Arnaud Fleurent-Didier – La Reproduction (phase 1 : les préliminaires)(archives)

La Reproduction est l’événement de ce début de décade pour ce qui concerne la chanson française. La Reproduction porte si bien son nom que 3 de nos rédacteurs se sont attelés à sa mise en lumière. Première chronique concernant ce grand disque d’Arnaud Fleurent-Didier.

 

L’année récemment passée a été, on l’a vu (cf traditionnels tops), un cru assez remarquable en enregistrements de langue française. Une bonne nouvelle qui pourrait se répandre sur la décennie à peine entamée: c’est ce que pourrait annoncer ce disque étourdissant. Avec sa voix aux charmantes inflexions surannées façon William Sheller, Arnaud Fleurent-Didier, homme-orchestre raffiné, déroule ici onze titres d’une constante excellence. Un sujet semble travailler le bonhomme au point d’offrir à l’album une colonne vertébrale thématique: la transmission intergénérationnelle, abordée dans moult chapitres, sur un mode tantôt profondément touchant (“Si on se dit pas tout”, sublime conclusion), tantôt franchement hilarant (la paire “Mémé 68” et “Pépé 44”), tantôt les deux (l’inaugural et fantastique “France Culture”).

Musicalement, c’est Byzance: claviers mélancoliques, cordes frissonnantes, alliage méticuleux de l’analogique et du synthétique avec ces petits luxes de variété italienne comme on pouvait en trouver aux plus riches heures de Pulp (“Different Class”). Si les références d’Arnaud Fleurent-Didier sont, on s’en doute aisément, loin d’être strictement hexagonales, on ne peut s’empêcher de songer successivement (et parfois simultanément) à toutes les nuances de l’arc-en-ciel cocardier, du Polnareff vintage pour les envolées du chant et François de Roubaix ou Jean-Claude Vannier pour les arrangements à Mendelson ou Diabologum pour les textes amers au phrasé faussement détaché. Le tout en renouant avec la tradition quelque peu tombée en désuétude du tube francophone façon soul blanche. Allez, avouez: vous aussi vous aviez nourri de fous espoirs de variété mainstream délicieusement pervertie lorsque vous apprîtes que Bertrand Burgalat allait écrire le disque du gagnant de la “Nouvelle Star” qui ressemblait, disait-on, à une tortue. Hum.

Finalement, ce disque rêvé, le voilà: s’en convaincre en écoutant notamment le tubesque et parfait “Reproductions”. Mais surtout, par-delà les multiples échos cités et d’autres encore qu’il ne manquera pas de faire résonner, le jeune artiste impose surtout un univers dont on a envie de poursuivre longtemps encore la découverte, une couleur personnelle jamais écrasée par le kaléidoscope de ses totems. La Reproduction: un miracle de la nature.

 

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A propos de Rémi Boiteux

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