Etienne Liebig “Les contes de mémé lubrique”

Enfonçons une porte ouverte : les contes de fée de nos enfances sont sans doute le genre littéraire qui se prête le plus facilement à la parodie ou au pastiche. Pierre Dubois a écrit il y a quelques années des Contes de crimes au titre révélateur mais ce n’est qu’un exemple parmi de nombreux. En bande dessinée, Gotlib s’est livré à de jolis détournements dans sa Rubrique-à-brac et, au cinéma, on se souvient des pastiches polissons du style Elle voit des nains partout ou le fameux Blanche-fesse et les sept mains.

Étienne Liebig reprend à son compte cette tradition et nous propose de revisiter treize contes célèbres à la sauce érotique. Il y aura à la fois des contes des Milles et Unes nuits (Aladdin, Ali-Baba et les Quarante Branleuses) mais aussi des versions inédites des contes de Grimm (Hansel et Gretel), d’Andersen (La bergère et le ramoneur) et, surtout, de Perrault (Le petit Poucet, Cendrillon, Barbe-bleue...)

Pour être tout à fait franc, et sans être un spécialiste de l’interprétation psychanalytique ou de l’extrapolation à tout crin, les contes me semblent des écrins évidents pour les parodies érotiques dans la mesure où ils en sont chargés eux-mêmes. Inutile de truffer de sexe un récit comme celui du Petit chaperon rouge pour deviner qu’il contient un érotisme sous-jacent et que son propos est de mettre en garde les jeunes filles contre les désirs masculins les plus bestiaux. Pour Liebig, c’est donc du tout-cuit : il s’agit tout simplement d’exacerber la sexualité sous-entendue et soigneusement allusive dans les contes d’origine.

L’auteur prend un malin plaisir à rester très fidèle à la trame des récits et à les rendre graveleux en dotant les garçons d’attributs virils imposants et en transformant chaque héroïne ou princesse en nymphomane patentée. A part quelques chroniques dans Siné-Hebdo, je n’avais jamais lu de livres de Liebig mais je crois qu’il n’en est pas à son coup d’essai (il a écrit en 2009 une Vie sexuelle de Blanche-Neige) et le lecteur sent qu’il s’amuse comme un petit fou à rendre salace une littérature qu’on imagine avant tout destinée aux enfants.

Le résultat est assez drôle, parfois un peu facile (on décalque une description d’origine « cet homme avait la barbe bleue… » et on se contente d’un petit aménagement «…et la bite dure comme du bois. ») et parfois assez piquant avec des allusions facétieuses (dans Aladdin : « Il ne voulait pas gagner des sommes trop considérables, car le nouveau vizir de gauche avait instauré des impôts confiscatoires pour les riches. »)

L’esprit potache de ce recueil de contes n’est pas désagréable mais avouons également que les amateurs d’érotisme risquent d’être un peu déçus. Le ton global de l’ouvrage lorgne davantage vers la blague de carabin et Liebig ne cherche absolument pas à instaurer une atmosphère sensuelle ou à titiller les sens du lecteur. Il veut avant tout l’amuser et le divertir en s’inscrivant dans une tradition « gauloise » qui défrisera sans doute les esthètes (de nœud) car elle n’est pas de toute finesse.

Mais pour ceux qui n’ont rien contre la littérature leste et les pastiches osés, ces Contes de mémé lubrique se lisent sans le moindre ennui…

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Les contes de mémé lubrique

d’Étienne Liebig

Éditions La Musardine (2014)

A propos de Vincent ROUSSEL

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