Dominique Manotti – « Or noir »

L’année 1973 marque le début des tensions sur le marché pétrolier. Les différents régimes arabes, influencés par le panarabisme de l’Egyptien Nasser, décident de s’émanciper de la tutelle des grandes compagnies historiques. Cette évolution a pour conséquence le développement d’un marché parallèle et opaque. La Mer Méditerranée devient un lieu stratégique. Les tankers sillonnent les ports d’Istanbul à Marseille, transportant dans leurs cales des tonnes d’or noir.
A Marseille, justement, la French Connection vit ses derniers feux. Les frères Guérini ne sont plus là pour tenir le milieu sous leur coupe. La guerre de succession entre deux figures du banditisme marseillais, à savoir Zampa et Francis le Belge, fait rage, conduisant à de nombreux règlements de comptes. La police n’est pas épargnée par les troubles. Les différents services se déchirent. Les réseaux pullulent, s’entrecroisent. Les francs-maçons, le Service d’action civique quadrillent la ville. L’argent est le plus souvent sale. Les fusillades sont monnaie courante. La morale semble avoir disparu de la cité phocéenne.

Dans ce contexte pour le moins agité, le commissaire Daquin prend son premier poste à l’Evêché, le commissariat central de Marseille. Héros récurrent de Dominique Manotti, Daquin arrive sur la défensive. Parisien donc suspicieux, homosexuel dans un milieu machiste : tout semble jouer contre lui. Néanmoins, dès son arrivée, le meurtre de Pieri devant le Palais de la Méditerranée à Nice précipite les événements. Pieri était un ancien de la French, il s’était reconverti dans le trafic de marchandises à travers la Méditerranée. Une enquête de flagrance est ouverte. Elle est confiée au service du commissaire Daquin. Un règlement de comptes au sein du milieu semble être la piste la plus probable. Néanmoins, d’autres indices, comme le mode opératoire, laissent planer le doute. Quelques jours plus tard, un autre assassinat d’un bras droit de Pieri permet de faire le rapprochement entre les deux affaires. Dans l’atmosphère pesante de Marseille où les intimidations sont omniprésentes, le commissaire Daquin va devoir faire preuve d’une très grande prudence pour mener à bien ses recherches. « Daquin pense à Pieri, son poumon blessé, ses médicaments si bien rangés dans la table de nuit, l’omniprésence de Maité, les réseaux marseillais oppressants. Et puis le cabanon de Callelongue, l’amant venu d’ailleurs, la violence de la respiration à l’air libre. Daquin sourit. Le héros marseillais avait su ménager son espace de bonheur. C’est sans doute cela aussi Marseille. L’intensité des moments de liberté. » L’intrigue du livre se construit habilement au fil des pages. La temporalité du livre est brève car l’enquête se déroule sur une quinzaine de jours. Malgré tout, Dominique Manotti étoffe efficacement les ressorts de l’enquête et crée une tension latente pour le lecteur.

« Une balle, le corps de l’homme sursaute, sa main se crispe sur le châle de sa compagne, deux, trois, quatre balles en rafale, le corps de l’homme, accroché au châle, tombe au ralenti, le sang jaillit par saccades, le visage de la femme, ses épaules nues, sa robe claire sont maculés de sang, un, deux, trois, quatre nouveaux tirs groupés, la femme est figée, bouche ouverte, sans un cri. L’homme s’est écroulé. Le tueur tire encore deux balles sur le corps inerte. Fin de l’opération. Il glisse son arme dans son blouson, vers l’étui attaché sous l’épaule gauche, au passage il effleure son sein gauche avec le canon de l’arme, brulure, douleur, il aime cette douleur, contraction des muscles du ventre, excitation, plaisir intense, il est vivant, bien vivant. Il grimpe sur la moto qui s’arrache en force. La femme s’effondre, inconsciente, dans les flaques de sang qui imbibent le tapis rouge, maculent le sol de marbre blanc.» Pieri a été assassiné au bras d’Emily Weinstein. Petite- fille d’un magnat des minerais en Afrique du Sud, elle est mariée avec Frickx, un financier enrichi par ses activités de trading. Un mariage de raison pour asseoir un empire financier. Dès le début de l’enquête, Frickx disparaît et laisse Emily dans les bras de son cousin, David. Entre eux, préexiste une relation amoureuse incestueuse et larvée.
Depuis le début de sa carrière, Frickx a toujours su anticiper les évolutions du marché. C’est grâce à ce don qu’il a pu faire fortune. C’est grâce à ce talent qu’il entrevoit dans le marché de l’or noir les possibilités immenses de profit. Si les pays pétroliers veulent éviter les compagnies occidentales, elles doivent trouver des intermédiaires pour assurer les livraisons. Frickx veut être l’un d’eux.

Comme pour ses précédents livres, le livre de Dominique Manotti est basé sur des faits économiques réels. Ils servent de toile de fond à son récit. Ici, il s’agit, comme vu précédemment, de la dérégulation du pétrole. Jusqu’à la dernière page et l’épilogue du livre, le lecteur est embarqué dans un scénario bien structuré qui le tient en haleine tout au long de sa lecture.

Or noir

Dominique Manotti

Éditions Gallimard

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A propos de Julien CASSEFIERES

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