Giovanni Felice Sances – Nicolas Achten/ Scherzi Musicali – “Dialoghi Amorosi” (Ricercar)

Idylles baroques

Entre Venise et Vienne, la vie de Giovanni Felice Sances est à l’image de sa musique.

Né à l’orée du XVIIe siècle, il l’a traversé au rythme de compositions sacrées et profanes. Il compte à son actif 54 messes et 6 opéras, dont 3 ont hélas été perdus.

Au croisement du madrigal et de l’opéra, ses Dialoghi amorosi déploient les richesses du baroque naissant, mêlant explorations harmoniques et sentimentales.

L’apparente stabilité des tableaux se mue souvent, rapidement en un défilé d’émotions contradictoires, soutenues par des harmonies contrariées. L’art des déséquilibres maîtrisés participe intiment de cette entreprise, où l’improvisation tient pleinement son rôle heureusement servi par les Scherzi musicali.

Baroque, l’oeuvre est marquée par une grande sensualité décrite dans ses nuances les plus subtiles. Elle n’est pas sans rappeler le maniérisme pictural, sa découverte et sa riche exploitation des contrastes.

Dans le Dove n’andro che non mi segua amor ?, la voix de la cantatrice enchante par la clarté de son timbre, auquel se greffe heureusement la viole de gambe. Ces dialogues lui donnent d’ailleurs sa mesure pleine et entière. La Sonata sopra l’aria di Ruggiero fait elle aussi la part belle aux conversations bien accordées de cet ensemble composite.

Confiée aux cordes et aux chanteurs, l’imitation des voix humaines voit se succéder exaltation, dépit et protestations amoureux. La narration occupe ici la place du sens, soutenu par un puissant figuralisme musical, rappelant le Tancrède de Monteverdi. Ici, « la beauté n’est plus la seule visée de la musique » (Philippe Beaussant), l’émotion prend ses droits. L’adieu aux homorythmies et le réveil du contrepoint confèrent à ces dialogues leurs cadences parfois contraires, mais toujours résolues, à l’image des dissonances passagères de L’infortunio d’angelica.

Heureusement servie par l’interprétation, la précision des sentiments confine à l’extrême justesse dans certains des dialogues. On est surpris par cette musique, qui sourd à la frontière du texte et de son expression, du corps, et de l’âme.

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