes de cette année 2011, un album splendide et riche en petites graines susceptibles de s’épanouir à l’avenir si l’envie leur prend de suivre tel ou tel sillon plutôt qu’un autre. Entre transe molle et rock élégant, la musique de Suuns n’a en effet pas fini de nous faire prendre le soleil.

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