“Serpent & Fire” – Anna Prohaska, Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini

Rênes baroques

 Et si le Baroque descendait (lui aussi) d’Afrique ? Une chose est sûre, les voies d’Anna Prohaska ne mènent pas toutes à Rome – on s’en réjouit.

Lauréate d’une série de grands prix internationaux, la jeune cantatrice allemande insuffle au vieux répertoire une fraîcheur qui détonne et décape. De l’Egypte à Carthage, son timbre inégalable esquisse la carte tendre et cruelle de l’Orient musical. S’il suffisait d’une note pour qualifier sa voix, on la jugerait « éclectique ».

On ne rendrait pas justice au courage de la cantatrice, qui s’attaque à une grande variété de répertoires avec le même courage, la même justesse.

Son talent lui donne de jongler entre différents registres avec une aisance concertante. D’en révéler ici l’irréductible singularité. Elle fait vibrer sans trop vibrer dans les airs des Didon et Enée, signés Purcell, Cavalli, Hasse…Tandis que Cléopâtre se perd sans jamais s’égarer, dans le douloureux voisinage des sentiments contraires.

On les croyait figés, mais les morceaux glanés sur ces chemins d’air et de feu sont pleins de voluptés étrangères. Le fameux Se pietà de Jules César, plus que jamais incarné, ne renonce pas en rien à son originale universalité. Plus tard, c’est la Mort de Didon (Purcell) qui ravit par sa gravité sublime, maîtrisée : presque divine.

Mais il n’en serait rien sans le Giardino Armonico, emmené par Giovani Antonini, qui déchiffre et défriche les terres baroques.

A propos de Axelle GIRARD

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